Adieu Richard Demarcy

Adieu Richard  Demarcy

VICTOR TONELLI/ARTCOMART

VICTOR TONELLI/ARTCOMART

Le dramaturge, poète et metteur en scène  vient de mourir d’une tumeur au cerveau contre laquelle il se battait depuis deux ans. Nous l’avions connu à ses tout débuts quand il créa sa compagnie en 1972, après des études de sociologie et d’ethnologie à la Sorbonne et à l’École pratique des Hautes études. Sa thèse les Éléments d’une sociologie du spectacle avait été publiée et est encore très appréciée. Il avait été professeur à la la Sorbonne Nouvelle et il avait la passion d’un théâtre simple qui souvent était fait pour le jeune public mais que leurs parents pouvaient savourer.

Quand Gabriel Garran créa à Aubervilliers  son théâtre de la Commune, il en devint le secrétaire général du Théâtre de la Commune. Il rencontra une jeune et brillante comédienne très connue au Portugal, Teresa Mota. Emmanuel, leur fils, dirige depuis dix ans le Théâtre de la Ville à Paris et fut très proche de lui, surtout quand il tomba gravement malade.
 Il monta ainsi avec Teresa Mota, Le Secret  à Montreuil,  et  que Lucien Attoun invita à Théâtre Ouvert. Puis Jack Lang le fera venir au festival de Nancy. Il créera aussi Barracas qu’il écrivit et mis en scène avec Teresa Motta au festival d’Avignon en 1978. En 1979, au Centre Georges Pompidou.  Il avait monté avec une grande sensibilité  La Chasse au Snark de Lewis Carroll.

Richard Demarcy avait une passion pour l’Afrique, et ses spectacles la plupart du temps fondés sur de merveilleux contes et légendes, étaient souvent interprétés par des comédiens européens aussi bien qu’africains ou d’autres pays lointains…Ces dernières années, il avait investi Le Grand Parquet à Paris (voir Le Théâtre du blog), avec des textes inspirés de Pessoa, Kipling,  Jarry, Shakespeare…   Et avec Songo la rencontre, une fable sur deux bureaucrates coécrite avec l’écrivain et metteur en scène centrafricain Vincent Mambachaka créé dans son pays et repris en 2014.  Ou Drôles de vampires (2017).
 Il avait le don de faire jouer des comédiens d‘origine très différente, ce qui donnait à ses spectacles une coloration, un rythme et une exigence exemplaires.
Richard Demarcy, c’est aussi toute une époque de spectacle volontiers musicaux, aux moyens artisanaux mais généreux, d’une belle intelligence, et grand ouverts sur le monde,  qui disparaît…

Adieu Richard, et merci pour tout ce que vous aurez apporté au théâtre contemporain.

 Philippe du Vignal

Les obsèques de Richard Demarcy auront lieu ce vendredi 24 août à 15 h 30, au Crématorium du Père-Lachaise à Paris XXème.

 


Archive pour 22 août, 2018

Festival d’Aurillac: Campana, par le Cirque Trottola

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Festival d’Aurillac: 

 

Campana par le Cirque Trottola

Quand, à vingt heures, la cloche sonne le début du tout premier spectacle du festival , sous le chapiteau du cirque Trottola amarré au parc Hélitas, on sent le public frémissant, prêt à s’embarquer. Une marée mousseuse s’engouffre dans une faille du plancher doré et voilà qu’ils surgissent du monde des dessous, avec leurs costumes bleu nuit des temps, ou bleu jean des travailleurs. Tout l’univers du cirque est là: éternité – labeur tenace et patient. Une grande suspension du temps nous saisit.

Comme dans les polars clichés avec le bon et le méchant flic, on a plaisir à retrouver un couple éprouvé : la gracile brindille naïve et l’imposant ogre des bois, barbe et cheveux hirsutes incarnés par Titoune et Bonaventure Gacon. L’un comme l’autre fraient avec la grâce.
Les numéros de toujours sont convoqués : trapèze, corde, portés acrobatiques : autant de prouesses superbes et dérisoires qui arrachent des silences et des « oh » à la grande frénésie de nos vies.  Ici, on parle peu, mais les grandes questions résonnent : « Il se passe quoi ? C’est quoi ce machin ? Combien de temps reste-t-il ? » Car oui, têtues, les minutes passent inexorablement, au centre de cette très délicate méditation.

 La grande échelle du temps tourne à une vitesse folle et nous menace. L’animal, juché sur ses trapèzes, se joue de l’apesanteur. Le rythme est absolument maîtrisé. Rien ne pèse. Il y a tant de belles et furtives apparitions. Comme celle du Boudu avec sa «brouyette» dans laquelle on aperçoit, ravis, son patin à glace, son gant de boxe, une bière, son fatras familier…
Il manque d’éborgner le maire avec sa planche, il sous-traite son sifflotement. On rit beaucoup. L’accompagnement musical, assuré par Thomas Barrière et Bastien Pellenc, avec percussions bringuebalantes,  orgue Botempi,  guitare à deux manches, impose cahin-caha une ambiance des alpages et de la bricole. Sous le plancher, une saisissante création sonore nous emporte vers un haut-delà, un monde d’échos, de profondeurs, où d’autres ont vécu guerres, tempêtes, sentiments.

 Une trouvaille naît et on a l’esquisse une vision mais elle disparaît aussitôt. Le spectacle est à l’image de cet émouvant éléphant né d’un sac de couchage : il se dresse puis expire, le temps d’un souffle. Puissant, bref. Au tableau précédent, Rififi, qui a faim et froid, évoque, en une apparition et une chute, les migrants. En cas de fragilité technique, le public se montre toujours solidaire et applaudit à tout rompre. Récemment, sur France-Culture, dans La Table Ronde, Bonaventure Gacon essayait de dire, avec toute l’humilité qui le caractérise, comment fonctionne cette magie simple: « Le cirque a toujours aimé faire ça, brasser des choses lourdes, compliquées, pour un petit moment, éphémère, presque rien. (…) Malgré les gros camions, c’est fragile. (…) C’est comme si on vivait une histoire d’amour : peut-être ne se passe-t-il pas grand chose, pas de plan sur la comète, mais c’est passionnant, fascinant. »

 184338-trottola_-_campana_paille_campanaNous avons la sensation de voir illustrées toutes les déclinaisons du temps grec : l’ «aiôn», cycle naturel, le « chronos» et sa fuite physique inexorable, mais surtout le «kairos», instant métaphysique, précieux et décisif, où tout coïncide. Les cloches qui rythment ce travail sensible, nous rappellent celles des églises qui, autrefois, scandaient et imposaient le déroulé des journées : aliénation de la temporalité sociale, mais aussi menace  du Jugement dernier.

A la fin, une surprise de taille que l’on ne dévoilera pas: Tel un lever de grand-voile, avec des superbes lueurs, elle scénographie l’attente et fait pleuvoir sur nos cœurs la remembrance des naissances, des unions et des deuils du monde, de nos existences. Tous nos voisins, inconnus de nous, étaient terriblement émus. Nous venions de communier dans la grande simplicité du cercle et du temps retrouvé. « Mon pays, c’est la vie », dit Bonaventure. On sort de là sonné.

 Stéphanie Ruffier

Festival d’Aurillac (Cantal), Parc Hélitas, du 22 au 25 août à 20 h.

Les Deux Scènes à Besançon, les 9, 10, 12, 13, 15, 16, 19, 20, 23 et 24 octobre.

Le 104 à Paris, les 23, 24, 27, 28 et 30 novembre, les 1er 4, 5, 7, 8, 11, 12, 14 et 15 décembre.

 

 

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