La Guerre des salamandres de Karel Capek, mise en scène de Robin Renucci

 

La Guerre des salamandres de Karel Capek, adaptation d’Evelyne Loew, mise en scène de Robin Renucci

Le 9 juillet 1936 à Prague, un acteur se coiffe d’une perruque, enfile un imperméable, gravit un escalier en chantant, trois autres personnages s’y accrochent et ils chantent un hymne sur la vieille Europe: «Il faisait chaud, très chaud ! ». Il y a une conférence de rédaction, mais les journalistes n’ont toujours pas d’éditorial pour le lendemain. On parle capitaux: «C’est incroyable comme l’argent attire les dingues, l’île de Tana Massa est bourrée de moustiques(…) Des requins, des escouades de requins, ces diables, on dit que ce sont des salamandres !».

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Un capitaine veut qu’on lui achète un bateau pour aller chasser les salamandres, elles prospèrent, pondent des perles, et allèchent le public qui les entasse. « Il était devenu le roi de la perle fine. » Le capitaine meurt, les salamandres sont cotées en Bourse. « Nous allons être les inventeurs du monde de demain ! ». Un homme dénonce l’exploitation des salamandres : « Camarades salamandres, le prolétariat industriel vous tend la main. »    Au bout de cette marche triomphale vers un monde nouveau, deux cent cinquante millions de personnes cherchent un refuge, mais l‘adoration du veau d’or les a perdus. Ecrit en 1936, ce texte prémonitoire où les salamandres figurent la montée du nazisme, est mis en scène avec subtilité par Robin Renucci, directeur des Tréteaux de France, autour d’une grande oreille ouverte… et pourtant sourde.

Edith Rappoport

Festival Villeneuve en scène jusqu’au 22 juillet, à 19h, Clos de l’Abbaye, Villeneuve-lès-Avignon (Gard) juste de l’autre côté du Rhône. T. :  04 32 75 15 95.


Archive pour 9 juillet, 2018

Sélection de spectacles du in, du off aux festivals d’Avignon, Aurillac, Paris l’Eté, etc.

Sélection de spectacles du in, du off aux festivals d’Avignon, Aurillac, Paris l’Eté, etc.

Comme l’an dernier, sont programmées des centaines de spectacles à Avignon où coexistent dans le off, parfois le meilleur… et souvent le pas bon du tout. De nombreux lecteurs nous  demandent ce que l’on peut voir ! Nous avons donc, pour faciliter vos choix, établi une nouvelle fois une petite liste de spectacles qu’au moins, l’un d’entre nous au Théâtre du Blog a vus, et que nous pouvons vous recommander. Ensuite, à vous de décider…Entre théâtre classique ou contemporain, danse, cirque, etc. Nous tiendrons à jour cette liste pendant toute la durée du festival d’Avignon et au-delà. Bien entendu, toute l’équipe du Théâtre du Blog vous rendra compte aussi  quotidiennement de ce qui se passe dans le in, et dans le off qui a beaucoup évolué depuis cinq ans et qui, cette année encore, promet de belles surprises. On vous parlera aussi des spectacles de Paris-l’été et ensuite du festival d’Aurillac, mais pas seulement…

Bon été à vous…

Philippe du Vignal

Festival d’Avignon in 

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*** Le Pays lointain (un arrangement) d’après Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Christophe Rauck, du 20 au 23 juillet, à 19h, salle Benoit XII, rue des Lices, Avignon.

Nous vous conseillons aussi : Ça va ça va le Monde programme R.F.I. : lectures de textes francophones dirigées par Armel Roussel du 14 au 19 juillet à 11 heures. Maison Jean Vilar, (entrée libre), Avignon.

Festival Villeneuve en scène, à Villeneuve-lès-Avignon (Gard), juste de l’autre côté du pont

 *** La Nuit unique par le Théâtre de l’Unité, Plaine de l’abbaye, les 10 et 11, les 13 et 14, 17 et 18, les 20 et 21 juillet de 23 h à 6 h du matin + une heure de petit déjeuner. T : 04 32 75 15 95.

*** Boxons jusqu’à n’en plus pouvoir de Stéphane Jaubertie, mise en scène de Fafiole Palssio et Philippe Ducou, Ecole Montolivet , jusqu’au 21 juillet, à 21h 30. T : 04 32 75 15 95.

*** L’Absolu de Boris Gibé, texte de Julien Gaillard, du 10 au 22 juillet à 22h, Clos de l’Abbaye. T : 04 32 75 15 95.

 

Festival d’Avignon off:

***** Plus grand que moi, texte et mise en scène de Nathalie Fillion, Théâtre des Halles rue du Roi René, jusqu’au 29 juillet à 17 h. T. : 04 32 76 24 51.

*** Cent Mètres Papillon de Maxime Taffanel, mise en scène de Nelly Pulicani, La Manufacture, 2 rue des Ecoles, Avignon, jusqu’au 26 juillet à 16h 25. T. : 04 90 85 12 71

**** Bienvenue en Corée du Nord  création collective, mise en scène d’Olivier Lopez, jusqu’au 29 juillet à 14 h, Théâtre des Halles, rue du Roi René, Avignon. T. : 04 90 85 52 57.

*** Les Champignons de Paris d’Émilie Génaédig, mise en scène de François Bourcier, Chapelle du Verbe Incarné, rue des Lices, Avignon, jusqu’au 28 juillet à 21h 35. T. : 04 90 14 07 49.

*** L’Établi d’après Robert Linhart, mise en scène d’Olivier Mellor, du 6 au 28 juillet à 20 h, Présence Pasteur, 13 rue Pont Trouca, Avignon. T. : 04 32 74 18 54.

** Monsieur, d’après la véritable vie de Marcel Creton, écriture scénique et mise en scène de Claire Vienne, du 6 au 29 juillet, à 13 h 10, La Factory,  4 rue Bertrand, Avignon. T. 02 43 36 23 32.

**** Kyz-Zhibek, comédie musicale de Gabit Mousrepov, du Théâtre du Music-hall d’Astana, Kazaksthan, musique d’Evgeni Broussilovski, et mise en scène d’Askat Maemirov, collège de la Salle,  3 place Pasteur, du 19 au 25 juillet, à 21 h 45 (surtitré en français).

*** Love and money de Dennis Kelly, mise en scène de Myriam Muller, 11-Gilgamesh Belleville, 11 boulevard Raspail, Avignon. T. 04 90 89 82 63.

****Korkut, d’Iran-Gaiup, mise en scène d’Ionas VaÏtkut, Théâtre du drame M. Auezov d’Almaty, (Kazaksthan), collège de la Salle, 3 place Pasteur, du 13 au 17 juillet, à 21 h 45,  (surtitré en français).

*** Le Jeu de l’Amour et du hasard, de Marivaux, mise en scène de Salomé Villiers,  jusqu’au 29 juillet  à 19 h 05, Théâtre du Roi René, 4 bis rue Grivolas, Avignon. T. : 04 90 82 24 35.

 *** Le Maître et Marguerite, d’après le roman de Mikhaïl Boulgakov, adaptation et mise en scène d’Igor Mendjisky, jusqu’au 27 juillet à 19 h 40, 11-Gilgamesh Belleville, 11 boulevard Raspail, Avignon. T. 04 90 89 82 63.

 *** Une Saison en enfer d’Arthur Rimbaud, mise en scène d’Ulysse di Gregorio,  jusqu’au 26 juillet à 11 h, Théâtre des Halles, rue du Roi René, Avignon. T. : 04 90 85 52 57.

 ** Respire, Picardie Forever mise en scène de Clément Montagnier (à partir de huit ans), jusqu’au 27 juillet à 15 h 20, festival Théâtr’Enfants, 20 avenue Monclar, Avignon. T. : 04 90 85 59 55.

*** Les Monstrueuses de Leïla Amis, mise en scène de Karim Hammiche, jusqu’au 26 juillet, 11-Gilgamesh Belleville, 11 boulevard Raspail, Avignon. T. : 04 90 89 82 63.

 *** Stand Up, rester debout et parler de Florence Pazzottu, conception et mise en scène de Rachel Dufour, jusqu’au 27 juillet à 20 h 20, au 11-Gilgamesh-Belleville, 11 boulevard Raspail. T. : 04 90 89 82 63.

*** Les Années d’Annie Ernaux, adaptation et mise en scène de Jeanne Champagne, jusqu’au 29 juillet, à 10 h 50.  Théâtre du Petit Louvre, 23 rue Saint-Agricol, Avignon. T. : 04 32 76 02 70.

*** Gros Câlin de Romain Gary (Emile Ajar), mise en scène d’Hélène Mathon,  jusqu’au 29 juillet à 15 h 50, Présence Pasteur, 13 rue Pont Trouca, Avignon. T. : 06 33 52 65 69.

*** La Magie lente de Denis Lachaud, mise en scène de Pierre Notte, jusqu’au 27 juillet à 19 h 10, Arthéphile, 7 rue du Bourg-Neuf, Avignon. T. : 04 90 03 01 90.

** Pulvérisés d’Alexandra Badéa, mise en scène de Vincent Dussart, jusqu’au 29 juillet à 16 h 40, Présence Pasteur, 16 rue du Pont Trouca, Avignon. T. : 04 32 74 18 54.

*** Penser qu’on ne pense à rien, c’est déjà penser quelque chose » écrit et mis en scène par Pierre Bénézit, jusqu’au 29 juillet à 12 h 45 (à 17 h 35, les 11, 18 et 25 juillet), Théâtre des Béliers, 53 rue du Portail Magnanen, Avignon. T. 04 90 82 21 07.

*** Dévaste-moi spectacle musical, mise en scène de Johanny Bert, le 17 juillet, festival Contre-Courant, complexe du Rond-Point, 2201 route de l’Islon,  Avignon.

**** Le Voyage de D. Cholb, Penser contre soi-même, jusqu’au 25 juillet à 18 h 30, Le Grand Pavois, 13 rue Bouquerie, Avignon. T. : 06 62 08 61 25.

**** On aura pas le temps de tout dire, portrait d’acteur#1, conception/adaptation d’Eva Vallejo/Bruno Soulier, acteur/textes de Gilles Defacques, jusqu’au 26 juillet à 14 h 30,  Manufacture (à la patinoire: ATTENTION à la  navette une demi-heure avant) à Avignon .T. : 04 90 85 12 71

 Festival Paris-L’Eté

**** Italienne, scène et orchestre, conception et mise en scène de Jean-François Sivadier, à la MC 93, 9 Boulevard Lénine, Bobigny (Seine-Saint-Denis). T. : 01 41 60 72 60

*** Iliade d’après Homère, mise en scène de Luca Giacomoni, du 3 août au 3 août à 14h au Monfort, Paris XV ème. (Dix heures avec quatre pauses de vingt minutes et une heure d’entracte. Ou séries d’une heure quarante chacune, à : 14 h, 16 h, 18 h, 20 h 45 et 22 h 45). T. : 01 44 94 98 00.
 
**** Ça ira (1) Fin de Louis, texte et mise en scène de Joël Pommerat, du 16 au  20 juillet, à 19 h 30, au Cent-Quatre, 5 rue Curial, Paris XIXème.
 
A Paris
*** Iliade d’Homère, traduction de Jean-Louis Backès, mise en scène de Damien Roussineau et Alexis Perret, jusqu’au 27 août à 19 h, Théâtre du Lucernaire, 63 rue Notre-Dame des Champs, Paris VI ème. T. : 01 45 44 57 34.
**** Dévaste-moi du 3 au 8 juillet, spectacle musical d’Emmanuelle Laborit, mise en scène de Johanny Bert, arrangements et compositions d’Alexandre Rochon . Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris XI ème. T. : 01 47 00 25 20.Et le 24 juillet, au festival Mimos, Périgueux.

 

*** Le grand Cirque des sondages par la compagnie Annibal et ses éléphants, mis en scène de Frédéric Fort, le 2 juillet aux Virevoltes à Vire (Calvados), le 3 juillet aux Sorties de bain, à Saint-Pair-sur-mer, et les 5 et 6 juillet à Granville (Manche). Et les 7 et 8 juillet, aux Affranchis, La Flèche (Sarthe).


*** Le Film du dimanche soir par la compagnie Annibal et ses éléphants, mise en scène de Frédéric Fort, à Valognes (50) le 27 juillet, au Creusot (71) le 23 août, à Beauvais (60) le 25 août
 

FC2DCC63-972C-4D17-8423-0DC3DE9BFFF2Festival international de théâtre de rue d’Aurillac

*** La Nuit unique par le Théâtre de l’Unité, mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine, les 21, 22 et 23 août, de 23 h à 6 h du matin + une heure de petit déjeuner. T : 04  71 43 43 70. 

 

Cent Mètres Papillon, texte de Maxime Taffanel, mise en scène de Nelly Pulicani

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Festival d’Avignon

Cent Mètres Papillon, texte de Maxime Taffanel, mis en scène de Nelly Pulicani 

 

C’est l’histoire d’un jeune homme qui, sous l’influence de son père, devient très vite accro aux courses de natation à un haut niveau de compétition. Une histoire autobiographique, celle de Maxime Taffanel devenu élève-comédien à l’Ecole de Montpellier que l’on va suivre ici quand il s’entraînait quotidiennement, au cours de séances éprouvantes pour le corps comme pour l’esprit. Bien entendu, avec le but de devenir un grand champion. Mais le jeune homme devra obéir scrupuleusement à son entraîneur doté d’un juge impitoyable : le chronomètre qui rappelle les exigences du cent mètres en secondes au centième près. Comme au théâtre, il faut sans cesse répéter mais ici jusqu’à la nausée, les départs, les retours au bout du bassin, et avec une méthodologie savamment mise au point, les trois temps du parcours. Tout cela pour gagner ces quelques centièmes de seconde qui différencieront le premier des autres et le consacreront champion régional, national, puis peut-être un jour olympique.

De quoi rendre parano plus d’un athlète et le faire douter de ses engagements et de sa vie qui lui apparaît de plus en plus comme un esclavage du corps et de l’esprit. A la limite de la bêtise quand il faut tout sacrifier pour ces foutus centièmes de seconde. Et quand il ira voir son entraîneur pour lui dire que c’est bien fini pour lui, il y a dans ses yeux, à la fois la fierté d’avoir donné le meilleur de lui-même, mais la nette conscience qu’il y a aussi un terme à ne pas dépasser : il sent bien que son corps lui lance des signaux d’alerte. On le voit aussi rempli de la joie d’avoir progressé en lui-même, en renonçant librement à une vie de sacrifices permanents, et à l’idée finalement absurde de devenir un champion.

Maxime Taffanel a écrit un texte intelligent et d’une remarquable lucidité, sur l’expérience qu’il a vécue des années durant avant de vouloir être comédien. Sur le plateau, rien qu’une chaise et une indispensable petite bouteille d’eau mais il a une présence et un jeu, gestuel surtout, absolument fascinant qu’aucun acteur ne pourrait et pour cause, reproduire. Il faut le voir expliquer en détail les mouvements très précis de cette natation, réappris, corrigés de façon à avancer encore, et encore plus et sans relâche, jusqu’à lépuisement. Cela tient même parfois d’une véritable chorégraphie. Maxime Taffanel joue donc ici son propre personnage- on le voit vraiment nager!- mais aussi son entraîneur goguenard, au langage et aux mines un peu vulgaires mais très clairs, avec ses encouragements et aussi ses engueulades riches en métaphores quand il parle des autres concurrents : les requins et les dauphins…

La mise en scène de Nelly Pulicani est d’une précision absolue, mais elle a juste tendance à patiner sur la fin sans doute en grande partie à cause du texte- un peu trop long- qui perd alors de son acuité. Mais bon cela peut être facilement corrigé et ce spectacle reste une belle performance au sens artistique et physique : Maxime Taffanel en ressort heureux mais épuisé…  Comme après une importante épreuve de natation. Chapeau !

Cela sera sans aucun doute le meilleur solo du festival. Cette petite mais très grande performance a une autre vérité que les approximations de Thomas Jolly dans la Cour d’honneur ( voir Le Théâtre du Blog) et le public enthousiaste a salué généreusement ce jeune acteur dont la maîtrise gestuelle rappelle souvent celle du célèbre mime Marcel Marceau.

Philippe du Vignal

La Manufacture, 2 rue des Ecoles, Avignon, jusqu’au 26 juillet à 16h 25

Une Saison en Enfer, d’Arthur Rimbaud, avec Jean-Quentin Châtelain

 Festival d’Avignon

Une Saison en Enfer, d’Arthur Rimbaud, avec Jean-Quentin Châtelain, mise en scène d’Ulysse Di Gregorio

 une-saison-en-enfer-ulysse-di-gregorio-1024x683En général, l’auteur du spectacle, au sens latin de responsable, est le metteur en scène. Ici, c’est l‘acteur, celui qui agit, soutenu, mené à bien par  son metteur en scène en scène, planté dans le cercle de terre et d’eau– rien de moins que le purgatoire de Dante-  imaginé par Benjamin Gabrié.
  Un spectacle comme celui-ci gagne à être dépaysé en Avignon, dans la chapelle du Théâtre des Halles. On avait salué cette Saison en Enfer au théâtre du Lucernaire à Paris ( voir Le Théâtre du Blog) mais ici,  dans cette conque idéale, pur écrin pour le verbe d’Arthur Rimbaud, elle nous a fasciné.

L’esprit souffle. On peut douter qu’il soit saint dans cet enfer, avec l’énergie de Rimbaud à ne jamais perdre pied dans le réel, mais il est là. Le texte émerge peu à peu de la diction particulière de l’acteur, comme s’il le faisait remonter de profondeurs inaccessibles à d’autres et  dont il nous fait toucher le bord. Dès lors, on respire avec lui : souffle coupé, grandes inspirations, souffle retenu. Le poème hétéroclite, dont nous avons tous quelques bribes en mémoire, nous revient, trouve son unité, et ces bribes mêmes s’accrochent aux fonds marins d’où elles sont nées et s’amplifient de cette naissance qui a lieu en notre présence.

Rimbaud a mis dans ce grand combat avec l’Ange, quelques poèmes préexistants qui l’obsèdent : «Elle est retrouvée -quoi, l’éternité- c’est la mer allée avec le soleil et la couleur des voyelles, et quelque liqueur d’or qui fait suer (Alchimie du Verbe). L’histoire exacte de son âme, qu’on ne peut réduire à des éléments biographiques, même s’ils comptent beaucoup, après sa séparation d’avec Verlaine, d’avec son enfance, d’avec Dieu, qui devient le grand maudit, mais aussi d’avec la Beauté «amère». Un grand poème avant tout dialectique : toute affirmation, toute révélation suscite son contraire jusqu’à épuisement.

André Breton dit que la poésie se fait dans la bouche. Ici, donc la poésie de Rimbaud et celle de Jean-Quentin Châtelain sont aussi indissociables, dans ce moment passé ensemble, que mer et soleil. Vêtu d’un oripeau ni masculin ni féminin (signé Salvador Mateu Andujar) de l’exclu, du réprouvé, il parcourt l’immense chemin d’un tourment plein d’Illuminations. Il regarde avec la lucidité et l’humour du poète, la souffrance nécessaire à l‘horrible «travailleur» en quête constante du vrai. Tous les mots nous parviennent dans leur plénitude, et se fondent dans leur propre mouvement, revenant perpétuellement à leur source. L’acteur a trouvé -et retrouve- sans doute chaque matin à onze heures, le rythme juste, celui de l’effroi, de la joie, de la gaminerie parfois. Plus qu’un spectacle,  une expérience vécue ! Mystique traquant le mysticisme, dans un grand lessivage du langage et de la pensée. On comprend que ce soit un œuvre ultime. Jean-Quentin Châtelain nous y emmène, dans une splendide épreuve de vérité. Après ça, on a l’air un peu idiot d’ajouter : à voir, et à écouter absolument.

Christine Friedel

Théâtre des Halles,  Avignon jusqu’au 26 juillet, à 11h. T. : 04 32 76 24 51.

 

Joueurs, Mao II, Les Noms, d’après Don DeLillo, adaptation et mise en scène de Julien Gosselin

Festival d’Avignon

Joueurs, Mao II, Les Noms, d’après Don DeLillo, traduction de Mariane Véron et Adélaïde Pralon, adaptation et mise en scène de Julien Gosselin

©Christophe Raynaud de Lage

©Christophe Raynaud de Lage

Julien Gosselin, souhaitant prospecter dans la caverne des littératures contemporaines, se penche sur une lecture croisée d’œuvres de Don DeLillo : Joueurs, Mao II, Les Noms, un matériau qui  lui permet de tisser une étoffe dont la trame suit les motifs de la violence politique et sociale des années 1970 à 90.

Rapports de pouvoir entre les forces sociales d’un libéralisme décomplexé, surgissements terroristes : le spectacle évoque l’utopie généralisée de cette époque. Mais l’artisan adaptateur et metteur en scène a aussi des perspectives éthiques et esthétiques qui lui sont chères: variations des écritures, sous-textes, pouvoir des mots, et rapport inexorable de notre modernité au Temps.

 Faire à la fois fiction et événement d’œuvres énigmatiques dans un monde éclaté où les flux d’informations alternent avec le temps suspendu. Les durées de la fiction et du réel se croisent ici : violence et terrorisme d’un côté, écriture et mise en scène de l’autre. Slogans, manifestes, paroles politiques fortes, et violence du langage (Les Noms), la discontinuité fait école, inspirée aussi par Jean-Luc Godard dont Don DeLillo s’est inspiré lui-même pour Joueurs. Comme, ici rejouée, cette scène du train de La Chinoise du cinéaste

Des bribes de texte apparaissent sur l’écran que le public lit rapidement: des citations de littérature contemporaine qui s’ajoutent à l’abondance des images, comme ces extraits de documentaires de la secte Moon, entre autres, qui soumet les gens par les mots ; une marche dans un sous-bois nocturne, un fouillis sylvestre qui cache un prisonnier. Ainsi, sur le plateau des projections de films mais peu de théâtre, et trois musiciens. Fractionnements et étirement du temps:  fiction et quotidien avec une dramaturgie brisée, non linéaire. Ici, peu de jeu scénique et beaucoup de soumission au pouvoir et à la présence de la caméra. Le public ne voit pas directement- un mur les sépare- les acteurs qui compensent le peu de présence effective (projetée sur trois écrans  avec des images en direct), en proférant leur texte- messagères et messagers en colère de la modernité- avec force sur fond musical et sonore appuyé.

 Les visages filmés de près de personnages fermés à eux-mêmes. Des scènes d’intérieur intimistes dans un bureau, un appartement… entre collègues de travail et partenaires sexuels, hétéros et homos. Images d’attentats, trame de polars et fumigènes pour signifier et souligner la confusion des cœurs et des esprits.

 Le mur tombe, une partie du spectacle est l’expérience d’un cinéma en direct: coupé de la salle, le plateau tient alors d’un studio, et on discerne au loin sur la scène, que cachent un peu à la vue d’immenses rideaux et des vitres transparentes, les comédiens furtifs suivis de leur cadreur. Don DeLillo a le mérite de poser les questions géopolitiques de notre temps et de s’intéresser au monde alentour, hors les Etats-unis, Athènes, Londres, Beyrouth…  traduisant le mal-être d’individus en souffrance: sentiment de solitude, angoisse existentielle, insatisfaction foncière, et sentiment amer d’avoir manqué à soi et à sa vérité, à l’intérieur d’un temps qui vous échappe.

  Avec cette création, Julien Gosselin offre à son public un nouvel épisode du rapport convivial qu’il a noué avec son collectif depuis quelque dix ans. Avantages et inconvénients : le groupe donne l’impression de se clôturer sur lui-même.  Quand bien même, est présent pour la seconde fois, Frédéric Leidgens qui apporte le poids d’une d’expérience de théâtre et d’une existence vécue pleinement.

 Les jeunes et beaux et acteurs, enjoués et impliqués, ne peuvent exprimer dans leur pleine mesure, les épreuves sinueuses des jours qui passent: il leur manque les indispensables repères intergénérationnels qui pourraient jouer sur les aléas de la vie et des temps divers dans un même présent, ici et là. On a l’impression d’assister avec ces moments festifs répétés, au bruit et à la fureur d’un univers de jeunes en goguette, celui de séries télévisées avec alcool et tabac surabondants: oubli de soi et des autres, au profit de jouissances minimales…

 Véronique Hotte

 La Fabrica, les 9, 11, 12 et 13 juillet.

 Le Phénix, Scène nationale de Valenciennes, les 6 et 7 octobre. Théâtre du Nord, Lille, du 14 au 20 octobre.

 Odéon-Théâtre de l’Europe, Festival d’automne à Paris, du 17 novembre au 22 décembre.

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