De si tendres liens de Loleh Bellon, mise en scène de Laurence Renn Penel

De si tendres liens de Loleh Bellon, mise en scène de Laurence Renn Penel

 

Crédits Photo Lot

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Pour le philosophe Alain, l’amour maternel est éminemment égoïste, ou d’une autre façon, le plus énergique des sentiments altruistes. La figure de la mère représenterait le premier objet d’amour en soi, et toutes les autres affections se souviennent de cet élan initial qui la lie à son enfant, comme si ces affections  maternelle et filiale n’étaient qu’un seul élan fusionnel.

 Dans cette mise en scène à la fois sobre et lumineuse, Charlotte, (Christiane Cohendy) et sa fille Jeanne (Clotilde Mollet) sont l’une et l’autre ou l’une après l’autre, constamment aux aguets. Sur le plateau, selon les moments, se dessinent un salon, une chambre d’enfant, avec un espace cerné de parois légères et translucides dont une porte centrale ouvrant sur un  couloir, une cuisine et un couloir avec accès au dehors. Le public est invité  à voir vivre cette mère divorcée qui élève seule sa fille, et qui sort volontiers le soir avec des amis. Charlotte a aussi un amant avec lequel elle va vivre quelques mois avant la déclaration de guerre. Jeanne part, une fois, en vacances à la campagne, l’été chez les parents de celui-ci.  Elle se souvient d’une longue solitude  quand elle passe des soirées chez sa mère qui ne s’efforce jamais de rester un peu à ses côtés.  Elle évoque aussi ses vacances chez son père remarié.

 Mais Charlotte semble seule sans la compagnie chaleureuse de sa mère absente et tant aimée, qui pense, elle, n’avoir vécu que pour sa fille, délaissant même ses amis. Amertumes, petits regrets, et reproches accumulés au fil du temps, fusent des deux côtés. L’exigence filiale, que Jeanne considère comme un devoir chez un adulte face à un enfant, ne trouve ici nul écho sincère chez sa mère… Des années 1930 aux années 1970, le temps a déposé patiemment son volume de vie, dans  une succession éclatée de scènes significatives. Puis la situation bascule  et l’autorité s’inverse . Jeanne  qui souffrait de l’absence de sa mère, a grandi et, devenue plus assurée, inflige à sa mère vieillissante, mais sans le vouloir, la peine qu’elle a subie.

Christiane Cohendy joue une mère idéale qui n’existe peut-être pas : ni possessive, ni indifférente, elle ressent son état de mère comme une joie simple.  Elle aime son enfant sans exiger rien en retour, et donne son amour librement, et sa fille le lui rend avec une une présence attentionnée ou boudeuse.  Quand la mère lui parle de la fête des Mères, Jeanne la rabroue gentiment, et lui signifie la valeur commerciale de cette fausse célébration. Clotilde Mollet privilégie le retour à soi, en personne sensible, d’où naît un sentiment de solitude. Fillette, elle s’éloigne des divertissements bavards et des bruits alentour. Puis, devenue femme, elle éprouve à son tour le bonheur d’«être ».

A la fois présentes à soi et à l’autre, les comédiennes, pleines d’humanité, s’affrontent dans la grâce car elles connaissent la même expérience à travers la solitude ressentie et la constance d’un amour réciproque.

 Véronique Hotte

Le Lucernaire 53, rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris VI ème, jusqu’au 20 octobre. T. : 01 45 44 57 34 

 

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