Festival Chalon dans la rue: C’est par là, c’est par là, par la compagnie Galmae

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Festival Chalon dans la rue

C’est par là,  c’est par là, par la compagnie Galmae, conception de Juhyung Lee

 Issue de la sélection « auteurs d’espace » de la S.A.C.D. cette installation se saisit de la ville, à la manière de l’aranéide…

 L’été français avait commencé sous les auspices de l’antispécisme avec des textes de Jean-Jacques Rousseau, Voltaire et Marguerite Yourcenar, au programme du baccalauréat de français.  Et  cette trente-deuxième édition de Chalon dans la rue nous invite aussi, à interroger les liens entre l’homme et l’animal sous l’intitulé: « Etre bête, point d’interrogation. » Ses nouveaux directeurs, Pierre Duforeau et Bruno Alvergnat, avaient annoncé  leur volonté d’injecter  plus d’images et d’arts plastiques dans ce festival qui  semble en effet avoir plus orienté sur des propositions visuelles, que théâtrales.

Nous sommes déjà bien emberlificotés dans la grande toile des réseaux, mais Juhyung Lee, concepteur de l’installation  nous propose de nous retrouver et de nous perdre dans sa structure filaire.  Sur la grand-place, autour de mâts, un savant maillage de fines cordes blanches tendues : l’espace pourrait avoir été investi par une des immenses araignées de Louise Bourgeois qui aurait déserté son grand œuvre.

Cette belle installation lorgne du côté de l’art contemporain, avec un petit côté artisanal. Elle donne surtout la sensation d’un investissement de la ville en amont, ce qui stimule l’attente.  Comme le Royal de Luxe qui plantait ses fourchettes sur un rond-point pour annoncer le débarquement de ses Géants. Puis, quand vient l’heure, chaque fil est confié à un spectateur appelé à se mouvoir, à rembobiner sa laine autour d’une pierre. Matières brutes, et gestes faciles. De prime abord, le dispositif peut sembler bien simpliste, seulement ludique. Mais, à y regarder de plus près, et à se fondre dans la contemplation de cette foule de petits travailleurs amusés qui se prennent au jeu, on sent vite que le metteur en scène de ce joyeux désordre, a fourbi son dispositif à la FAI-AR, centre de formation pour la création artistique en espace public, implantée au cœur des quartiers Nord de Marseille, au sein de la Cité des arts de la rue.

Cela évoque la façon qu’a chacun d’habiter son corps, de se mouvoir dans un espace contraint par la présence des autres, ou par les lignes de fuite d’une ossature architecturale qui pourrait tenir de l’imaginaire: place de marché, lieu de concert, carrefour routier, fête de famille… Comme faire ensemble ? Quel rythme adopter ? Comment se frayer un chemin, avec et parmi les autres ? Comment danser sa vie ? La proposition oblige chacun à des mouvements d’experts du genre : mission impossible. Mais sous les belles lumières d’Olivier Brun dans la nuit, on laisse vagabonder son imaginaire et on croit voir une patiente fourmilière,  ou des dizaines de Thésée suivant consciencieusement leur fil d’Ariane dans un grand labyrinthe à ciel ouvert, ou encore des acrobates cherchant à s’extraire d’une prison de faisceaux de lasers.

« Comment la foule bouge-t-elle ? Qu’est-ce qui fait «nous» ? » s’interroge Juhyung Lee qui s’est inspiré de sensations vécues, lors d’une manifestation à Séoul en 2.015. La sculpture tient aussi de l’épure : sans cesse, on ôte de la matière, on supprime des lignes. Cette métaphore filée nous entraîne du côté de la sociologie et de la philo, nous donnant à voir le corps social, ses limitations et ses possibles. Et si cette entreprise de réembobinage nous permettait d’y voir de plus en plus clair, de libérer sans cesse plus d’espace pour être soi, pour  être en mouvement ?

 Et de cet impressionnant grand corps collectif mis en action, émergent aussi bien de grands tableaux de grâce collégiale, que des miniatures célébrant un instant un individu. Il est émouvant d’observer les corps et personnalités avec leurs techniques d’enroulage différentes. Certains rapides et ingénieux, d’autres lents et méticuleux: mais tous produisent une chorégraphie des plus réjouissantes, faite d’ajustements, d’enjambements et de contorsions. La plupart s’acquittent de leur tâche en solitaire, d’autres collaborent, rient, se font la courte échelle, échangent leur pelote.

Que se passe-t-il quand le vide prend de plus en plus de place, et que ne subsistent que les silhouettes ? On vous le laissera découvrir… En spectateur ou pelote à la main.

Stéphanie Ruffier

Installation vue à la Cité des Arts de la Rue à Marseille,  lors de l’événement Etoile du Nord.  A Chalon dans la rue,  place Général de Gaulle, Chalon-sur Saône, ce vendredi 20 juillet à 23h.

 

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