End/igné de Mustapha Benfodil, adaptation et mise en scène Kheireddine Lardjam

End/igné de Mustapha Benfodil, adaptation et mise en scène Kheireddine Lardjam

 EndignésA la morgue de Balbala, il y a fort à faire: cinquante-trois morts en deux mois : entre autres, un bébé retrouvé dans une poubelle, un migrant subsaharien, un fou errant dépouillé de ses organes par des trafiquants… Et, plus récemment, deux cadavres décapités à la scie! Moussa, « nécrologue en chef « , veille sur ce petit monde, discute avec eux, malgré la chaleur (la clim’ est en panne) et entre deux coupures d’électricité.  » Compter les morts, plaisante-t-il, il n’y a rien d’autre à faire à Balbala! ». Près des champs pétroliers où il n’a pas accès, ce technicien supérieur en forage, et au chômage comme tant d’autres en Algérie, il n’a trouvé que ce travail à la morgue. Faute d’avoir pu graisser la patte à qui de droit : “L’argent est un lubrifiant miraculeux”.

  »Que ne donnerais-je pas pour un aveu de vous ? » dit-il, à ses  macchabées : avec un petit magnétophone, il essaye d’écrire la chronique de cette société d’outre-tombe à l’image de celle des vivants. Charge à son ami Aziz de mettre en forme ces témoignages, pour écrire leur livre : L’Autopsie de Balbala. Aziz, le blogueur sulfureux et redouté par la société corrompue, le pourfendeur de barbus, accablé de procès, n’écrira jamais ce livre, et choisira une autre voie pour revendiquer haut et fort sa liberté : « J’ai allumé mon corps pour le regarder vivre ! » D’où le titre de la pièce. On pense inévitablement à Mohamed Bouazizi, qui s’immola par le feu en décembre 2010, geste qui fit naître les Printemps arabes. Parce que Mustapha Benfodil avait enquêté sur les immolés par le feu, phénomène répandu en Algérie, Keireddine Lardjam, lui a commandé cette pièce. Intrépide reporter et journaliste n’hésitant pas à s’embarquer sur les bateaux des migrants en Méditerranée, ou à couvrir la guerre d’Irak, il alimente ses romans et son théâtre de ses expériences.

 Azeddine Bénamara incarne celui qui répare les morts et l’autre qui lutte pour les vivants. Des styles d’écriture très contrastés portent ce double monologue : l’auteur commence dans le registre d’un humour acerbe et fait sourire l’auditoire, pour se terminer par une fulgurance poétique d’une étonnante virtuosité. Malgré le jeu un peu forcé du comédien,  on apprécie la prose flamboyante de Mustapha Benfodil, et son sens de la formule. Avec des jeux de mots qui fusent et maintiennent la distance face à la tragédie algérienne dont Balbala et sa morgue sont la métaphore. «D’où l’autopsie, dit Musatpha Benfodil,  pas l’autopsie du corps social. Juste celle d’un corps qui a mal. Un type bien identifié. Avec un C.V. Des envies. Des emmerdes. Et des rêves qui ont explosé en plein vol. Une autopsie poétique donc. Avec, pour seule médecine légale, la liberté du scalpel. »

Ce spectacle d’une heure a été créé au Caire en 2013, où il a pris une résonance telle que des phrases du texte ont été taguées sur les murs par des manifestants: « Je ne suis plus dans le champ folklorique, je suis dans le champ politique, je vous laisse à vos antiquités ». Puis il a  été joué en Algérie, à Marseille, à Avignon et nous l’avions vu au théâtre de l’Aquarium en 2014. Nous avons plaisir à retrouver ce brulot : il n’a rien perdu de sa causticité, même si depuis, les Printemps arabes ont fait long feu…

 Mireille Davidovici

Théâtre de Belleville, 92 rue du Faubourg du Temple, Paris Xl ème, jusqu’au 27 novembre. T. : 01 48 06 72 34.

 


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