Les Gravats, collectif de réalisation : Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson, Jean-Louis Hourdin et Clotilde Mollet

Festival d’Avignon:

Les Gravats, collectif de réalisation : Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson, Jean-Louis Hourdin et Clotilde Mollet

© DIDIER GOUDAL

© DIDIER GOUDAL

On ne dit pas “vieux“, ça n’est pas correct. On dit “seniors“, sortes d’ex-jeunes  qui ont beaucoup de temps libre et rient de toute leur prothèse dentaire dans des réclames pour toutes sortes de choses qu’on peut acheter pour rester un éternel ex-jeune. N’empêche, on reçoit un jour, et ça peut même arriver en plusieurs fois, un “coup de vieux“. De là, à penser à la mort, il n’y a qu’un mauvais pas. «L’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort », dit Spinoza, mort lui-même fort jeune.

Etant eux-mêmes aussi gens fort libres, Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson, Clotilde Mollet, Jean-Louis Hourdin et autres poètes n’ont pas besoin de nous faire la leçon. Pire, ils ont cherché et trouvé un grand nombre de titres, avant de s’arrêter aux Gravats. On rit trop pour s’en souvenir, et que, du coup (de vieux ?), on se met à son tour à carburer. Ex-jeunes, toujours-là ? Voilà du vrai « spectacle vivant » qui rend le public un peu plus vivant. Eux, ces trois-là et ceux qui ne sont pas sur le plateau, réussissent à mettre les objets eux-mêmes en liberté : voyez valser ces fauteuils-crapaud, roulez jeunesse ! Voyez ce lit “médicalisé“ avaler son usager, voyez l’attirail de l’homme orchestre –car la musique aussi est en liberté- décoré d’angelots-squelettes, assistez à l’extraction d’un os qui fait mal, écoutez les propos recueillis auprès de “vrais gens“, de vieux qui n’ont pas peur des vérités surprenantes !

Jean-Pierre Bodin et Clotilde Mollet illustrent chacun une décennie. On signale que Thierry Bosc, le doyen, remplace, presque au pied levé -oui, oui, c’est un sport pratiqué au théâtre-  son ami Jean-Louis Hourdin, excusé pour cause de soins médicaux. En voyant le spectacle, on a l’impression qu’il a été à l’origine du projet, et c’est une impression juste : il fait partie  de cette famille de théâtre, qui s’est illustrée, entre autres, à Hérisson, dans l’Allier, pas loin de Montluçon. Il a aussi en lui, toute l’histoire du Théâtre de l’Aquarium, et quelques autres aussi fraternelles et inventives. Ils se retrouvent donc  dans un collectif poétique, sans barrière autre qu’une éthique solide. Est-ce d’ailleurs une barrière ? Plutôt le socle de la liberté.

Mais revenons à nos moutons, qui ont décidé de ne pas l’être. Bon, on ne parlera pas des E.H.P.A.D. (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) où “le personnel » (façon des déshumaniser les jeunes femmes qui font ce travail) devrait coucher un vieille personne en sept minutes. À peine moins que le temps pour une femme de chambre d’hôtel de “faire“ la dite chambre. Dénoncer ? Du temps perdu…

 Jean-Pierre Bodin  et sa bande posent la question autrement, et répondent par l’affirmative : une vieille personne peut avoir la liberté d’être joyeuse, fantaisiste, si ça lui chante, ou triste selon la forme de son âme ; libre  aussi de désirer et le dire, comme tout être de parole, et susceptible de prendre du temps avec son corps qui se complique.  Les acteurs  prouvent le mouvement en marchant et pas dans les clous, en dansant.
Voilà un spectacle singulier, un bric-à-brac qui nous donne sans cesse à penser et à rire, avec des moments d’émotion tranquille et de respiration. Mais aussi avec des paroles qui rendent le spectateur intelligent et fraternel, et du temps pour se poser la question du temps et se rassurer… Eh ! Oui, inutile de courir après notre jeunesse, elle est en nous, dans notre mémoire. Et si d’aventure, on ne sait jamais, nous mourons, nous aurons vécu. Gloire au futur antérieur contenu dans notre présent. En attendant, comme il faut penser à tout, les acteurs nous distribuent à la fin, la très sérieuse Charte des droits du mourant. Avis à la population : défendez votre droit à voir ce spectacle singulier.

Christine Friedel

Fabrik’Théâtre,(théâtre permanent d’Avignon) à 11h, jusqu’au 29 juillet, 1 rue du Théâtre ( 10 route de Lyon) Avignon. T. : 04 90 86 47 81.

 

 


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