Kitchen Blues, rhapsodie électro-ménagère de Jean-Pierre Siméon, mise en scène de Clémence Longy

Kitchen Blues, rhapsodie électro-ménagère de Jean-Pierre Siméon, mise en scène de Clémence Longy

7_2 Un défi, un exercice :  à la manière de Samuel Beckett qui écrivait aussi directement en français,  l’auteur a écrit en anglais, un monologue inspiré de Yeats, Synge et  Beckett.Et à partir de ce matériau initial,  il a composé pour Clara Simpson, d’origine irlandaise, un ensemble kaléidoscopique de sept « minilogues » en vers libres où sept personnages féminins prennent la parole.

Et l’auteur propose une version française de cette composition polyphonique dans un jeu d’aller-et retour efficace. Avec de drôles de dames pour de drôles de drames…

Dans ces courtes comédies mi-figue mi-raisin, s’imposent en effet des femmes aussi énigmatiques, que malicieuses, un rien inquiétantes qui n’hésitent pas à jouer avec l’homme auquel elles s’adressent : le mâle, l’époux, l’employeur, le prêtre, le juge… Comme elles le feraient avec elles-mêmes : «Je ne suis pas un reflet dans la vitre. »

Toutes s’apprêtent à quitter l’usurpateur ou le dominateur silencieux :  un adversaire  sans aucune argumentation ni défense circonstanciées. Soumises à un fantôme, elles se voient confinées dans une cuisine attenante à un salon avec un fauteuil. Mais ces femmes au foyer, dans leur solitude quotidienne, se rebellent, et ont une capacité inattendue d’échapper à cette réclusion symbolique. Elles s’inventent alors en dames, à la fois merveilleuses et inquiétantes, fées ou sorcières, et assument ainsi leur émancipation morale.

Jean-Pierre Siméon parle d’«une fenêtre ouverte sur un instant volé de la vie de cette femme»,  à l’imagination prolixe et qui possède une conscience politique. Avec une malice et un humour pétillants, Clara Simpson s’amuse de ses multiples transformations à vue. Assez pincée, assise dans son fauteuil, elle porte un tailleur en tweed «very british», et un chapeau loufoque avec un oiseau, puis va, peu à peu, s’en dégager. Libre alors de ses mouvements, elle détache ses cheveux, et met un autre costume plus souple : « J’adore mon mari, j’y suis habituée, à mon avis, l’habitude est le bon chemin pour l’amour. »

Ici,  l’espace privé relève du polar, avec grondements d’orage, pluie intense et éléments de fantastique comme ce micro-ondes qui s’allume ou ces lumières qui fusent ou s’éteignent tout à coup, grincements de portes, perceptions sonores aléatoires: «Tout dépend de l’humeur, et j’étais d’humeur pluvieuse, inexplicablement. »  L’actrice fait feu de tout bois, de la gravité au burlesque selon les situations, avec une tendresse infinie, une belle humilité et un goût évident du jeu.  Dans un entre-deux presque clownesque, elle nous emmène de la réalité à la fiction, et du pragmatisme, au rêve. Clémence Longy a saisi toute la poésie de l’enjeu théâtral et elle réussit à mettre à distance les ratés d’une vie pour mieux nous en faire rire librement.

 Véronique Hotte

Le Train bleu, 40, rue Paul Saïn, Avignon, jusqu’au 28 juillet  à 10 h, les jours pairs. T. : 04 90 82 39 06.

 

 

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