Une Saison en Enfer, d’Arthur Rimbaud, avec Jean-Quentin Châtelain

 Festival d’Avignon

Une Saison en Enfer, d’Arthur Rimbaud, avec Jean-Quentin Châtelain, mise en scène d’Ulysse Di Gregorio

 une-saison-en-enfer-ulysse-di-gregorio-1024x683En général, l’auteur du spectacle, au sens latin de responsable, est le metteur en scène. Ici, c’est l‘acteur, celui qui agit, soutenu, mené à bien par  son metteur en scène en scène, planté dans le cercle de terre et d’eau– rien de moins que le purgatoire de Dante-  imaginé par Benjamin Gabrié.
  Un spectacle comme celui-ci gagne à être dépaysé en Avignon, dans la chapelle du Théâtre des Halles. On avait salué cette Saison en Enfer au théâtre du Lucernaire à Paris ( voir Le Théâtre du Blog) mais ici,  dans cette conque idéale, pur écrin pour le verbe d’Arthur Rimbaud, elle nous a fasciné.

L’esprit souffle. On peut douter qu’il soit saint dans cet enfer, avec l’énergie de Rimbaud à ne jamais perdre pied dans le réel, mais il est là. Le texte émerge peu à peu de la diction particulière de l’acteur, comme s’il le faisait remonter de profondeurs inaccessibles à d’autres et  dont il nous fait toucher le bord. Dès lors, on respire avec lui : souffle coupé, grandes inspirations, souffle retenu. Le poème hétéroclite, dont nous avons tous quelques bribes en mémoire, nous revient, trouve son unité, et ces bribes mêmes s’accrochent aux fonds marins d’où elles sont nées et s’amplifient de cette naissance qui a lieu en notre présence.

Rimbaud a mis dans ce grand combat avec l’Ange, quelques poèmes préexistants qui l’obsèdent : «Elle est retrouvée -quoi, l’éternité- c’est la mer allée avec le soleil et la couleur des voyelles, et quelque liqueur d’or qui fait suer (Alchimie du Verbe). L’histoire exacte de son âme, qu’on ne peut réduire à des éléments biographiques, même s’ils comptent beaucoup, après sa séparation d’avec Verlaine, d’avec son enfance, d’avec Dieu, qui devient le grand maudit, mais aussi d’avec la Beauté «amère». Un grand poème avant tout dialectique : toute affirmation, toute révélation suscite son contraire jusqu’à épuisement.

André Breton dit que la poésie se fait dans la bouche. Ici, donc la poésie de Rimbaud et celle de Jean-Quentin Châtelain sont aussi indissociables, dans ce moment passé ensemble, que mer et soleil. Vêtu d’un oripeau ni masculin ni féminin (signé Salvador Mateu Andujar) de l’exclu, du réprouvé, il parcourt l’immense chemin d’un tourment plein d’Illuminations. Il regarde avec la lucidité et l’humour du poète, la souffrance nécessaire à l‘horrible «travailleur» en quête constante du vrai. Tous les mots nous parviennent dans leur plénitude, et se fondent dans leur propre mouvement, revenant perpétuellement à leur source. L’acteur a trouvé -et retrouve- sans doute chaque matin à onze heures, le rythme juste, celui de l’effroi, de la joie, de la gaminerie parfois. Plus qu’un spectacle,  une expérience vécue ! Mystique traquant le mysticisme, dans un grand lessivage du langage et de la pensée. On comprend que ce soit un œuvre ultime. Jean-Quentin Châtelain nous y emmène, dans une splendide épreuve de vérité. Après ça, on a l’air un peu idiot d’ajouter : à voir, et à écouter absolument.

Christine Friedel

Théâtre des Halles,  Avignon jusqu’au 26 juillet, à 11h. T. : 04 32 76 24 51.

 

 


Répondre

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...