Avidya –L’Auberge de l’obscurité, texte et mise en scène de Kurô Tanino

© Avidya

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Festival d’Automne à Paris: Japonismes 2018

Avidya-L’Auberge de l’obscurité, texte et mise en scène de Kurô Tanino

Cela se passe dans une petite auberge de montagne, Avidya, coupée du monde contemporain et où on peut se baigner dans une eau de source thermale : le luxe pour tous mais dans des conditions rustiques. Avidya, en sanskrit le premier des douze maillons du bouddhisme représentant la vie de l’homme, signifie aussi obscurité. C’est ici dans un huis-clos, une sorte de conte teinté de philosophie, toujours  à la frontière du quotidien réaliste et de l’imaginaire.

Deux marionnettistes arrivent de la ville, le fils et le père, un nain aux longs cheveux, pour présenter leur spectacle. Invités par le propriétaire… Mais personne n’est au courant pour les recevoir. Ils attendant dans le petit hall d’accueil et se réchauffent un peu auprès d’un petit poèle. Une vieille femme leur dit quand même d’entrer. Il y a ici plusieurs autres personnages dont Matsuo, un homme qui perd la vue, et deux geishas, l’une jeune et l’autre plus âgée,  qui vont jouer du shamisen. Ils semblent résider pour un certain temps dans des grandes chambres collectives, l’une pour les hommes, et l’autre pour les femmes.

 Dans une grande salle avec bassin pour se baigner où l’on pénètre par un vestiaire, règne un «sansuke». Jusque dans le milieu du XIX ème, il était chargé de  prendre soin des clients, de les laver et parfois, avec l’accord tacite du mari, de faire l’amour avec une cliente pour qu’elle tombe enfin enceinte… « J’ai fait apparaître un « sansuke » dans ma pièce, dit Kurô Tanino, un métier disparu que la plupart des Japonais ne connaissent même pas: il s’agit de renforcer le caractère coupé du monde de cette auberge. De même, il n’existe plus aujourd’hui que de très rares sources gratuites ouverts au public comme ici. »
L’auteur et metteur en scène nous parle un peu comme Anton Tchekhov d’un monde ancestral qui va disparaître et dont les personnages ont la nostalgie, même si les gens du village souffrent de problèmes de santé. Dans les vapeurs du bain collectif, on dit que l’auberge est condamnée pour laisser place à une  ligne de TGV… 

Belle scénographie de Michiko Inada et Kurô Tanino qui ont  conçu de façon très réaliste les quatre lieux de cette auberge- en fait presque le personnage principal-  où se déroulent les tranches de vie de cette pièce étrange sur un plateau tournant. Un dispositif qui a toujours  quelque chose de magique et permet de changer d’angle et de voir les personnages autrement, comme presque de l’intérieur. Dans une sorte de cycle où on entre facilement dans l’intimité des personnages que l’on voit parfois nus, et qui semblent avoir habité longtemps et comme chez eux, dans cette simple auberge rurale plongée dans la nature, totalement à l’écart d’une ville. Mais tout le charme et la paix de ce lieu -on le sent bien- vont disparaître quand les villageois devront supporter le vacarme du TGV.

  Le spectacle doit beaucoup à la grande présence de tous les comédiens, et plus particulièrement de cet acteur nain dans ce spectacle lent, où les silences et les bruits du quotidien ont une place importante. Les dialogues ne sont  pas de la même  qualité que ceux de The Dark master, l’autre pièce de Kurô Tanino jouée ici (voir Le Théâtre du Blog)  mais il y a un sens du temps qui passe et des images parfois fabuleuses. Et cela n’a pas de prix. Kurô Tanino avec Avidya –L’Auberge de l’obscurité nous emmène avec une lenteur bien assumée sur les chemins d’une vie qui s’en va. Consolation, à la fin, une des deux geishas tient un  bébé dans ses bras. Beau symbole:  une auberge est condamnée mais la vie continue malgré les désastres de la modernité. Et le Japon depuis la catastrophe de Fukushima est bien placé pour le savoir…

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué du 25 au 29 septembre, au T2G de Gennevilliers (Seine-Saint-Denis).

 

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