Arctique mise en scène d’Anne-Cécile Vandalem

©Christophe Raynaud de Lage

©Christophe Raynaud de Lage

Festival d’Avignon:

Arctique mise en scène d’Anne-Cécile Vandalem

 Rendez-vous en 2025, à bord de l’Artic Serenity, pour son dernier voyage : tractée par un remorqueur vers le Groenland,  l’épave renflouée sera transformée en hôtel de luxe. Saboté lors de son unique traversée par des écologistes de l’A.P.F. (Artic Protection Front) luttant contre l’exploitation des ressources naturelles du Groenland, le navire accueille des passagers clandestins, tous convoqués par lettre anonyme.
Leur identité va se dévoiler au fil de la pièce : l‘ancien commandant de bord qui se prend pour le capitaine Francklin, l’ex-première ministre du Groenland, un journaliste bien curieux, une bourgeoise effarouchée, veuve d’un membre du Consortium minier, une femme revêche entre deux âges, une jeune fille énigmatique. Sans compter les fantômes, dont celui de la chanteuse et militante Mariane Thuring,  morte lors du naufrage. Bientôt, le bateau, largué par le remorqueur, dérivera aux milieux des glaces arctiques… Vaisseau fantôme en proie à une malédiction.

 Ces personnages mal appariés se révèleront tous concernés ou impliqués dans l’histoire de ce navire. Rassemblés  dans le luxueux salon, ils découvrent peu à peu la situation. Une bonne part de l’action se déroule hors-champ, filmée en direct  dans les coursives, la salle des machines, les cabines et le pont, où ils circulent et s’affairent.  L’Arctic Serenity Band -un pianiste, un guitariste et un batteur- intervient comme au cinéma pour créer des ambiances à la David Lynch, ou tel un orchestre d’hôtel, accompagner la chanson fétiche de feu Mariane Thuring, Serenity.

Des éclairages verts, bleus ou rouges, dilués dans une brume omniprésente donnent un côté  fantastique à cette intrigue politico-policière rondement menée, avec suspense et  rebondissements jusqu’à la fin. Les comédiens habitent leur personnage en le composant assez légèrement pour rester crédibles.  Mélanie Zucconi (Eleonor Ann Ormerod) à la voix un peu forcée peut agacer, bien qu’elle joue une bourgeoise idiote ; Epona Guillaume (Inka Thuring), par sa présence intrigante, garde tout le mystère de son identité, révélée lors d’un coup de théâtre final…

Dans un tempo parfait, cette création nous tient en haleine  tout en cernant la situation paradoxale du Groenland : un essor économique  fulgurant et une indépendance vis-à-vis du Danemark mais au prix d’une catastrophe humaine et écologique. « Situer l’action dans un passé relativement proche, me permet d’alerter le spectateur sur les problèmes qu’embrasse le spectacle »,  dit la metteuse en scène.

Elle a conçu Arctique après un voyage au Groenland, où elle voulait enquêter sur l’ouverture du mythique passage de Nord-Ouest, jusque là infranchissable une bonne partie de l’année. Conséquence du réchauffement climatique, la fonte des glaces permet l’accès aux richesses du sous-sol, une aubaine pour les compagnies minières et certains Groenlandais, malgré la déportation de milliers d’autochtones… « Arctique, souligne Anne-Cécile  Vandalem est l’histoire d’une vengeance : celle de la Nature sur un monde dérivant et sur la corruption profonde des êtres humains. Cette Nature représentée par les Inuit du Groenland et leur monde dévasté se venge. »

Une pièce visionnaire qu’on pourra revoir dès l’automne… 

 Mireille Davidovici

 Spectacle joué du 18 au 24 juillet, à La Fabrica, Avignon.

Le 11 octobre, International Theatre Forum Minsk (Biélorussie).
Les 7 et 8 novembre Le Volcan, Le Havre ; du  21 au 24 novembre,  Théâtre de Liège (Belgique) ; les 29 et 30 novembre, Espace Jean Legendre, Compiègne 
Du 8 au 11 janvier, Théâtre des Célestins, Lyon ; du 16 janvier au 10 févier, Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris ; les 14 et 15 février, Comédie de Saint-Etienne.

 


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