Fake de Marylin Mattei et Le Préjugé vaincu de Marivaux, mise en scène de Marie Normand

 

Les Préjugés: Fake de Marilyn Mattei et Le Préjugé vaincu de Marivaux, mise en scène de Marie Normand

Crédit photo : Emmanuel Ciepka

Crédit photo : Emmanuel Ciepka

 Avec quatre jeunes acteurs motivés  et un plus âgé qui supervise les choses, tous heureux d’en découdre à la fois avec un texte contemporain d’une jeune auteure de trente-trois ans mais aussi avec une comédie de Marivaux dans une belle mise en scène…

Facéties de la jeunesse et de la maturité, malices, clins d’œil à vol jetés au public et plaisir fanfaron pour les interprètes enclins à s’amuser et à se moquer, en provoquant librement le personnage sur lequel tel autre a jeté son dévolu, sans se l’avouer lui-même clairement,  et dans la langue exigeante de Marivaux.

 Le Préjugé vaincu (1746) est une pièce en un acte fondée sur un préjugé de naissance, élément neuf de critique sociale dans le théâtre de l’époque. Angélique, fille du Marquis, aime Dorante, un bourgeois fortuné qui l’aime aussi. Mais elle, ne veut pas d’une mésalliance avec quelqu’un d’une autre classe. Elle se confie à sa suivante Angélique qui mène la danse  un patois de campagne, celui de Saint-Ouen et Montmorency au XVIII ème siècle. Fille d’un simple procureur fiscal et amante consentante de L’Epine, le valet coquin de Dorante,  elle ne veut pas non plus déroger à sa condition, même modeste.

 Calculateur, Dorante propose à Angélique de rencontrer un ami bourgeois: un beau parti dont elle se détourne, et quand il lui avoue être ce prétendant, la demoiselle le refuse, s’opposant aussi à ce qu’il demande la main de sa sœur. Et l’orgueil cédera enfin devant l’amour, ce qu’avait bien prédit le Marquis clairvoyant.

Trois siècles plus tard, Fake revient sur les mêmes préjugés cette fois non plus de classe mais de reconnaissance entre jeunes gens, ce qui entrave aussi l’éclosion, comme l’accomplissement, du désir amoureux. Théo, Hector, Léna et Mina ont seize ans et éprouvent des difficultés à trouver leurs marques sur cette terre inconnue des adultes qu’ils ne tarderont pas à être. De nouvelles relations sociales et affectives s’imposent, dont les règles ne sont pas évidentes. Et ils n’échappent pas à la question existentielle. Entre ce qu’ils sont, ce qu’ils aimeraient être, l’image qu’ils donnent d’eux, et celle que les autres reçoivent, se déroule un drôle de jeu de rôles, où se mêlent réalités et apparences, désirs et rejets, amours et regrets. Avec, en filigrane, des préjugés réels et projetés qui peuvent mener jusqu’aux drames intimes.

Ces adolescents d’aujourd’hui catégorisent, «postent» et «affichent» avec une grande aisance, «likent»…. ou pas. Mais ils répandent parfois des rumeurs qui, comme une traînée de feu, avec photos et documents-miracles à l’appui, font un travail souterrain d’exclusion très efficace ! Ainsi, on n’ose plus aimer telle jeune fille «affichée » par tous, pour telle ou telle raison honteuse… absolument inventée. Une autre jeune fille est considérée à tort comme inexistante, alors que les garçons en pincent pour elle, justement à cause de cette étrangeté!.

 Ici, cette pièce contemporaine  es jouée avant celle de Marivaux, comme pour aiguiser l’appétit. Mais le public apprécie beaucoup ce premier plat. Mêmes barrières et obstacles, même fausses idées que l’on se fait aveuglément de la vie, des êtres et des jours qui passent, sans aller plus avant. Leçon pertinente! Et Ulysse Barbry, Bruno Dubois, Martin Lenzoni, Clotilde Maurin et Apolline Roy font passer un bon moment au public. Et Sarah Dupont a imaginé- ce qui ajoute au plaisir théâtral- une salle de classe avec parois et portes vitrées où tous les personnages sont vus ou pas, puis cachés et enfin trouvés. Et les acteurs dansent, leurs corps jubilent, mais ils savent aussi donner à la langue savante et sinueuse de Marivaux tout le goût acidulé qu’on en attend. Vous avez dit théâtre ? Oui, du théâtre bien vivant qui se donne sans réserve comme tel.

 Véronique Hotte

La Caserne des Pompiers, 116 rue de la Carreterie, Avignon jusqu’au 23 juillet, à 17h15. T. : 04 90 01 90 28. 

 

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