Cent Mètres Papillon, texte de Maxime Taffanel, mise en scène de Nelly Pulicani

9-100-metres

Festival d’Avignon

Cent Mètres Papillon, texte de Maxime Taffanel, mis en scène de Nelly Pulicani 

 

C’est l’histoire d’un jeune homme qui, sous l’influence de son père, devient très vite accro aux courses de natation à un haut niveau de compétition. Une histoire autobiographique, celle de Maxime Taffanel devenu élève-comédien à l’Ecole de Montpellier que l’on va suivre ici quand il s’entraînait quotidiennement, au cours de séances éprouvantes pour le corps comme pour l’esprit. Bien entendu, avec le but de devenir un grand champion. Mais le jeune homme devra obéir scrupuleusement à son entraîneur doté d’un juge impitoyable : le chronomètre qui rappelle les exigences du cent mètres en secondes au centième près. Comme au théâtre, il faut sans cesse répéter mais ici jusqu’à la nausée, les départs, les retours au bout du bassin, et avec une méthodologie savamment mise au point, les trois temps du parcours. Tout cela pour gagner ces quelques centièmes de seconde qui différencieront le premier des autres et le consacreront champion régional, national, puis peut-être un jour olympique.

De quoi rendre parano plus d’un athlète et le faire douter de ses engagements et de sa vie qui lui apparaît de plus en plus comme un esclavage du corps et de l’esprit. A la limite de la bêtise quand il faut tout sacrifier pour ces foutus centièmes de seconde. Et quand il ira voir son entraîneur pour lui dire que c’est bien fini pour lui, il y a dans ses yeux, à la fois la fierté d’avoir donné le meilleur de lui-même, mais la nette conscience qu’il y a aussi un terme à ne pas dépasser : il sent bien que son corps lui lance des signaux d’alerte. On le voit aussi rempli de la joie d’avoir progressé en lui-même, en renonçant librement à une vie de sacrifices permanents, et à l’idée finalement absurde de devenir un champion.

Maxime Taffanel a écrit un texte intelligent et d’une remarquable lucidité, sur l’expérience qu’il a vécue des années durant avant de vouloir être comédien. Sur le plateau, rien qu’une chaise et une indispensable petite bouteille d’eau mais il a une présence et un jeu, gestuel surtout, absolument fascinant qu’aucun acteur ne pourrait et pour cause, reproduire. Il faut le voir expliquer en détail les mouvements très précis de cette natation, réappris, corrigés de façon à avancer encore, et encore plus et sans relâche, jusqu’à lépuisement. Cela tient même parfois d’une véritable chorégraphie. Maxime Taffanel joue donc ici son propre personnage- on le voit vraiment nager!- mais aussi son entraîneur goguenard, au langage et aux mines un peu vulgaires mais très clairs, avec ses encouragements et aussi ses engueulades riches en métaphores quand il parle des autres concurrents : les requins et les dauphins…

La mise en scène de Nelly Pulicani est d’une précision absolue, mais elle a juste tendance à patiner sur la fin sans doute en grande partie à cause du texte- un peu trop long- qui perd alors de son acuité. Mais bon cela peut être facilement corrigé et ce spectacle reste une belle performance au sens artistique et physique : Maxime Taffanel en ressort heureux mais épuisé…  Comme après une importante épreuve de natation. Chapeau !

Cela sera sans aucun doute le meilleur solo du festival. Cette petite mais très grande performance a une autre vérité que les approximations de Thomas Jolly dans la Cour d’honneur ( voir Le Théâtre du Blog) et le public enthousiaste a salué généreusement ce jeune acteur dont la maîtrise gestuelle rappelle souvent celle du célèbre mime Marcel Marceau.

Philippe du Vignal

La Manufacture, 2 rue des Ecoles, Avignon, jusqu’au 26 juillet à 16h 25

 


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