Trentième anniversaire du festival Arte Flamenco de Mont-de-Marsan

Trentième anniversaire du festival Arte Flamenco de Mont-de-Marsan

69E3329E-725F-461A-BEE0-82B998159F37A l’âge d’une plénitude accomplie, ce festival est  toujours tourné vers l’avenir: né à l’instigation d’Antonia Emmanuelli, aficionada du flamenco, il s’est, dès sa première édition en 1988, donné comme enjeu, de faire partager sa passion à un public de connaisseurs comme de néophytes. Cette musique traditionnelle, trop souvent galvaudée ou dévoyée, méritait d’être mieux connue, comme l’Andalousie d’où elle est issue, et, plus particulièrement, le peuple gitan, son interprète privilégié, capable de transcender un vécu, souvent difficile, pour trouver dans des formes musicales mais en les sublimant, le mode d’expression privilégié de ses peines et de ses joies : «Digo mis penas cantando, porque cantar es llorar»: «Je raconte mes peines en chantant, car chanter, c’est pleurer »…

« Au départ, il y a la souffrance des peuples (les gitans savent les difficultés d’une vie de paria…) Et cette tragédie, vécue au quotidien, nourrit  un art incomparable, disait Antonia Emmanuelli, en 2006,  dans un texte repris dans la plaquette : Arte Flamenco, trente ans de ferveur. Et Mont-de-Marsan s’est en effet laissée happer par le flamenco, chaque année pendant la première semaine de juillet, mais le festival déborde largement en deçà et au-delà de cette période. Ont commencé à affluer les artistes les plus célèbres, d’autres moins connus, des aficionados, ou des amateurs, et un public fidèle, toujours plus nombreux, venu partager pendant quelques jours cette  «esta forma de vivir», cette façon de vivre du flamenco :  bouger, parler, respirer et laisser battre son cœur  selon le compás (rythme).

Les places, bars, restaurants et boutiques vivent à l’heure du  flamenco, Et des films sont présentés dans les cinémas, des expositions de photos ou d’affiches ont lieu dans les musées ou les librairies, et des conférences données un peu partout. Le Village du festival,  place Saint-Roch, vend photos,  costumes,  chaussures, bijoux et accessoires du parfait flamenco. Un stand de librairie propose aussi toute une littérature autour de cette musique et de l’Andalousie. Et chaque matin, des conférences de presse sont données par les artistes qui se produisent le soir-même. Et il y a, enregistrées en direct, des émissions de radio régionales ou nationales.

De nombreuses actions de sensibilisation et  d’animation s’adressent aussi bien aux enfants des écoles, et de l’Institut médico-éducatif, à des crèches mais aussi aux résidents de l’EHPAD ou de l’Hôpital psychiatrique… De nombreux stages ou ateliers constituent une des activités les plus importantes du festival, dispensés par des spécialistes andalous et s’adressent à des participants: débutants, avancés, mais aussi à des artistes confirmés. Et ils concernent toutes les disciplines: baile (danse), guitare, cajon (percussion), compás,  palmas (battements de mains) et cante (chant). Et il y a même un stage pour apprendre à photographier le flamenco… Ces cours, très fréquentés, sont essentiels pour sensibiliser les gens à cet art complexe et aussi, dans une grande mesure, savant.

Le spectacle d’ouverture-important- nécessitait des conditions techniques particulières et a donc eu lieu à l’Espace François Mitterrand. Les autres sont donnés au Cafe Cantante, spécialement aménagé, qui reproduit, en plus grand, les conditions des cafes cantantes andalous ou madrilènes. Créés  au milieu du XIX ème siècle, à un moment  où le flamenco est passé de la sphère familiale ou privée, à une audience plus élargie et publique. Ses chanteurs, danseurs, et guitaristes sont alors devenus professionnels et le flamenco a commencé à se structurer. Et dans ce Cafe Cantante, ont sans doute lieu les soirées les plus mémorables, dans une proximité et un vrai partage.

Nous n’avons pu assister à tous les spectacles et concerts, à cause d’un retard de train de six heures, dû d’un arbre tombé sur la voie ! Bravo à la SNCF, incapable  de résoudre rapidement le problème! Mais il y eut deux moments de grâce absolue, avec Memoria de Los Sentido (Mémoire des Sens), un concert de Vicente Amigo et son sextet,  avec,  à la guitare, Vicente Amigo, et Añil Fernàndez; à la basse, Ewen Vernal; chant : Rafael de Utrera; cajon: Paquito Gonzalez  et danse: El Choro.

Vicente Amigo, prodigieux instrumentiste, du niveau du célèbre Paco de Lucia, a été précoce et surdoué, et il y a maintenant longtemps qu’il trace son chemin. Ces dernières années, il avait vagabondé vers d’autres directions musicales (fusion, jazz…)  ,déconcertant parfois ses fidèles… Serait-ce l’entrée vers la maturité (il a dépassé la cinquantaine et paraît toujours aussi  jeune), mais ce concert est une sorte de retour aux sources d’un flamenco auquel il fut initié presque enfant. Un flamenco qui ne recherche pas les effets, qui ne veut rien démontrer mais tient d’une  confidence…Quand il joue en solo, sa guitare est tout en contrastes subtils, allant de la douceur la plus délicate, à une force qui peut frôler la violence, passant de l’incandescence, à une grâce proche de la rêverie. Ses partenaires et lui sont à la mesure de cette quête : aucune surenchère sonore, mais un bonheur évident de participer à une œuvre exceptionnelle, de partager ce miracle entre eux, et pour nous. Ce concert s’acheva par un immense triomphe et trois rappels… qui auraient pu être plus nombreux, s’il ne leur avait fallu céder la place à un autre groupe d’artistes !

Autre moment-phare: Paseo a dos  (Promenade à deux)  avec Dorantes au piano et Renaud  Garcia-Fons, à la contrebasse. Là aussi, un concert absolument admirable. Avec des qualités musicales hors du commun, comme leurs capacités d’écoute et d’attention. Eux aussi témoignent du plaisir, de la joie d’être ensemble, dans une osmose parfaite, au service de la musique qu’ils aiment. De ce partage, qui va bien au-delà d’une simple complicité, jaillit l’harmonie la plus parfaite, si loin, là encore, du fracas que nous imposent quelquefois certains praticiens du flamenco.  Car, même si les instruments sont ici moins traditionnels, il s’agit bien du même art, interprété avec une rare exigence. Quand il atteint de tels sommets, il n’a rien à envier aux musiques les plus prestigieuses. Ce concert, précédé d’un entretien avec ces artistes, a été enregistré et retransmis en direct sur France-Musique.

Vicente Amigo et ses musiciens, puis Dorantes et Renaud Garcia-Fons ont offert au festival de Mont-de-Marsan, un somptueux cadeau d’anniversaire, grâce à leur ferveur musicale, si généreusement partagée avec un public enthousiaste, à la mesure de ces deux événements exceptionnels.

Chantal Maria Albertini

Le Festival Arte Flamenco a lieu  à Mont-de-Marsan (Landes) du du 2 au 7 juillet.

 


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