Georges Dandin ou le mari confondu de Molière mise en scène de Jean-Pierre Vincent

©Pascal Victor

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Georges Dandin ou le mari confondu de Molière mise en scène de Jean-Pierre Vincent

 

 A l’origine, une  comédie-ballet, avec une musique de Jean-Batiste Lully, créée à Versailles, il y a tout juste trois siècles et demi cette année. George Dandin, un paysan qui s’est enrichi grâce à un travail forcené voulut un jour faire d’une pierre deux coups: se marier avec une belle jeune femme et devenir un noble respecté de ses voisins. Il épouse donc Angélique, la fille des Sottenville, des petits aristocrates ruinés dont il va rembourser les dettes. Marché de dupes : il l’a donc « achetée » et gagné le droit de s’appeler de la Dandinière… Mais ses beaux-parents le méprisent et lui font sentir qu’à leurs yeux, il restera toute sa vie, malgré sa fortune, un paysan  sans intérêt.

Il rencontre incognito un certain Lubin qui lui apprend que sa femme entretient une correspondance amoureuse avec un jeune et beau Clitandre, et que ce Lubin voudrait bien séduire Claudine, la servante d’Angélique. Georges Dandin va se plaindre maladroitement auprès des Sotenville ses beaux-parents qui le rabrouent. Mais ils vont demandent des explications à Angélique et à Clitandre qui, avec habileté, vont tout nier de l’histoire. Le pauvre Georges Dandin  devra présenter ses excuses  à ses beaux-parents. Georges Dandin apprend que Clitandre est avec Angélique dans la maison. Les Sottenville voient Angélique et Clitandre quittant la maison. Mais Angélique de façon très habile, se met à  injurier Clitandre pour ses mauvaises manières. Et l’entourloupe va payer : les parents naïfs félicitent leur fille…

Mais les choses vont évoluer favorablement pour Dandin : Clitandre et Angélique continuent à se voir la nuit, et se sont donné rendez-vous devant la maison. Georges Dandin entend le bruit de la porte, se réveille et les voit depuis sa fenêtre. Il semble cette fois tenir sa revanche, et demande à son serviteur d’aller prévenir  les Sottenville.  Angélique revient mais Dandin referme la porte et  lui dit que ses parents vont arriver. Elle préfère alors, dit-elle, se tuer  plutôt que d’être déshonorée, et fait semblant de se donner un coup de couteau. Dandin le naïf descend pour voir si sa femme s’est vraiment tuée. Mais il fait noir: elle rentre sans être vue dans la maison et referme la porte derrière elle. Les Sottenville trouvent Dandin dehors et Angélique, à la fenêtre, se plaint de son mari rentré souvent ivre.

Le pauvre Dandin, très seul, sévèrement tancé par ses beaux-parents, dupé par Angélique et sa servante, doit encore présenter ses excuses, à genoux devant sa femme qui revendique sa liberté à juste raison, mais qui en rajoute dans le mépris.  Lucide, il voit bien qu’il ne peut s’en prendre qu’à lui-même d’être allé vendre son âme au diable quand il a fait ce mauvais marché de dupes avec les Sottenville et en est désespéré: «Lorsqu’on a, comme moi, épousé une méchante femme, le meilleur parti que l’on puisse prendre est de s’aller  jeter dans l’eau, la tête la première ».

Dans cette pièce farcesque d’un pessimisme et d’une noirceur terrifiante, aucun personnage n’est vraiment sympathique, sauf parfois Dandin que l’on peut plaindre à la rigueur de payer si cher son désir d’ascension sociale. Les Sottenville sont odieux, Angélique aussi et elle ne fera aucun cadeau au mari qu’on lui a imposé. Claudine, auquel l’usage de mensonges les plus énormes ne fait pas peur, est des plus cyniques. Quant à Clitandre, il ne vaut guère mieux.

Et quand Jean-Pierre Vincent s’empare de ce combat où cruauté et comique font bon ménage dans l’une des meilleures pièces de Molière, cela donne quoi? Dans un espace vide, celui d’un hall d’entrée qui peut aussi être le devant d’une maison, quelques chaises, un peu de paille, et une fausse vache à moitié entrée dans le mur. Le carrelage du sol n’est pas encore fini, et il y a encore un paquet de carreaux en tas ans un coin. Une scénographie tout à fait  remarquable de son vieux complice Jean-Paul Chambas pour abriter cette fable aux mécanismes impitoyables qui va broyer Dandin et qui préfigure déjà ceux de Georges Feydeau.

Mise en scène rigoureuse comme toujours et d’une redoutable intelligence de Jean-Pierre Vincent qui tire la pièce vers un drame de société/jeu de massacre sans complaisance aucune. Il y  avait, le soir de la première, quelques ruptures de rythme mais depuis les choses ont dû rentrer dans l’ordre. Malgré une distribution un peu inégale : Vincent Garanger est tout à fait remarquable de finesse dans Georges Dandin, comme Elisabeth Masev et Alain Rimoux (le couple Sottenville). Olivia Chatelain et Aurélie Edelin (Angélique et Claudine) font le boulot, moins à l’aise, sont nettement moins crédibles. Mais jouer cette comédie intimiste sur ce très grand plateau devant huit cent personnes n’a rien de facile…

En tout cas, les jeunes collégiens  de Bobigny, ce soir-là en très grand nombre, recevaient cette fable avec enthousiasme. Trois siècles après sa création, la société française a bien changé mais l’exclusion sociale est bien encore d’actualité et la pièce- et c’est assez exceptionnel-  n’a rien perdu de son mordant.  Merci à Jean-Pierre Vincent d’avoir fait ainsi renaître avec intelligence et sensibilité Georges Dandin.

Philippe du Vignal

MC 93,  9 boulevard Lénine Bobigny, (Seine Saint-Denis) jusqu’au 7 octobre.
Du 10 au 12 octobre, Espace des Arts,  Chalon-sur-Saône.
Les 16 et 18 octobre Théâtre de Beauvaisis, Scène nationale de l’Oise.
Les 6 et 7 novembre, Le Granit, Scène nationale de Belfort.

 

 

 


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