Tsukimi-Zatô ( L’Aveugle qui admire la lune ) et Sambasô, conception et scénographie d’Hiroshi Sugimoto

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Tsukimi-Zatô (L’Aveugle qui admire la lune) et Sambasô, conception et scénographie d’Hiroshi Sugimoto

 

Ce photographe et artiste septuagénaire de renom, s’est tourné depuis dix ans vers le spectacle japonais traditionnel mais dans une esthétique renouvelée. Il a créé en 2009, l’Odawara Art Foundation, pour favoriser le développement de la culture  de son pays. «La logique de la tradition, dit-il, est de se réécrire sans cesse au présent ».
Dans le cadre du programme Japonismes,  nous découvrons, dans la même soirée, un kyôgen la comédie populaire et pendant du nô- puis Sambasô,  une danse rituelle du Shintô. Pièces interprétées par des acteurs de kyôgen, membres de la famille Nomura: l’aïeul Mansaku, le père, Mansai et le jeune Yûki. Trois générations se transmettant cet art de père en fils (ce qu’on nomme la « filiation par le sang », autrement dit par l’origine)… Même si, de nos jours, l’héritage ne repose plus nécessairement sur ces liens de parenté, au Japon, modernité et tradition font bon ménage. Pour preuve, le travail du maître-d’œuvre: plutôt que d’opérer une synthèse entre un art traditionnel et art contemporain, Hiroshi Sugimoto donne corps à une  «extension des classiques » .

 Tsukimi-Zatô (L’Aveugle qui admire la lune )

En prélude, trois musiciens (deux tambours et une flûte) s’assoient cérémoniellement et font résonner de belles sonorités. Chants et  percussions alternent en boucle, tandis que la flûte intervient en continu. En fond de scène, un pan de lune brun-orangé, agrandissement réalisé par le metteur en scène d’un cliché pris par l’Observatoire de Paris en 1902… Apparaît un vieillard marchant en tâtonnant avec un long bâton (le maître Mansaku Nomura) « Je suis aveugle » dit-il.
 Venu admirer la pleine lune des moissons, ce villageois se contente «du chant des insectes », celui «des grillons mors de cheval» et « de ceux des pins ». Tout à son plaisir, il rencontre un habitant de la ville qui lui offre à boire. Aux cours de joviales libations, ils chantent, dansent, récitent des poèmes jusqu’à l’ébriété… A l’instar des farces de Molière, la comédie vire au drame, quand le citadin bastonne le vieil homme. Le genre veut que l’on montre des infirmes, victimes de persécutions… On sourit, plus qu’on ne rit, à ce petit drame paysan des origines, joué avec une grande économie de gestes.

  Sambasô, danse divine

Comme pour la première partie, une introduction musicale  avec  tambours, flûte et chants, est une sorte d’incantation préliminaire: voix de basses, cris, percussions et son grêle de la flûte accompagnent l’entrée solennelle des acteurs, et la cérémonie commence !  « Cette pièce se réfère à une danse sacrée qui renvoie aux premiers temps de l’humanité au Japon,  dit Hiroshi Sugimoto. » Sambasô désigne à la fois la performance de l’acteur et le personnage de la pièce Okina, un rituel shintô proche du théâtre nô, mais c’est “un nô sans en être un“». Avec deux danses : le «momi no dan », sans masque, et le «suzu no dan», interprété avec masque noir et grelots à la main.  Le primesautier Yuki puis son père, Mansai, accélèrent progressivement le tempo, sautent et  frappent le sol du pied, foulant la terre. « On dit “fouler Sambasô“,  dit le metteur en scène, car il s’agit d’apaiser les divinités agrestes ». On admire le style de ces artistes, aux gestes codifiés et vêtus de costumes somptueux.

Nous ne saisissons pas toute la symbolique de cet art ancestral, mais nous  sommes subjugués par la beauté du spectacle. Rideaux de scène et costumes ont été réalisés à partir de l’œuvre photographique d’Hiroshi Sugimoto. Pour Sambasô, un grand éclair blanc oblique barre le fond de scène, réplique de Lightning Fields, qui résulte de l’impression directe sur la pellicule de traces de décharges électriques. Il s’illumine aux acmés de la danse On retrouve ce motif sur le kimono de Mansai Nomura, tandis que des grues ornent celui de son fils. Entre ciel et terre, ce trait lumineux capte les énergies que renvoient musique, chant et danse. Rien de folklorique dans cette épure que nous recevons malgré nos manques en culture nippone.

 Mireille Davidovici

Espace Cardin-Théâtre de la Ville, 1 avenue Gabriel, Paris VIIIème dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, jusqu’au 25 septembre. T. : 01 42 74 22 77

 

 


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