Fêtes nocturnes au château de Grignan

Fêtes nocturnes au château de Grignan

 DCAAF780-3549-4306-B37C-6D7D8EDB0470Un festival pas comme les autres avec une seule pièce, choisie pour sa force de classique populaire, sous la conduite d’un metteur en scène reconnu,  et créée dans la cour du château, pour quarante-trois représentations, en juillet et août. Denis Marleau, Brigitte Jaques-Wajeman, Claudia Staviski, David Bobée, Jean-Claude Berutti, François Rancillac, Didier Bezace, Marie-Claude Pietragalla, Jérémie Le Loüet et l’an prochain, Yves Beaunesne : un choix  de qualité. C’est surtout une affaire de rencontres et de confiance, très en amont, pour un projet commun, entre Florent Turello, le directeur artistique du château de Grignan et des Fêtes nocturnes, et les metteurs en scène …

Il faut savoir plus que s’adapter à la splendide façade Renaissance du château restaurée au début du XXème siècle), et  faire le pari de sa nécessité en fonction de l’œuvre. Pilastres, niches et balustres doivent jouer avec la scénographie,  et la grande porte centrale de la façade doit trouver sa fonction, comparable à celle des apparitions divines dans le théâtre antique. Pas évident avec les pièces intimistes de Georges Feydeau réunies sous le titre Du Mariage au divorce : Didier Bezace a dû inviter le Diable en personne (Quand le Diable s’en mêle) pour jouer de toute sa dimension mythique.

Pour Les Noces de sang  cet été (voir Le Théâtre du  blog), la grande porte  est tout simplement celle de l’Eglise, celle de l’Espagne très catholique de Lorca. Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée : ici, elle se refermera sur la destinée d’une jeune femme, tout en restant entrouverte sur l’effraction d’une passion qu’aucun choix raisonnable ne peut refréner.

L’autre atout et défi du château : sa belle scène semi-circulaire, qui “entre“ bien dans les gradins et permet une grand proximité avec le public. A Grignan, bonne visibilité  à  toutes les places même si les légers coussins ne suffisent pas tout à fait à les rendre confortables, mais la question est à l’étude… Florent Turello le reconnaît : conservation du patrimoine et spectacle en un même lieu sont un peu contradictoires, et pourtant cela fonctionne… Un public local et fidèle d’environ 32.000 spectateurs chaque année, sans compter les visiteurs du château, et des touristes : les Fêtes nocturnes, dans cette forme qui roule bien, évoluent discrètement.
Le château va bénéficier d’importantes restaurations, y compris dans sa partie  restée inachevée. Vincent Goethals, venu du Théâtre du Peuple de Bussang,  en a ramené  la tradition de travailler avec des amateurs (ici Les Invités de la noce), renouant avec une ancienne pratique dont certains avaient la nostalgie à Grignan.  Et cette année, les gradins du château se sont aussi ouverts au Festival de la correspondance (vingt-troisième édition, déjà), avec, entre autres, des lectures dirigées par Yves Beaunesne,  metteur en scène invité à mettre en scène en 2019, Ruy Blas de Victor Hugo.

Pour les équipes artistiques, sans parler de la douceur de vivre dans la Drôme, c’est aussi la « vie de château » : un spectacle créé à Grignan a le temps de prendre toute son ampleur, de “jouer“ et de “travailler“ comme un bon bois. À mi-parcours, il a mûri.  Pour ces Noces de sang : musique, théâtre, danse ont trouvé leur équilibre, entre moments familiers et montées de lyrisme, et la tragédie a elle aussi trouvé le temps de son  silence. Et ces Noces de sang valent, malgré des réserves, la peine d’une montée (pas trop dure) jusqu’au château.

Christine Friedel

Château de Grignan (Drôme), jusqu’au 25 août T. : 04 75 91 83 65

 


Archive pour août, 2018

Festival Interceltique de Lorient: Daoiri Farrell Trio, et 70 ans… à l’Ouest de Gilles Servat.

Festival Interceltique de Lorient

 

88C25C0A-7DC9-450E-9C8D-27EB233B5D4FDaoiri Farrell Trio   

Daoiri Farrell, maître en bouzouki, et ses deux musiciens d’élection: l’un au bodrhan, et l’autre au uilleann pipe, forment ce trio. Daoiri, prononcé Derry, tôt initié à la musique traditionnelle irlandaise par ses parents, a commencé à jouer très jeune, avant de poursuivre des études en musique appliquée au Dundalk Institute of Technology. Puis, il a obtenu une maîtrise en interprétation musicale à la World Academy of music de l’Université de Limerick. Il joue depuis aux côtés des plus grands noms de la musique traditionnelle irlandaise et internationale. Comme avant d’arriver à Lorienthier encore, au Cambridge Folk Festival, avec le Trio Blackie O’Connell et Robbie Walsh.

Le public de Lorient a beaucoup apprécié l’énergie, le rythme et la virtuosité de ces solos de bouzouki, uilleann pipes et  bodrhan. Chaque musicien y va de sa spécialité, avant de rejoindre le collectif. Récits traditionnels de la mer et du terroir, les mélodies touchent à l’universel, et le public éprouve l’élan d’une musique festive, parfois mélancolique, mais toujours enjouée. Un grand moment de bonheur musical pour le public…

 70 ans… à l’Ouest  de Gilles Servat

Le spectacle se poursuit avec ce chanteur, auteur-compositeur très engagé dans la cause bretonne et celtique, avec, en quarante ans de carrière, quelque vingt et un albums albums et des milliers de concerts. En 2016, il crée ce  70 ans …à l’Ouest ! qui retrace sa carrière scandée d’influences poétiques et politiques  avec des chansons célèbres, intimistes comme Je suis né la nuit en février… ou collectives.

 Gilles Servat, entouré de cinq musiciens, a pris de la bouteille et sait extraire la quintessence de la vie avec la distance nécessaire quand il chante les crises sociales douloureuses. La poésie profonde attachée aux paysages bretons, demeure, depuis les repères parentaux, aux rencontres amicales et amoureuses, aux combats du siècle. Il évoque la zone libre de Tarbes où il est né, puis la zone occupée puis libérée de la région nantaise d’où sa famille est originaire et où elle revint en 1945,  mais aussi la poésie de René-Guy Cadou et la guerre d’Algérie quand chacun croyait le Général de Gaulle inamovible à la tête de l’Etat… Sans oublier ses chants de révolte et d’engagement politique pour la cause ouvrière.

 Un spectacle nuancé où résonne la voix de velours du poète et barde Gilles Servat à la belle sérénité acquise au cours des ans, et qui sait dire le comique comme le sérieux de l’existence.

 Véronique Hotte

 Spectacle vu au Théâtre de Lorient, le lundi 6 août. Le festival Interceltique se poursuit jusqu’au 12 août.

 

Festival Interceltique de Lorient : Yann Tiersen

 

Festival Interceltique de Lorient : Yann Tiersen

c57a32b291cc4928fa0adc6bff9fb879-festival-interceltique-yann-tiersen-ouessant-c-est-mon-ecosysteme Né à Brest, cet auteur-compositeur, interprète et multi-instrumentiste français de quarante-huit ans, a acquis une renommée internationale. Grâce à la composition de la bande originale du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet, qui obtint le César de la meilleure musique de film en 2.002.

 Le musicien a eu une formation classique : il a  appris le violon, le piano et la direction d’orchestre. Guitariste de rock, il se joint ensuite à des groupes rennais et écrit des pièces musicales pour le théâtre ou pour des courts métrages. Le compositeur vit sur l’île d’Ouessant  et a appris le breton. Les noms de lieux en Bretagne signifient quelque chose qui aurait à voir avec l’âme, le temps et l’espace : «Tous les secrets du monde se cachent dans les langues et pas dans l’uniformisation. » dit Yann Tiersen,  pour qui la France n’apprécie pas assez ses langues. Alors qu’au Pays de Galles, on parle le gallois mais aussi l’anglais : «Pratiquer des langues diverses est un signe d’avenir, dit-il au public, mais parler une seule langue relève du passé. »

 Il conçoit un album de piano solo, EUSA (nom breton de l’île), dont les morceaux rendent hommage à dix lieux d’Ouessant, à travers les enregistrements d’un écosystème évocateur, les coordonnées GPS, la voix de son épouse, la musicienne Emilie Quinquois, alias Little Feet, qui dit la poésie bretonne d’Anjela Duval.  Le public écoute avec une grande attention ce concert délicat, avec les mélodies pures, cristallines et profondes jouées au piano. L’Espace Marine devient alors un endroit magistral de poésie qui accueille les valses légères et mélancoliques d’Amélie Poulain et  des mélodies pop-rock.

  On entend le flux et le reflux de la mer,  le souffle des vagues se fracassant sur les rochers, et le cri des mouettes. Le public est à l’écoute subtile d’une nature somptueuse. Et Yann Thiersen s’amuse avec des enregistreurs électroniques, du matériel radio  et de multiples instruments comme d’abord et bien sûr le piano,  mais aussi avec la même assurance : le violon, les claviers, le mélodica, un instrument de musique à vent, à anche libre. Yann Tiersen propose une carte du Tendre musicale adressée à la nature marine et terrienne de l’Ile d’Ouessant,  et aux paysages du monde entier. Une invitation au voyage sur des terres mythiques….

 Véronique Hotte

Spectacle vu à l’Espace Marine, le 5 août, à Lorient. Le Festival Interceltique de Lorient se poursuit jusqu’au 12 août.  

Soirée d’ouverture du Festival Interceltique de Lorient

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Soirée d’ouverture du Festival Interceltique de Lorient  

 

La légende du roi Arthur appartient à l’imaginaire des Bretons comme des Gallois, depuis les vagues migratoires parties de leur pays, qui, à l’honneur ici, est le signe fédérateur de la diversité des cultures du monde.  «Le Brexit, dit Carwyn Jones, son premier Ministre, représente un défi énorme et nous travaillons de toutes nos forces pour obtenir le meilleur accord pour le Pays de Galles.»
Et la Bretagne est un partenaire privilégié pour renforcer les liens avec les nations et régions d’Europe. Pour Lisardo Lombardia, directeur du Festival Interceltique de Lorient, l’osmose entre Bretagne et pays de Galles est éloquente, ne serait-ce que le choix du titre de cette quarante-huitième édition: «Terres d’Arthur, chants de bardes, mémoires des ancêtres ».

 A l’honneur, des chœurs masculins, tradition ouvrière oblige, avec ses anciens et ses modernes.  Le Côr Meibion Pendyrus, formé en 1924 à Tylorstown, dans le Rhondda Fach, un bassin houiller, où persiste le souvenir des grèves de mineurs.  Ce groupe réunit d’anciens collègues de travail, dont un boulanger, un musicien amateur, etc. : soit une centaine de membres aux têtes chenues et en blazer classique, qui interprètent des chants puissants aux belles mélodies…

Mais il y a aussi le camp de la relève avec Only Boys Aloud, une autre chorale masculine de jeunes hommes, en jean et baskets, un collectif qui va chanter aussi bien sur les petites et grandes scènes du Royaume-Uni, que sur les terres défavorisées… La soirée débute avec Calan, un groupe énergique de cinq jeunes musiciens talentueux. Violon, harpe, cornemuse et Welsh step dancing : Le public se laisse emporter par ces chants et ces danses: reels, jigs, et hornpipes. Et le groupe Pendevig repousse les limites de la musique traditionnelle galloise, avec les meilleurs artistes folk du pays. Avec des connotations de jazz, funk, drum’n’bass, rap, rock et pop.

 Robin Huw Bowen est le plus grand interprète du célèbre et difficile instrument national : le Y Delyn Deires : la triple harpe. Accompagné de ses deux anciens et meilleurs élèves : Meinir Olwen, Cerys Hafana et Cadi Glwys, il a influencé la musique folk et la harpe galloises, en leur insufflant une nouvelle vie.
Alaw, un groupe de trois musiciens virtuoses et passionnés par la musique traditionnelle de leur pays, enthousiasme la salle avec morceaux rares et mélodies communes réinventées. Ils ont aussi présenté Dawns y Gwr Marw, Dead Man’s Dance, etc. des chansons originales de leur second album…

Cette soirée d’ouverture au Théâtre de Lorient s’est révélée des plus soignées. Mais on peut aussi aller écouter au pavillon du Pays de Galles, The Trials of Cato, soit trois jeunes musiciens,  jouant ballades du XVIII ème siècle et airs de danse qu’ils ont composés par eux, de style folk avec guitares et bouzoukis… irlandais.

 Véronique Hotte

Spectacle vu au Théâtre de Lorient, le 4 août.
Festival Interceltique de Lorient, rue Pierre Guergadic, Lorient. T. : 02 97 21 24 29

 

La place des femmes au festival d’Avignon

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La place des femmes au festival d’Avignon

 

“Je vous remercie pour ce Molière./Probablement, le seul Molière que je recevrai jamais. (…) Mets-toi bien ça dans le crâne, petite bonne femme créatrice : la Cour d’Honneur et les Molières ne sont pas pour toi.», déclare Carole Thibault à David Bobée, qui l’invitait à participer à un épisode de son feuilleton sur le genre :« Mesdames Messieurs et le reste du monde, décliné en treize rendez-vous. Ce 13 juillet, l’autrice et directrice du Centre Dramatique National de Montluçon, simule une cérémonie des Molière. Son texte fera la tour des réseaux sociaux et défrayera la chronique avignonnaise, avant que la Coupe du monde de foot et l’affaire Benalla ne viennent imposer leur actualité… Nous avions évoqué les études et les luttes menées par l’association H/F  (voir Le Théâtre du Blog) mais ce festival a servi une fois de plus de tribune pour revenir sur l’inégalité flagrante entre femmes et hommes dans le secteur culturel.

 Bref rappel des statistiques publiées par le Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes : dans la totalité du spectacle, aujourd’hui en France, 23% seulement des subventions publiques d’Etat vont à des projets portés par des femmes qui représentent 11% seulement des spectacles programmés sur toutes les scènes. Mais elles ne reçoivent que 4 à 12% des récompenses. Le Festival In n’est pas loin de ces chiffres, contrairement à ce qu’annonce sa direction, selon un nouveau décompte effectué par l’association H/F.  En réalité, la thématique du « genre » semble avoir occulté la question de la parité entre hommes et femmes dans le monde de la culture.

 Carole Thibault exprime sa colère: «Cette année, sur la totalité des spectacles et expositions programmées dans le festival In, on recense 25,4 % d’artistes créatrices. Et encore on peut remercier la S.A.C.D. qui exige dans les Sujets à vif la parité. Sans ces petites formes performatives de seulement  trente minutes chacune, (il ne faut rien exagérer non plus !), on ne serait même pas à 20% de créatrices dont les spectacles sont programmés. » (…) Elle poursuit : «Les femmes se sont fait niquer à la Révolution française. Elles se sont fait niquer durant la Commune. Elles se sont fait niquer durant le Front Populaire. Elles se sont fait niquer en 68. Et elles se font encore niquer à ce grand festival dont le thème revendiqué cette année est … le « genre », et dont une des seules rencontres thématiques s’intitule : Les Femmes dans le spectacle vivant, doit-on craindre le grand remplacement ? ( !!!)  Et c’est comme ça, qu’on se fait niquer, depuis de siècles, des décennies, des années, des mois.

Les femmes artistes : moins nombreuses, moins payées, moins aidées, moins programmées, moins récompensées, moins dirigeantes… Fort opportunément, le collectif H/F a organisé une table ronde, modérée par Aline César, au cloître Saint-Louis à Avignon sur la question de l’égalité femmes hommes,  selon le rapport du Haut Conseil à l’Egalité (voir Le Théâtre du blog).   Avec: Anne-Françoise Benhamou, professeure en études théâtrales à l’Ecole Normale Supérieure-Ulm, David Bobée, metteur en scène, directeur du Centre Dramatique National Normandie-Rouen, Claire Guiraud, secrétaire générale du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, Laëtitia Guédon, metteuse en scène, directrice des Plateaux Sauvages à Paris, Blandine Métayer, comédienne et autrice, membre du Tunnel de la Comédienne de cinquante ans-AAFA, Catherine Petit, directrice de cabinet de Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, Guillaume Prieur, directeur des Affaires Institutionnelles et Européennes à la S.A.C.D.  et Agnès Saal, chargée d’ une mission au secrétariat général du ministère de la Culture, consistant à piloter la double démarche de labellisation «égalité professionnelle» et «diversité ».

Aline César a rappellé qu’avec l’affaire Weinstein,  «les violences sexistes se sont révélées dans le monde de l’art où règne une puissante omerta. Mais une conscience plus aigüe de la question des femmes semble s’être éveillée. Les femmes resteront-elles d’éternelles mineures signant 75% des spectacles jeune public ? » Claire Guiraud explique, elle, que, dix ans après le rapport de Reine Prat, les chiffres n’ont pas changé, selon l’étude menée par le Haut Conseil. Le talent apparaît comme une construction sociale : « En sortant des écoles où elles sont souvent les meilleures, on considère que les femmes n’ont plus de talent. »

C’est pourquoi, dit Agnès Saal, le ministère de la Culture a publié une Feuille de route Egalité 2018-2022 qui comporte des directives précises pour faire évoluer la situation : « Le ministère de la Culture sera particulièrement attentif aux nominations à la tête des Etablissements publics de la création et définira les indicateurs permettant un suivi précis de la place des femmes dans la programmation de ces établissements. (…) En matière de nomination, est fixé un objectif national de progression de 10% par an de femmes pour les catégories de labels  où elles représentent aujourd’hui moins de 25% des dirigeants, de 5% pour les catégories de labels dans lesquelles elles représentent 25 à 40% des dirigeants actuels. » Avec des sanctions prévues : « La non-atteinte de ces objectifs comportera des conséquences financières, sous la forme d’un «malus» pour les structures labellisées qui ne respecteraient pas ces objectifs. »

«Notre pratique est sexiste et raciste, constate David Bobée. En théâtre, il y a de quoi faire une programmation paritaire, pour l’égalité salariale, c’est facile aussi. » (… ) « Mais difficile de trouver des femmes qui font des spectacles sur les grands plateaux. Il faut donc leur donner les moyens financiers pour s’emparer de grands espaces. » Il annonce que les établissements culturels de Haute-Normandie et  les élus se sont engagés à partager les subventions entre hommes et femmes et à s’ouvrir à la diversité ethnique : 30% de la population «non-blanche» en France ne se trouve pas dans les programmations.

 Anne-Françoise Benhamou mène avec ses étudiant(e)s une réflexion sur les normes esthétiques : «Je travaille avec eux sur les personnages féminins et les stéréotypes. Par exemple, dans toutes les mises en scène, Hamlet tabasse Ophélie sans réaction de sa part, autre que de pleurnicher. (…) Dans Lorenzaccio, la Marquise est républicaine, mais les dramaturgies ne prennent pas ses idées politiques au sérieux. (…) » Quant à la Critique, elle porte un regard condescendant sur les filles disant: « Peut mieux faire »,  alors qu’un garçon a du potentiel. »  (…)  L’actrice est « fine et longue, mais pourquoi sa voix reste-t-elle dans la gorge? » De fait, selon elle, les voix féminines ont baissé sur les plateaux.

 Membre du Tunnel de la Comédienne de cinquante ans à l’AAFA, Blandine Métayer, comédienne et autrice, renchérit : «On gomme la moitié des femmes des représentations culturelles : tout tourne autour de l’homme, du principe masculin. Pour conclure, David Bobée reprend : «  Si on décide de lutter contre le racisme et le sexisme, on devient responsable. En tant que directeur d’institution publique, il me semble aussi responsable de respecter la diversité. »

 Il n’y a plus qu’à faire !

 Mireille Davidovici

 Ce débat Hommes/Femmes Île-de-France, a eu lieu le 17 juillet,  au Cloître Saint-Louis, Avignon.

Dom Juan d’après les Molière de Vitez, mis en scène de Gwenaël Morin

 

Dom Juan d’après Les Molière d’Antoine Vitez, mis en scène de Gwenaël Morin

®PierreGrosbois

®PierreGrosbois

Gwenaël Morin qui dirige le Théâtre du Point du Jour à Lyon, s’est emparé de quatre pièces qu’Antoine Vitez présentait en Avignon puis au Théâtre de l’Athénée, voilà déjà quarante ans, pour que de jeunes comédiens fassent l’expérience du jeu sur un plateau nu, avec juste une fresque de  Pompéi en fond de scène…
Ici, seuls éléments de décor pour ce Dom Juan, une grosse caisse qu’on vient frapper par instants, et une reproduction en affiche du  David de Michel-Ange pour la fameuse scène avec la statue du Commandeur.

Les acteurs sont distribués sans égard par rapport au sexe: une jeune fille interprète Sganarelle en tablier; le mendiant est nu, on attache des rubans aux costumes contemporains des nobles, on coiffe Dom Juan d’une perruque ridicule, et on le maquille en blanc. Dona Elvire est jouée par un homme voilé de blanc, et Dom Juan va se cacher dans les rangs des spectateurs avec le mendiant court nu autour du plateau. On n’entend pas toujours bien le texte, mais, malgré la singulière folie de cette mise en scène, on goûte comme jamais cette pièce pourtant vue  si souvent… Gwanaël Morin fait habilement jaillir toute la vérité troublante de cette pièce que nous avons tous vue et revue tant de fois. En particulier, dans la mise en scène-culte d’Antoine Vitez qui aurait eu quatre-vingt-huit ans cette année, et qui se serait sans doute beaucoup amusé à ce spectacle!

La troupe interprète aussi avec la même énergie L’Ecole des Femmes, les mardis, Tartuffe ou l’imposteur, les mercredis, Dom Juan, les jeudis, Le Misanthrope les vendredis, et l’intégrale des quatre pièces, les samedis à 14 h.

Edith Rappoport

les mardi mercredi jeudi et vendredi soir à 20h et en intégrale les samedis à 14h au Théâtre du Peuple à Bussang (Vosges) jusqu’au 18 août, à 20 h. T. :  03 29 61 50 48.

Littoral de Wajdi Mouawad, mise en scène de Simon Delétang

Littoral de Wajdi Mouawad, mise en scène de Simon Delétang

©Jean-Louis Fernandez

©Jean-Louis Fernandez

Simon Delétang vient de prendre la direction du Théâtre du Peuple de Bussang, un lieu magnifique entre Franche-Comté et Alsace, fondé à la fin du XIXe siècle par Maurice Pottecher qui y faisait jouer les ouvriers de son entreprise. Après six années de direction de Vincent Goethals (Voir Noces de sang dans Le Théâtre du Blog)  qui croyait être dans un Centre Dramatique National, c’est une heureuse succession.

En exergue du programme de l’été, une belle phrase du metteur en scène :  » Tel un arbre qu’on élague, afin de lui permettre de prendre de la hauteur, je souhaite que ce premier été se concentre sur l’essentiel, la rencontre entre des publics et des œuvres majeures dans ce site exceptionnel, avec du temps libre pour réfléchir et échanger (…) La perspective de créer un spectacle avec une troupe importante, composée d’artistes professionnels et amateurs, ici à Bussang,, m’a intuitivement ramené à Littoral. Une pièce devenue entre temps, un classique du théâtre contemporain. Mon souhait  est d’offrir les plus grandes pièces du répertoire , qu’il soit classique ou d’aujourd’hui, et Littoral s’est imposé comme geste inaugural. (…) Enfin, j’ai lié la quête d’identité de Wilfrid, le personnage principal, à ma propre biographie en proposant à mon père, acteur amateur avec qui j’ai fait mes premiers pas sur scène, il y a vingt-cinq ans, d’endosser le rôle du père pour lui faire vivre cette aventure exceptionnelle de Bussang dans l’esprit familial des premières créations de Maurice Pottecher. Les amateurs, très présents dans ce spectacle, ont des rôles importants. La plupart d’entre eux ont suivi le programme de formation proposé ici toute l’année, afin de créer une vraie troupe en adéquation avec l’esprit et l’exigence de ce nouveau projet ».

En exergue sur l’écran, une phrase tirée d’Hyperion d’Hölderlin ( voir Le Théâtre du Blog)  : » Nous ne sommes rien, c’est ce que nous cherchons qui est tout.» Wilfrid est au lit avec une femme, mais au moment suprême, le téléphone sonne: on l’informe de la mort d’un père qu’il n’a jamais connu. Et sa mère était morte en lui donnant la vie… Il va voir le corps de cet homme et cherche un lieu pour célébrer ses funérailles. Mais il est rejeté de partout, et les cimetières sont pleins.

Wilfrid fait alors appel au chevalier de Guiromelan qui ne parvient pas à l’aider. Une reproduction du  Christ mort couché dans son linceul l’imposant tableau de Philippe de Champaigne, est projetée sur le mur du fond qui s’ouvre à quatre reprises sur la forêt de Bussang.
Wilfrid dialogue avec son père mort revenu à la vie mais dont il porte le corps sur son dos, suivi par toute une troupe qui tourne en rond sur le plateau. Il erre de cimetière en cimetière, tous pleins,  et finit par arriver au bord de la mer, où il pourra enfin enterrer ce père qu’il n’ a jamais connu.

Le spectacle, interprété avec beaucoup d’humour par une troupe solide,  nous offre une vision exaltante de cette pièce dont Wajdi Mouawad avait lui-même réalisé une belle mise en scène au Théâtre 71 de Malakoff.


Edith Rappoport

Tous les mercredis jeudi vendredi et dimanche à 15h au Théâtre du Peuple de Bussang (Vosges)  jusqu’au 25 août à 15 h. T. : 03 29 61 50 48

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