Convulsions d’Hakim Bah, mise en scène de Frédéric Fisbach

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Festival d’Avignon :

 Convulsions d’Hakim Bah, mise en scène de Frédéric Fisbach

 La grande salle du Théâtre des Halles est pleine pour cette création de Frédéric Fisbach, un metteur en scène programmé aussi dans le In. Les six acteurs, à parité, vont jouer un épisode de la saga des Atrides,  celui où Atrée et Thyeste torturent à mort leur frère bâtard pour ne pas avoir à partager l’héritage avec lui.

La pièce commence par cet épisode ultra-violent, mis en distance par des narrateurs qui nous indiquent qui parle, parfois avec un léger décalage, comme un journaliste le commenterait en direct. Puis nous revenons  à la fiction imaginée Hakim Bah avec une visite du voisin, un fusil à la main, chez le couple Atrée/Érope. Il veut se venger d’Atrée qui couche avec sa femme.  Une scène cocasse grâce à Érope qui fait tout ce qu’elle peut pour meubler la conversation avec ce voisin qu’elle ne connaît pas et qui s’introduit chez elle avec un fusil. On sent aussi une différence de classe sociale entre eux. Plus tard, Atrée effectue les démarches pour émigrer aux Etats-Unis. Les test ADN révèleront leur lot de surprises …

L’écriture d’Hakim Bah précise, n’élude pas la violence des situations. Pour Frédéric Fisbach « il fait partie d’une génération d’auteurs qui insuffle une vitalité nouvelle et une urgence à prendre la parole sur les plateaux (…) Pour Convulsions, Hakim Bah s’est inspiré de Thyeste, la tragédie de Sénèque, (mise en scène par Thomas Jolly cette année dans La Cour d’Honneur, voir Le Théâtre du Blog). Il en fait un conte d’anticipation effrayant où on peut  avoir aux Etats-Unis, une « green card » par tirage au sort (…) La violence dans chaque scène, va jusqu’à l’épuisement, au bout de l’absurdité. »
La richesse de cette écriture c’est le talent avec lequel on glisse de la tragédie, au monde actuel sans qu’on ait l’impression d’une césure ou d’un lien artificiel.

Frédéric Fisbach a conçu une mise en scène où il souligne le dynamisme du texte et accroit son humour, et on rit souvent de cette histoire pourtant horrible. Il n’y a aucun effet superflu dans le jeu des acteurs, tous excellents qui sont parfois plusieurs à  interpréter un même rôle, chacun garde sa propre style, tout en restant le personnage.
L’adresse au public confère une couleur populaire au spectacle et un bon rythme. Il fait émerger de cette pièce, un plaisir un peu coupable chez le public qui se délecte en effet du sang, de la trahison et de la violence parce qu’elle nous est apportée avec humour et recul.

Un spectacle intelligent, au texte bien écrit et jubilatoire, comme la mise en scène. Décidément, les vieux mythes ont encore beaucoup à nous dire !

 Julien Barsan

 Théâtre des Halles, rue du Roi René, Avignon. T. : 04 32 76 24 51, à 19 h 30,  jusqu’au 29 juillet.

Théâtre Ouvert, Paris, du 18 janvier au 9 février T. : 01 42 55 74 40.


Archive pour juillet, 2018

Ode to the attempt de Jan Martens et Ben et Luc de Mickaël Phelippeau

Festival d’Avignon:

Ode to the attempt de Jan Martens

 Après le Off,  les Hivernales accueillent un programme de danse qui réunit  deux propositions très différentes : d’abord Ode to the attempt, Otta pour les intimes, un solo du danseur et chorégraphe Jan Martens. Quand le public entre, il est à l’avant-scène, devant son ordinateur dont les informations ont projetées sur une toile en de plateau. Il fait défiler ses mails, la liste des invités programmateurs du soir (déclenchant quelques rires dans la salle) et même le budget de production du spectacle ! Il fait et montre aussi quelques selfies…

Le spectacle commence vraiment quand  il affiche une page blanche et y inscrit treize tentatives qui seront au menu du spectacle. La première « tentative » : vous rendre conscient de ce qui arrive, mais aussi pêle-mêle  celle d’être classique, minimaliste, d’être un interlude et une tentative de salut pour finir.

Depuis son petit bureau, Jan Martens commande tout (sons et lumières) et s’adresse directement à nous. Le spectacle pourrait être sponsorisé par la marque à la pomme :  c’est presque de la publicité pour les ordinateurs et leurs différentes applications ; dans une de ces tentatives, Jan Martens ira même jusqu’à danser devant les écrans de veille aléatoires que l’ordinateur propose  au rythme de la musique.
Une danse élégante, ample et fluide, avec beaucoup de mouvements circulaires des bras mais juste à quelques moments pendant cette demi-heure et ,chaque fois, avec une grande intensité… Et la musique classique de « son vieil ami Schubert » lui permettra de reprendre son souffle !

 Avec une démarche humble, cet artiste veut être proche du public et n’hésite pas à montrer qu’il doute. Normalement, il ne quitte pas le plateau après les saluts et discute avec ceux qui viennent le voir mais pas ici. puisque la seconde partie doit commencer.  Ce solo, agréable et drôle, ne se prend pas trop au sérieux, même s’il ne nous laisse qu’un sourire amusé.

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Ben et Luc

Après un rapide changement de plateau, place donc  à la proposition de Mickaël Phelippeau qui réunit deux danseurs burkinabés, Ben Salaah Cissé et Luc Sanou. Le spectacle commence avec un échauffement, chacun arrivant de son côté. On sent vite une complicité entre les interprètes qui se massent l’un l’autre, rient ensemble, chahutent…
 Tout le spectacle jouera sur cette douce ambiguïté…. La confrontation entre tradition et modernité est bien ici le fil rouge, pour ceux qui vont passer d’une danse traditionnelle peule ou burkinabé, à une pop africaine très actuelle accompagnée de gestes suggestifs.

Mickaël Phelippeau à conçu ce spectacle après avoir vu un duo  qu’ils présentaient à un festival à Ouagadougou. Il y était question de la place de la femme et le chorégraphe n’avait pas totalement pris conscience que présenter un duo de garçons porteurs de féminité et de sensualité aurait pu se révéler dangereux pour Ben et Luc qui eux s’en étaient rendu compte mais ont fait preuve de courage. Et Mickaël Phelippeau  les a engagés pour réaliser ce duo. Une danse puissante, et c’est un plaisir de les voir évoluer sur le plateau et de faire ensuite leur connaissance.

 L’adresse au public, la prise de parole des interprètes et le fait qu’ils envoient parfois eux-mêmes leurs extraits musicaux donnent à ce spectacle beaucoup de générosité. Les nombreux et longs silences perturbent un peu le rythme global du spectacle, dont parfois, on ne comprend pas toujours le sens mais on se laisse emporter. Comme souvent chez ce chorégraphe, nous avons devant nous des êtres qui dansent mais aussi qui parlent, qui sont eux-mêmes. Vraie merveille, ce surprenant spectacle continuera à travailler en nous un moment.

Un bémol : on comprend mal pourquoi le festival  a réunis ces spectacles si différents dans un même programme…

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 Julien Barsan

Les Hivernales C .D.C.N. d’Avignon, rue Guillaume Puy jusqu’au 24 juillet

 Ode to the attempt , le 31 juillet et 1er août, festival Paris l’Été, le 15 novembre au Manège de Reims, les 22 et 23 mars à Pôle Sud à Strasbourg, du 2 au 5 avril au Théâtre Garonne,  Toulouse et du 6 au 11 mai, au Théâtre des Abbesses à Paris.

 Ben & Luc,  le 6 octobre à L’Échangeur, CDCN des Hauts de France à Château-Thierry, le 11 octobre à la scène nationale 61 à Alençon ; le 13 octobre au Théâtre Louis Aragon de Tremblay-en-France ; le 5 avril, à l’Orange Bleue à Eaubonne ; les 6 et 7 avril à la Scène Nationale de Poitiers ; le 10 avril au Théâtre 95 de Cergy et le 16 avril au Théâtre Paul Éluard de Bezons.

Taïko Performing Arts Ensemble Kodo Cultural Generation

Festival Paris l’Eté: 

Taïko Performing Arts Ensemble Kodo Cultural Generation

 La troupe multi-générationnelle fait retentir le taïko, un tambour enraciné dans la culture du pays, qui accompagne les fêtes, les rites traditionnels et les danses. Loin des villes, les trente quatre  artistes de Kodo : « battement de cœur » mais aussi « enfants du tambour ») vivent depuis quarante ans en communauté sur l’île de Sado. Jour et nuit, ils explorent le potentiel inépuisable du taïko, prônent une éthique en harmonie avec la nature, et conçoivent leur musique comme un retour aux origines de la vie.

Kodo a ouvert une école où les étudiants suivent un entraînement physique intensif  sur deux ans mais aussi un enseignement en musique, danse et chant. La troupe tourne dans le monde entier. Et à  l’issue de la première série de représentations de son spectacle Une chambre en Inde, Ariane Mnouchkine s’était rendue au Japon où elle avait rencontré le Kodo.

Les interprètes habillés en noir et blanc, un bandeau sur le tête, jouent des huit tambours, du plus petit au plus gros,  battus à un rythme frénétique… et des flûtes, de gongs.. mais impossible de mémoriser cette extraordinaire force de vie. « La musique, c’est la vibration de l’âme dit Ryotaro Leo Ikenaga, le directeur artistique. Elle reflète les limites les plus profondes de notre esprit. La musique existe car il y a certaines vibrations que nous ne pouvons pas peindre. Car il y a des mots qu’on ne peut pas écrire. La musique, c’est le pinceau que nous utilisons pour représenter notre être. »

Un spectacle à ne pas manquer.

Edith Rappoport

Théâtre du Soleil,  route du Champ de manœuvre, Cartoucherie de Vincennes  jusqu’au 22 juillet à 20h 30.  T. :  01 43 74 24 08

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“Je suis vous tous qui m’écoutez.” Jeanne Moreau, une vie de théâtre

Festival d’Avignon:

Exposition à la Maison Jean Vilar: “Je suis vous tous qui m’écoutez.” Jeanne Moreau, une vie de théâtre

©DR

©DR

C’est en quelques salles, une sorte de condensé en images visuelles et sonores, de plus de cinquante ans d’une vie théâtrale. L’actrice, né en 1926 et disparue il y a un an aura traversé le vingtième siècle  au cinéma avec quelque cent trente films! Dont plusieurs films-culte,  comme Ascenseur pour l’échafaud, et Les Amants de Louis Malle, Le Journal d’une femme de chambre de Luis Bunuel,  Jules et Jim de François Truffault ( 1962), Moderato Cantabile de Peter Brook, etc.  C’est sans doute l’aspect de sa carrière le plus connu aujourd’hui du grand public.

Mais elle fut aussi, fait moins connu des jeunes générations, une comédienne exemplaire de théâtre, ce qui est plus rare. Elle commença à jouer très jeune, après avoir quitté sa famille sur les plateaux des grands théâtres parisiens. Après avoir été reçue en 1947 au Conservatoire National, elle entra à la Comédie-Française, où elle joua notamment dans Les Caves du Vatican d’André Gide. Puis elle s’engagea pour dans l’aventure du T.N.P. où elle joua en 1951 dans la Cour d’honneur, Le Prince de Hombourg avec Gérard Philipe. Puis elle sera aussi La Chatte sur un toit brûlant de Tennesse Williams, dans la mise en scène de Peter Brook.
Elle joua aussi Le Récit de la servante Zerline d’Hermann Broch, mis en scène par Klaus Michael Gruber,  qui lui valut un Molière. Et encore La Chevauchée sur le Lac de  Constance de Peter Handke (1973) avec Gérérd Depardieu et Samy Frey, mise en scène de Claude Régy.
En 1989, elle interprète dans la Cour d’Honneur, mise en scène par Antoine Vitez, La Célestine de Fernando de Rojas. De grands textes et de grands metteurs en scène : aucun doute, Jeanne Moreau savait bien s’entourer…

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Ce retour en arrière, avec celle que nous avons si souvent vue au théâtre, a quelque chose de tout à fait émouvant. D’autant plus qu’on entend aussi sa voix inimitable, à la fois  dans de grands textes théâtraux mais aussi quand elle interprète la fameuse chanson: J’ai la mémoire qui flanche. De jeunes étudiantes n’en revenaient pas: “Qu’est-ce qu’elle chante bien!

Conçue par Laure Adler, cette exposition intelligemment scénographiée par Nathalie Crinière, est un peu à l’étroit dans de petites salles mais mérite qu’on s’y attarde au moins une heure: riche de nombreux documents: archives sonores, lettres, films  et aussi costumes et objets, ce n’est pas seulement la vie artistique de Jeanne Moreau mais tout un pan de l’histoire du théâtre du XX ème siècle que vous découvrirez… L’entrée est payante mais cela vaut le coup.

Philippe du Vignal

Maison Jean Vilar, 8 rue de Mons, Avignon, jusqu’au 24 juillet, du lundi au dimanche de 11h à 20h. L’exposition se poursuit jusqu’en avril 2019. T.: 04 90 86 59 64.

Festival d’Avignon : Sujet à vif, programme C

Festival d’Avignon :

Sujet à vif, programme C

Le bruit de l’herbe qui pousse, conception et interprétation de Thierry Balasse et Pierre Mifsud

Nous avions déjà apprécié le talent de conteur de Pierre Mifsud dans la Conférence des choses vu dans le passé à Avignon et à Limoges (voir Le Théâtre du blog). Nous le redécouvrons aujourd’hui avec le compositeur de musique électroacoustique Thierry Balasse dans une histoire surréaliste qui nous questionne avec humour sur le temps et l’espace.
Sur scène, deux hommes: l’un s’accompagne de ses machines pour manipuler le son et le ralentir, jusqu’à le perdre, et l’autre raconte par bribes des instantanés de vie. Avec des  images d’enfance qui ressurgissent, au gré du temps qui a passé. Quand les sons ralentissent, dit Thierry Balasse, l’imaginaire s’ouvre sur des horizons immenses, un simple claquement de doigts devient tremblement de terre, et l’infiniment petit de nos existences côtoie l’infiniment grand. »

Georges  conception et interprétation de  Mylène Benoit et Julika Mayer. `

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©Jean Couturier

Et le ventriloque se lève. Il se sent vieux. Il téléphone aux petites annonces avec «une voix de canard».  Pour concevoir ce spectacle  autour du lien entre les vivants et les morts inspiré du livre Au bonheur des morts de Vinciane Despret,  la marionnettiste Julika Mayer et la chorégraphe Mylène Benoit ont travaillé dans un rituel de «réanimation» avec ces marionnettes en retraitte, comme oubliées.

Georges est un autel dressé pour célébrer la fête des morts. En attendant le réveil  de ces pantins sagement endormis dans des boîtes en plastique, un  texte de Patricia Mitton évoque l’univers des fossoyeurs : «Le caveau fait un mètre de large, les os sont noirs, les cheveux sont nattés, les mains sont croisées sur le ventre, la mâchoire est tombée».
Cinq marionnettes prêtées par leurs créateurs revivent grâce à la délicate manipulation des deux artistes. D’une qualité esthétique impressionnante, elles sont de nouveau habitées.

Un très beau voyage éphémère qui renvoie au titre de la pièce d’Henrik Ibsen, Quand nous nous réveillerons d’entre les mort. Il faut remercier Mylène Benoit et Julika Mayer d’avoir eu cette belle idée, il y a tant de marionnettes dans le monde qui vivent une retraite douloureuse  en étant mises en vente, comme le disait Pierre Desproges…

Jean Couturier

Jardin de la Vierge, Lycée Saint-Joseph , 62 rue des Lices Avignon, les 22, 23, et 24 juillet,  à 11h.

    

36 Avenue Georges Mandel de Raimund Hoghe

Festival d’Avignon :

 36 Avenue Georges Mandel de Raimund Hoghe

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Né à Wuppertal, pendant dix ans conseiller artistique et dramaturge de Pina Bausch, il a remarquablement évoqué le travail de la chorégraphe dans son livre, Histoires de théâtre dansé. Avec cette pièce, il s’attaque à une autre figure mythique de la scène : Maria Callas.

36 avenue Georges Mandel, où habitait la chanteuse lyrique…. L’œuvre avait été jouée à la Chapelle des Pénitents blancs en 2007, et est reprise dans le cadre magique du Cloître des Célestins. Les deux platanes encadrant le plateau nu, servent d’écrin à des accessoires rappelant Maria Callas : une paire d’escarpins, un bandeau noir, un imperméable, un poudrier, une biographie de la chanteuse… disparue il y a quarante ans. Figure hors du temps, elle renaît devant nous.

Quelques images en noir et blanc et quelques disques vinyl imprègnent encore notre imaginaire, mais c’est avant tout une voix qui aura  marqué les esprits, et que l’on entend ici avec des extraits d’interview ou d’œuvres de Bellini, Donizetti, Verdi, Spontini, Giordano, Gluck, Massenet, Catalani, Saint-Saëns et Bizet qui habitent le cloître avec bonheur.

La gestuelle minimaliste de Raimund Hogue surprend, qui a un physique particulier : une malformation de naissance le fait ressembler au célèbre bossu de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo (1831). Cette difformité n’exclut pas une certaine beauté,  soulignée par Pina Bausch elle-même, et une forte présence scénique. Nous le suivons dans son délicat parcours sur le plateau: il se change, chausse des talons hauts, se met à genou, tombe ou se lave le visage.  Chacun de ses gestes nous questionne sur ce que peut être la différence. Et la fragilité de son corps impressionne le public.
Deux artistes l’accompagnent : en prélude, Luca Giacomo Schulte dessine par terre, avec de l’eau des formes disparaissant à mesure  Emmanuel Eggermont, lui, à la fin, relève Raimund Hoghe, allongé au sol et recouvert de cartons, tel un S.D.F. dormant au milieu du Cloître des Célestins.

 Il a évoqué devant nous l’âme de la chanteuse, et son salut, parmi quelques huées- le spectacle divise et c’est tant mieux- restera un moment d’exception. Fantôme parmi les fantômes, il s’est avancé vers le public, les bras tendus, les paumes tournées vers le ciel comme pouvait le faire la cantatrice. Sincère dans son offrande, il semble heureux que nous soyons heureux. Dernier et émouvant hommage, il pose la biographie sur Maria Callas devant lui, puis repart, fragile, très fragile, entouré de ses partenaires.

 Jean Couturier

 Le spectacle s‘est joué au Cloître des Célestins, place des Corps Saints, Avignon, du 17 au 19 juillet, à 22 h.

Histoires de théâtre dansé, est publié aux éditions de L’Arche.

 

The Woodpeckers (Les Piverts) mise en scène de Marco Barotti

Festival Chalon dans la rue:

The Woodpeckers  (Les Piverts) réalisation de Marco Barotti

IMG_4443Cette proposition, très discrète dans l’espace, et ultra-technologique est due à un performeur issu du jazz, qui explore depuis plusieurs années, la musique abstraite, en bricoleur-architecte de génie. Créateur de bulles futuristes ou autres structures sonores à la plastique impressionnante, il avait déjà conçu d’étranges cygnes flottant avec grâce, au croisement de l’oiseau, du nénuphar, et du satellite.

Ici, au détour d’une rue,  on déniche avec un émerveillement enfantin, ses magnifiques piverts, drôles de petits oiseaux métalliques qui frappent de leur bec conique, une rambarde, une barrière ou une grille. Les objets animés constituent, en eux-mêmes, de véritables petits bijoux technologiques qui rappellent l’horlogerie d’art. Les toc-tocs irréguliers qu’ils produisent, proches ou lointains, créent une sensation de concerto en morse, ou de promenade parmi les clochettes des vaches dans les alpages, musique sérielle d’un genre nouveau…

Poétique, léger et funambule, ce dispositif de percussions devient soudain effrayant quand on apprend que ces gracieux volatiles se meuvent grâce à un capteur qui transforme en temps réel, les ondes invisibles générées par nos téléphones connectés et la technologie sans fil.

Le rythme imprimé sur le mobilier urbain, comme en écho au passé de Marco Barotti,  matérialise les ondes qui envahissent notre environnement. Invisibles, elles deviennent sonores et visuelles et résonnent concrètement dans notre boîte crânienne. Cette composition acoustique qui hybride la nature et la science, subit ainsi des variations constantes. Les tempos plus vifs, synonymes de vagues d’ondes, font ainsi fluer et refluer plaisir et inquiétude. Et l’on songe soudain à la raréfaction des oiseaux dans nos campagnes… Une surprenante et intelligente présence d’oiseaux-robots dans les rues : à ne pas manquer!

 Stéphanie Ruffier

*L’emplacement des Piverts dans Chalon, est indiqué chaque jour sur : marcobarotti.com

Les Cinq Fois où j’ai vu mon père de Guy Régis Jr., mise en voix par Armel Roussel

Festival d’Avignon:

Ça va ça va le monde ! RFI 2018  (suite):  Les Cinq Fois où j’ai vu mon père de Guy Régis Jr. , mise en voix par Armel Roussel

 024pg20180715_1Nous l’avions quitté au Festival des Quatre-Chemins, en Haïti, à l’automne dernier (voir Le Théâtre du Blog) un festival foisonnant qu’il dirige depuis 2014. Il s’apprêtait alors à venir en France en résidence à la Maison des auteurs des Francophonies en Limousin.  Nous le retrouvons ici pour entendre l’adaptation scénique du roman qu’il y a écrit.  Il  évoque, dans son récit, ses cinq rencontres avec son père, échelonnées de l’âge de trois ans, à l’adolescence… «Maman, mon père est-il une ombre, un oiseau ? (…) Il s’est envolé (…) Un oiseau noir, un ombre puisqu’il s’est envolé pour ne plus jamais revenir ? »

Dans un compte à rebours, de la cinquième à la première fois, les personnages de l’écrivain et du père (ombre présente-absente !)  sont joués par Thomas Dubot,  qui dialogue avec la mère (Caroline Berliner). En décor sonore, les bruits d’Haïti, restitués par Pierre Alexandre Lampert ancrent la lecture dans un ailleurs réaliste. En prose précise et mouvementée, remontent les souvenirs. Le roman, dialogué, se prête à une adaptation théâtrale dont les cinq séquences sont autant de scènes denses mais distanciées par la beauté de la langue et l’humour sous-jacent.

 Le politique et l’intime se côtoient ici : ce père, c’est aussi tous les pères de tous les pays « sens dessus-dessous » : « Etait-ce la raison de ta fuite, ce pays sens dessus-dessous qui n’a que faire de ses enfants ? Tu as fui la décrépitude du pays, mais ce pays te poursuit encore. Comment effacer un pays ? »… « Aujourd’hui encore, à l’âge où je suis vieux, je ne cesse de le chercher, écrit l’auteur.(…) Il n’est, bien sûr, pas encore mort. Il est bien en vie, mon père. Il donne toujours pas de nouvelles. ».

 048pg20180715_1Au terme de la représentation, le public a les larmes aux yeux. Non moins ému, Guy Régis Jr. nous dit : «J’ai essayé de rassembler les cinq fois où j’ai vu mon père. De recoller les morceaux pour comprendre. Il n’est pas le seul qui est parti. On demande de l’argent à l’homme, dans un pays où il n’y en a pas. » Son père a «ouvert un autre chapitre de sa vie au Etats-Unis. C’est ça aussi l’exil. Pour construire son roman, l’auteur s’est aussi appuyé sur des témoignages d’enfants dans un atelier sur le thème de l’absence, qu’il a animé à La Rochelle. : « ça m’a nourri énormément ».

 Un long chemin parcouru par l’écrivain, poète et metteur en scène, depuis la création de sa première compagnie en Haïti,  NOUS Théâtre,  avec des chanteurs, dessinateurs, acteurs, musiciens qui jouent dans la rue et sur les places comme beaucoup ici,  faute de salles. Ils ont rencontré un beau succès avec Service Violence Série en tournée de 2001 à 2005 en France, Belgique, et aux États-Unis.

Ida, sa pièce la plus connue, souvent montée dans son pays et au-delà, est publiée par Vent d’ailleurs. De 2007 à 2012, il est accueilli en résidence, d’abord aux Récollets à Paris où il écrit Mourir tendre, lue par Anne Alvaro aux Francophonies de Limoges en 2013 (voir Le Théâtre du Blog ), et publiée aux Solitaires Intempestifs, comme la suite de ses œuvres dont la dernière une comédie amère: Reconstruction.

La question qu’on pose à tout Haïtien, c’est : où en est la reconstruction du pays après le tremblement de terre ? « Beaucoup de politiciens n’ont pas reconstruit, mais se sont reconstruits eux-mêmes», ironise Guy Régis Jr., et cette pièce montre comment une bande de rapaces s’est accaparé les subsides destinés à réparer les dégats. Dans la pièce, le Président s’est retiré dans l’unique bibliothèque du pays et depuis trois ans, passe son temps à lire et à philosopher « pour se reconstruire». Le peuple se plaint de cette inaction par le voix de L’Opposition mais les ministres  se reconstruisent pour leur propre compte, avec l’argent des impôts et des O.N.G… Le public est appelé à participer aux péripéties de cette farce politique qui brocarde un régime immobile et corrompu depuis des décennies.

 Alors qu’il a déjà traduit en créole L’Etranger d’Albert Camus et a commencé à le faire avec A la Recherche du temps perdu de Marcel Proust, il avoue qu’il est “compliqué d’écrire dans cette langue de l’oralité.  Il y a pourtant une littérature créole, on trouve bien entendu la Bible mais aussi les pièces de Sophocle.» 

Quand on lui demande comment il peut mener toutes ses activités de front, l’artiste répond simplement qu’il fait une chose après l’autre, et qu’il prend un temps entre chaque projet. En ce moment, il travaille à la programmation de son prochain festival dont les grandes lignes sont tracées. Le thème: la politique. Laurent Gaudé sera présent, avec des mises en scène et lectures de ses textes.  Guy Régis Jr. recevra aussi la troupe de théâtre de rue BITH (Brigade d’Intervention Théâtrale-Haïti et mettra le focus sur la florissante poésie haïtienne, en partant de la phrase-phare : Pays poète, poète, poèteEt de la poésie en créole, c’est quotidiennement que Guy Régis Jr. en écrit.

 Mireille Davidovici

Les Cinq Fois où j’ai vu mon père (en version scénique)  sera diffusée sur R.F.I. , le 5 août à 12 h 10.
Une nouvelle lecture en sera donnée par les élèves de L’Académie du Centre Dramatique National de Limoges,  aux Francophonies en Limousin,  le 29 septembre à 11 heures 30,  Théâtre Expression 7,  20 Rue de la Réforme, Limoges. Entrée libre mais réservation conseillée. T. :  05 55 10 90 10.

 Le roman sera publié chez Gallimard, collection Haute Enfance, à l’automne

 La Quinzième édition du Festival des Quatre Chemins du 19 Novembre au 1er Décembre,

Festival Chalon dans la rue: C’est par là, c’est par là, par la compagnie Galmae

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Festival Chalon dans la rue

C’est par là,  c’est par là, par la compagnie Galmae, conception de Juhyung Lee

 Issue de la sélection « auteurs d’espace » de la S.A.C.D. cette installation se saisit de la ville, à la manière de l’aranéide…

 L’été français avait commencé sous les auspices de l’antispécisme avec des textes de Jean-Jacques Rousseau, Voltaire et Marguerite Yourcenar, au programme du baccalauréat de français.  Et  cette trente-deuxième édition de Chalon dans la rue nous invite aussi, à interroger les liens entre l’homme et l’animal sous l’intitulé: « Etre bête, point d’interrogation. » Ses nouveaux directeurs, Pierre Duforeau et Bruno Alvergnat, avaient annoncé  leur volonté d’injecter  plus d’images et d’arts plastiques dans ce festival qui  semble en effet avoir plus orienté sur des propositions visuelles, que théâtrales.

Nous sommes déjà bien emberlificotés dans la grande toile des réseaux, mais Juhyung Lee, concepteur de l’installation  nous propose de nous retrouver et de nous perdre dans sa structure filaire.  Sur la grand-place, autour de mâts, un savant maillage de fines cordes blanches tendues : l’espace pourrait avoir été investi par une des immenses araignées de Louise Bourgeois qui aurait déserté son grand œuvre.

Cette belle installation lorgne du côté de l’art contemporain, avec un petit côté artisanal. Elle donne surtout la sensation d’un investissement de la ville en amont, ce qui stimule l’attente.  Comme le Royal de Luxe qui plantait ses fourchettes sur un rond-point pour annoncer le débarquement de ses Géants. Puis, quand vient l’heure, chaque fil est confié à un spectateur appelé à se mouvoir, à rembobiner sa laine autour d’une pierre. Matières brutes, et gestes faciles. De prime abord, le dispositif peut sembler bien simpliste, seulement ludique. Mais, à y regarder de plus près, et à se fondre dans la contemplation de cette foule de petits travailleurs amusés qui se prennent au jeu, on sent vite que le metteur en scène de ce joyeux désordre, a fourbi son dispositif à la FAI-AR, centre de formation pour la création artistique en espace public, implantée au cœur des quartiers Nord de Marseille, au sein de la Cité des arts de la rue.

Cela évoque la façon qu’a chacun d’habiter son corps, de se mouvoir dans un espace contraint par la présence des autres, ou par les lignes de fuite d’une ossature architecturale qui pourrait tenir de l’imaginaire: place de marché, lieu de concert, carrefour routier, fête de famille… Comme faire ensemble ? Quel rythme adopter ? Comment se frayer un chemin, avec et parmi les autres ? Comment danser sa vie ? La proposition oblige chacun à des mouvements d’experts du genre : mission impossible. Mais sous les belles lumières d’Olivier Brun dans la nuit, on laisse vagabonder son imaginaire et on croit voir une patiente fourmilière,  ou des dizaines de Thésée suivant consciencieusement leur fil d’Ariane dans un grand labyrinthe à ciel ouvert, ou encore des acrobates cherchant à s’extraire d’une prison de faisceaux de lasers.

« Comment la foule bouge-t-elle ? Qu’est-ce qui fait «nous» ? » s’interroge Juhyung Lee qui s’est inspiré de sensations vécues, lors d’une manifestation à Séoul en 2.015. La sculpture tient aussi de l’épure : sans cesse, on ôte de la matière, on supprime des lignes. Cette métaphore filée nous entraîne du côté de la sociologie et de la philo, nous donnant à voir le corps social, ses limitations et ses possibles. Et si cette entreprise de réembobinage nous permettait d’y voir de plus en plus clair, de libérer sans cesse plus d’espace pour être soi, pour  être en mouvement ?

 Et de cet impressionnant grand corps collectif mis en action, émergent aussi bien de grands tableaux de grâce collégiale, que des miniatures célébrant un instant un individu. Il est émouvant d’observer les corps et personnalités avec leurs techniques d’enroulage différentes. Certains rapides et ingénieux, d’autres lents et méticuleux: mais tous produisent une chorégraphie des plus réjouissantes, faite d’ajustements, d’enjambements et de contorsions. La plupart s’acquittent de leur tâche en solitaire, d’autres collaborent, rient, se font la courte échelle, échangent leur pelote.

Que se passe-t-il quand le vide prend de plus en plus de place, et que ne subsistent que les silhouettes ? On vous le laissera découvrir… En spectateur ou pelote à la main.

Stéphanie Ruffier

Installation vue à la Cité des Arts de la Rue à Marseille,  lors de l’événement Etoile du Nord.  A Chalon dans la rue,  place Général de Gaulle, Chalon-sur Saône, ce vendredi 20 juillet à 23h.

A long Time to see ! conception, chorégraphie et interprétation de Jenna Jalonen et Beatrix Simkó- Fenanoq, conception et interprétation de Pierre Fourny et Cécile Proust

Festival d’Avignon :

Sujet à vif D :

 Chaque année, la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques présente ses Sujets à vifs : huit courts formats qui réunissent chacun deux artistes avec deux séances que le public découvre chaque fois avec grand plaisir. Sujets à vifs a fêté l’an passé ses vingt ans…

©Domolky_Daniel

©Domolky_Daniel

 A long Time to see ! conception, chorégraphie et interprétation de Jenna Jalonen et Beatrix Simkó 

L’une est blonde, et finlandaise, l’autre brune, et hongroise. L’une habite Hambourg et l’autre, Bruxelles. Et elles présentent ici un spectacle conçu dans le cadre d’un programme de recherche “transculturel“ initié par l’Union Européenne.

Après des manœuvres d’approche, elles font lentement connaissance. Leurs corps de danseuses se comprennent et trouvent une grammaire commune. Et pour communiquer, elles ont la chance de parler des langues finno-ougriennes : le finnois et le magyar ont en effet des racines communes. Elles confrontent leurs mots, s’amusent à débusquer similitudes et différences, et finissent par trouver une grande intimité ; dans une proximité tendre et troublante.Jeux de mots, jeux de corps : une danse d’abord ludique, s’élabore, de collisions en résonances, avec de possibles symétries, tout en restant assez technique, et tisse des complicités jusqu’à ce qu’elles ne fassent qu’une, dans une double étreinte. Ce duo d’une demi-heure, bien construit, ne trouve pas tout de suite son rythme de croisière mais nous faisons connaissance avec ces belles artistes : Jenna Jalonen, gymnaste, danseuse et performeuse, et  Beatrix Simkó, danseuse, chorégraphe, et artiste multi-médias.

 

©Jacques Hoepffner

©Jacques Hoepffner

Fenanoq, conception et interprétation de Pierre Fourny et Cécile Proust

Prononcé Fénanoq, le terme résulte d’une manipulation des lettres des mots : Femme et Homme. Pierre Fourny a inventé une pratique artistique : la “Poésie à 2 mi-mots“. Pour lui, tous les mots et leurs polices sont  “coupables“, et il les tranche allègrement. Grammaire et vocabulaire portent en eux le sexisme de la langue, formatée par l’Académie française et l’Ecole publique… Que le masculin l’emporte sur le féminin, ce ne fut pas toujours le cas, et  l’offensive contre les femmes qui commença au XVII ème siècle, s’imposa au XIX ème ….

Pierre Fourny a trouvé en Cécile Proust une partenaire idéale : chorégraphe et performeuse, elle dissèque la fabrique des corps et des signes, en lien avec les études du genre.  Elle nous démontre, avec son complice, à quel point notre langue est “genrée“. Avec des découpes en carton et des lettres en vrac, ces artistes bricolent la langue et nous donnent, gestes et images à l’appui, une leçon d’écriture, dite inclusive. Un exercice amusant et instructif, mené avec brio !

 Mireille Davidovici

 Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph, 62 rue de Lices, Avignon, jusqu’au 24 juillet à 18 heures. 

 Et le 6 octobre à l’Echangeur, C.D.C.N. Hauts-de-France, Château-Thierry.

 

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