Shochiku Grand Kabuki

©STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

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Shochiku Grand Kabuki

Le kabuki né au XVII ème siècle est une forme de théâtre japonais créée par des acteurs. Et fondée sur le chant, la danse et l’habileté du jeu avec une une intrigue complexe, au romantisme tragique, renversements de situation, et personnages masculins assez négatifs. Et centré sur un jeu  très codifié où des hommes se spécialisèrent dans les rôles féminins. Pour remplacer les prostituées qui les jouaient à l’origine.  Appelés onagata, ces acteurs souvent des plus fameux, veulent exprimer la féminité aussi bien, sinon mieux qu’une femme.
Dans le kabuki, il y eut deux styles de jeu: l’aragoto  un jeu rude et impétueux, créé à la fin du XVIIème siècle et le «  souple » wagoto,  avec diction, gestuelle, costumes et maquillages exagérés Dans le wagoto, le jeu est plus réaliste, et plus adapté à des pièces tournant pour l’essentiel autour d’une romance tragique.
Le kabuki connaîtra une apogée  au début du XVIIIème siècle, puis subit l’influence du bunraku, ce formidable théâtre de marionnettes où chaque personnage est animé par plusieurs manipulateurs. Le grand dramaturge Chikamatsu Monzaemon écrivit à l’origine plusieurs pièces importantes pour le bunraku puis les transposa pour le kabuki. Théoricien du théâtre, on lui doit cette phrase exemplaire : «L’art du théâtre se situe dans un espace entre une vérité qui n’est pas la vérité, et un mensonge qui n’est pas un mensonge ».
Après un déclin au XVIIIème siècle dû à la popularité du bunraku, le kabuki effectuera un retour en grâce sous l’influence des acteurs de la famille Danjuro au milieu du XIXème siècle. Et en réaction contre la culture occidentale avec la construction de grands théâtres exclusivement consacrés à cette forme de théâtre.
Puis le kabuki subit un rejet après la Seconde Guerre mondiale un phénomène de rejet. Mais . actuellement, le kabuki demeure le plus populaire des styles de théâtre traditionnel japonais en termes d’audience Avec des acteurs  très connus jouant aussi au cinéma ou dans des téléfilms. Mais les théâtre kabuki n’existent que dans les grandes villes. Connu dans le monde entier grâce à des tournées, il a été classé en 2005 parmi les chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’ l’humanité par l’Unesco.
Le Théâtre National de Chaillot a accueilli pour quatre jours seulement deux pièces emblématiques du kabuki jouées par des acteurs, chanteurs et musiciens exceptionnels.

Kabuki1-NakamuraShidoNakamuraSchichinosukeIromoyô Chotto Karimame Kasane avec l’ensemble musical Kiyomoto

C’est l’histoire de Yoemon en fuite  et recherché pour le meurtre d’un certain Suke. Kasane son amante le recherche aussi. Il lui a juste laissé une lettre où il lui dit que mourir ensemble n’avait plus de sens. Elle le retrouve près d’une rivière, lui reproche sa perfidie et la passion qui les unit. Et lui dit qu’elle est enceinte…. Mais ils se préparent à la mort quand un crâne, avec une faucille ancré  dans l’orbite,  posé sur une tablette funéraire en bois, flotte sur la rivière. Yoemon y lit le nom de Suke ! En fait, ce Suke est son père car Yoemon avait autrefois  séduit sa mère, et Suke avait voulu se venger. Ksane s’est effondrée dans les buissons quand arrivent deux policiers. Combat violent avec Yoemon qui récupère une lettre qui l’accuse. Kasane sous le coup d’une métamorphose, défigurée et jalouse, accuse son amant de la tromper. Exaspéré, il lui tend un miroir pour qu’elle voit ce qu’elle est devenue. Lui, avec la même faucille, tuera alors son amoureuse mais du cadavre de Kasane, se lève un spectre assoiffé de vengeance dont Toemon ne peut se débarrasser…
Décor traditionnel d’arbres, fleurs et rivière à la fois peint et en relief, donc entre vérité et mensonge, dirait Monzeamon. Avec trois récitants et trois joueurs de shamisen. Cette pièce du XIX ème dure cinquante minutes et on reste fasciné par ce conte hors du temps, mais aussi et surtout par le jeu des protagonistes, Nakamura Schichinosuke (Kasame) et Nakamura Shido (Yoemon). Notamment dans cette danse où le fantôme de Kasane poursuit Yoemon. Seule condition : accepter d’entrer dans le jeu et de retrouver un peu de son âme d’enfant Mais quelle virtuosité, quelle rigueur et quelle intelligence dans le jeu et la chorégraphie ! Une sublime leçon d’interprétation.

Quelle beauté, quelle merveille, ces costumes et maquillages blancs, si justes, si poétiques, en parfaite cohérence avec la dramaturgie…  et très loin de la très fréquente vulgarité des costumes des spectacles européens ! Une pensée pour Jérôme Savary, directeur pendant onze ans de Chaillot, qui disait aux élèves de l’Ecole : «Si c’est pour retrouver sur une scène des vêtements qu’on voit au quotidien dans la rue, cela ne m’intéresse pas. » Il faut signaler le formidable accompagnement- et c’est assez rare- de l’audio-guide où on explique avec une discrétion exemplaire, à la fois l’intrigue, le sens de la musique, et où on traduit les répliques les plus importantes. Chapeau! Cet audio-guide est pour beaucoup dans la réussite de la réception enthousiaste du public à ces deux spectacles

Capture d’écran 2018-09-20 à 15.48.17Narukami avec l’ensemble musical Ozatsuma

Après un entracte, changement total de décor. Nous sommes chez l’ermite Karukami, «le dieu qui tonne»;  fâché contre la Cour qui lui a refusé un privilège, il a réussi à priver les hommes de pluie depuis plusieurs mois. Pour faire revenir cette pluie indispensable à la vie, on lui envoie la belle princesse Kumo na Taema que vont accueillir deux moines assez facétieux. Elle va essayer d’endormir la méfiance de Karukami en prétendant vouloir célébrer ici la mémoire de son défunt mari. L’ermite la prie alors de raconter son histoire : elle dénude alors ses jambes pour franchir un gué, comme quand elle était allée voir son amoureux. Le saint ermite n’est pas de marbre et s’évanouit presque ! Mais elle va le ranimer en lui faisant un bouche-à-bouche avec de l’eau fraîche !

Furieux, quand il revient à lui, il la menace et elle promet de devenir nonne mais feint habilement un douloureux mal de ventre. Il lui propose de lui masser le ventre et a une révélation érotique au contact de ses seins. Il veut se marier tout de suite avec elle mais elle veut boire avec lui les coupes de saké rituelles. Il accepte amis habile elle le fait trop boire. Et il va l’emmener sur son lit…. Mais la princesse va aller couper la corde sacrée au dessus de la fontaine qui retient la pluie. Tonnerre et  éclairs  peints qui descendent des cintres, et tombe alors une pluie torrentielle. Les moines vont réveiller le saint ermite qui très en colère mais très amoureux va poursuivre celle qui l’a aussi bien trompé…
Là aussi, c’est une sorte de fable, dans le style arogoto, qui flirte avec l’érotisme mais aussi avec la caricature avec ces moines bouffons et ridicules. Et servie par les mêmes acteurs exceptionnels de la pièce précédente avec un jeu d’une extrême précision aussi distancié que fabuleux. Il y a comme de la BD dans l’air mais avec un tel sens du jeu théâtral que, là aussi, on se laisse facilement séduire par ce spectacle hors-normes et cet ensemble musical de grande qualité de trois récitants et trois joueurs de shamisen. Mais dommage pour les Parisiens et les nombreux Japonais de la capitale, il s’est joué à guichets fermés, et quatre fois seulement …

Philippe du Vignal

Théâtre National de la danse de Chaillot, place du Trocadéro, Paris XVIème du 13 au 19 septembre.

 

 


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