Révélation, Red in Blue Trilogie de Léonora Miano, mise en scène de Satoshi Miyagi

Photo Jean Couturier

Photo Jean Couturier

Révélation, Red in Blue Trilogie de Léonora Miano, mise en scène de Satoshi Miyagi (en japonais, surtitré en français)

Nous avions découvert avec enthousiasme les précédentes créations de ce metteur en scène avec sa compagnie du Shizuoka Performing Arts Center à Shizuoka au Japon : Le Mahabarata et Antigone au festival d’Avignon, et Le Lièvre blanc d’Inaba et des Navagos, au Musée du quai Branly (voir Le Théâtre du Blog). Ce nouveau spectacle a été écrit à partir du texte de cette auteure franco-camerounaise1 d’expression française. Mais très vite on voit qu’il est beaucoup trop long: trois heures, entracte inclus !

La forme imaginée par Satoshi Miyagi nous enchante toujours : une scénographie épurée faite d’ombres et de lumière, autour de deux  grandes lentilles centrales superposées et mobiles et, en fond de scène, des fragments de mannequins au sol. Et une musique inventive d’Hiroko Tanakawa dont Satoshi Miyagi dit: «Nous, les vivants, sommes peut-être bridés par certaines règles ou obligations de notre monde quand nous essayons de nous adresser aux âmes des morts. Je veux parler de cette chose boueuse, de ce bourbier qui nous contraint de différentes façons. ( … ) Comment alors faire léviter le corps des vivants pour l’extirper du cloaque ? Il existe un moyen pour cela : la musique qui, d’une certaine manière, permet de transformer les corps des hommes en quelque chose d’abstrait. C’est pour moi l’une des plus belles découvertes que l’homme ait faites. »  

A la fois comédiens, danseurs mais aussi chanteurs et musiciens, les artistes se relaient en fonction des tableaux, pour jouer d’instruments semblant sortir d’une collection du musée du Quai Branly. Et les magnifiques costumes de Yumiko Komai sont dignes d’une collection de haute couture surréaliste. L’ensemble nous emporte dans un temps suspendu, parmi les divinités et des âmes mortes.

Mais le surtitrage, que le metteur en scène a voulu fidèle à la langue poétique de l’autrice,  pèche par sa forme  comme par son contenu. Le spectateur doit choisir : soit, il lit l’histoire en surtitrage, et plonge avec le texte dans le royaume des Ombres parmi des âmes non réincarnées -Mayibuye et Ubuntu- et des âmes damnées, contrôlées par la divinité créatrice Inyi (jouée par deux actrices) et par le passeur d’âmes Kalunga. Soit il se laisse emporter par le jeu merveilleux des comédiens et par leur puissance d’incarnation.

Bref, difficile d’apprécier pleinement cette pièce ! Et on se souvient alors de la parole de l’Annoncier au début du Soulier de Satin de Paul Claudel : «Ecoutez bien, ne toussez pas et essayez de comprendre un peu. C’est ce que vous ne comprenez pas qui est le plus beau, c’est ce qui est le plus long qui est le plus intéressant, et c’est ce que vous ne trouvez pas amusant qui est le plus drôle».

Jean Couturier

Théâtre National de la Colline, 15 rue Malte-Brun, Paris XX ème, jusqu’au 20 octobre.

 

 

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