La nouvelle Scène Nationale Brive-Tulle


La nouvelle Scène Nationale Brive-Tulle

  2018-05-05-theatre-brive-photo-olivier-soulie-www.28mmphoto.net-008-400x350

Scène nationale, label créé en 1990 par Bernard Faivre d’Arcier, alors directeur du Théâtre et des Spectacles est accordé par le Ministère de la Culture à des établissements publics français pour être un lieu de production mais surtout de diffusion de la création. Avec une volonté de service public : présenter des spectacles de théâtre, musique, danse, arts de la piste… Avec les centres dramatiques, les soixante et onze Scènes nationales, surtout situées dans des villes de moyenne importance, en  métropole et Outre-mer, participent au développement culturel de leur territoire. Cofinancées par les collectivités locales : environ 50 %, et 23 % de recettes propres, mais aussi par l’Etat et l’Europe, les Scènes nationales ont un directeur nommé par le conseil d’administration.

L’Empreinte est née de la volonté des maires, Frédéric Soulié à Brive-la-Gaillarde et Bernard Combes à Tulle, deux villes distantes de seulement trente kms, du Département, de la Région, et du Ministère de la Culture. (Mais madame Françoise Nyssen, sans doute sur le départ, n’était pas là. Cette soixante et onzième Scène nationale possède l’appellation Établissement Public de Coopération Culturelle (E.P.C.C.) avec un budget global de quelque trois millions d’euros… Subventionnée par les deux villes autrefois rivales, par le Conseil départemental de la Corrèze, la Région Nouvelle Aquitaine, le Ministère de la Culture, mais aussi par les communes voisines  d’Allassac, Malemort, Ayen, Nespouls, Aubazine, Montignac et Terrasson, des noms qui sentent bon le terroir corrézien…

Cette Scène Nationale, (la deuxième avec Aubusson, en Limousin) est née de la fusion des Scènes conventionnées, Les Sept collines à Tulle (18.000 habitants) et celle des Treize arches à Brive-la-Gaillarde (48.000 habitants). Labellisée l’an passé, elle a vu le jour en juin dernier. Avec une dotation de l’État qui atteindra 500.000 € par an, en 2020. Ce qui permet donc d’avoir une programmation d’envergure. L’Empreinte est dirigée par Nicolas Blanc, nommé pour cinq ans et Nathalie Besançon, à la tête d’une équipe de vint-sept personnes.
Remarquablement équipé, le théâtre de Brive, dont la belle facade en pierre fin du XIX ème siècle a été gardée, possède maintenant une salle dans le théâtre d’origine reconstruit il y a huit ans, et une autre de 485 places dans le nouveau bâtiment habilement relié en même temps à l’ancien, et dotée d’un grand plateau de douze mètres d’ouverture avec une excellente acoustique. Il y a aussi, bien entendu, de nombreux bureaux et locaux techniques, et un bar-restaurant. A Tulle, le vieux théâtre qui a aussi gardé sa façade historique 1900, a été réhabilité et possède une salle neuve en gradins avec trois cent-quatre-vingt six  places et un forum de soixante places.

L’Empreinte présente à Brive et à Tulle, soixante-cinq spectacles avec deux cent représentations par an, pour une population globale de 240. 000 habitants. Il y a un système de navettes en car entre les villes le soirs de spectacle. Un programme exceptionnel d’ouverture a eu lieu les 4, 5 et 6 et se poursuivra les 12 et 13 octobre. « Cette nouvelle Scène nationale, dit Nicolas Blanc, nous voulons qu’elle soit fédératrice. (…) Et repenser l’usage de ces deux théâtres, afin de les rendre encore plus accueillants, vivants et chaleureux pour le public, et nous souhaitons  y accueillir ceux, qui, jusqu’alors, n’ont pas franchi les portes. Et avec les collaborations artistiques  du metteur en scène Sylvain Creuzevault, du chorégraphe Christian Rizzo (voir Le Théâtre du Blog) et de Barbara Étais-Chastanier, dramaturge. » Et la programmation efficace de cette saison rassemble à la fois, théâtre, danse, variétés, etc…

Cela a commencé par une Visite déguidée, avec Bertrand Bossard, comédien qui, au micro, dans le bus qui nous mène jusqu’à Tulle, fait revisiter la grande et la petite histoire des ces villes adversaires depuis longtemps. On passe avec salutations devant son mythique stade Amédée Domenech, puis le bus ralentit, pour un moment de recueillement devant un jardin en bord de route consacré aux morts de la dernière guerre. A Brive-la-Gaillarde, dès le 17 juin 1940, Edmond Michelet  appela à la résistance  contre les nazis. Mais cette région, on ne le sait pas assez, le paya très cher : les S.S.  firent une rafle de 3.000 hommes dont 99 seront pendus aux balcons des immeubles! Et le lendemain, le 10 juin 44, les S.S. commirent le massacre d’Oradour-sur-Glane. Le maire de Tulle, Jules Lafue (1887-1971) a été nommé avec sa fille Madeleine, « Juste parmi les nations », pour avoir abrité chez lui plusieurs réfugiés juifs. Et Brive, première ville occupée à se libérer par ses propres moyens le 15 août 1944, recevra la Croix de guerre.

87057A7E-7A42-4215-A393-4FBA44449FBALes Trois Mousquetaires, une version revisitée par le Collectif 49 701, mise en scène de Jade Herbulot et Clara Hédouin

  »Travailler ensemble, disent les metteuses en scènes, pendant des semaines, des mois, peut-être des années, et explorer progressivement, au fil des épisodes, la complexité des Trois Mousquetaires roman d’action (…) Parce que c’est le roman d’une bande et que c’est ce que nous sommes. » Athos, Porthos, Aramis et d’Artagnan, ces héros populaires -et ce collectif a raison de le rappeler quand il les remet au goût du jour, en costumes à demi-contemporains- sont des jeunes gens énergiques et violents, parfois imbibés, dragueurs sans scrupule… mais armés par le Roi! «Ce qui nous intéresse passionnément, dans ce blockbuster de la littérature, bien rangé aux premiers rayons de l’enfance, c’est la généalogie de cette violence d’Etat, éruptive, comique, chaotique et sanglante.. De fait, le roman ne saurait exister sans cette haine tenace, véritable moteur de l’histoire : mousquetaires contre gardes du cardinal. À travers ces soldats des deux bords, ce sont deux têtes de la royauté (…) qui  se croisent, reculent parfois, et s’affrontent souvent. »

Nous avons pu voir ce soir-là, la première saison: avec l’épisode I. D’Artagnan, arrive près de Paris et se querelle avec l’un des plus dangereux émissaires du Cardinal. Puis l’épisode II à Paris où d’Artagnan arrive chez Monsieur de Tréville, capitaine des Mousquetaires. Puis dans les jardins du Luxembourg où d’Artagnan doit choisir entre le camp des Mousquetaires du Roi et celui des Gardes du Cardinal. Cela se passe d’abord parmi les spectateurs attablés à la terrasse d’un café sur une petite place, tout près d’un ancien et somptueux hôtel particulier. Cette scène d’exposition, remarquablement jouées par de jeunes comédiens très vifs, en tenue de garçon de café, mériterait d’être un peu plus claire mais bon… Les cloches de la cathédrale sonnent mais les  acteurs continuent à jouer  comme si de rien n’était.

Ils nous invitent ensuite les rejoindre sur le plateau même du théâtre. Scénographie en carré avec chaises tout autour; au centre, Monsieur de Tréville à son bureau; le jeune gascon d’Artagnan, à dix-huit ans veut réaliser son rêve: devenir mousquetaire du Roi. Près de Paris, à Meung-sur-Loire, il s’est fait voler une lettre de recommandation, il arrive quand même chez M. de Tréville. Il va y rencontrer les inséparables Athos, Porthos et Aramis, les meilleurs mousquetaires, et ils ne se quitteront plus.

Le spectacle a déjà bien tourné; et très rodé, il ne manque ni de panache ni d’efficacité. Plus de véritables costumes historiques ni d’épées mais du théâtre à mains nues ou presque, avec courses et bagarres: les enfants sont ravis… On oubliera les arrivées par la salle restée vide et donc un peu tristounette, et les scènes jouées entre les rangées de fauteuils, un vieux truc usé du théâtre contemporain… Puis on part pour le jardin de la Préfecture. Aucun élément de décor, juste quelques fauteuils coque en polyester. La joyeuse bande nous offre  une remarquable parodie d’une émission littéraire consacrée au roman d’Alexandre Dumas. C’est à la fois, très bien joué, drôle et caustique.

Puis on nous demande de nous déplacer un peu plus loin dans le jardin. La police officielle, celle du Roi! arrive en voiture de police banalisée avec gyrophare et sirène hurlante. Bel effet, et on peut y croire ! Combats au bâton et au poignard avec les mousquetaires,  très bien réglés… Sur ce beau jardin au dessus de la Corrèze en plein centre ville, il y a toute la douceur d’un soir d’automne qui tombe.

On est bluffé par cette version souvent parodique, intelligente et bien dirigée par Jade Herbulot et Clara Hédouin, loin du très ennuyeux et prétentieux Sarajevo qu’elles nous avaient infligé il y a deux ans au festival d’Avignon. On ne suit pas tout, côté dramaturgie, de cette histoire parfois trop vite brodée à partir du célèbre roman. Mais il faut souligner la qualité de ce théâtre de rue, presque populaire, un peu dans la veine des spectacles de la compagnie Annibal et ses éléphants (voir Le Théâtre du Blog).

Ensuite retour à Brive, et inauguration par Nicolas Blanc, Nathalie Besançon, les maires des deux villes et les représentants des collectivités locales. Heureusement les prises de paroles ont été rapides… Et deuxième spectacle pour ce jour d’inauguration.

Berlin Séquenz de Manuel Antonio Pereira, par le Bottom Théâtre, mise en scène de Marie-Pierre Bésanger

Cela se passe de nos jours. Avec une certaine parenté avec le roman d’Alexandre Dumas… Jan, un jeune homme passionné, volontiers frondeur comme d’Artagnan,  se lie à un groupe de dix jeunes filles et garçons qui ont vingt ans; organisés en collectif, ils refusent de collaborer avec le système. Mais Jan, lucide, entre aussitôt en conflit avec ces jeunes qu’il trouve bien timorés. Il veut se lancer dans une lutte radicale et écrit un article virulent destiné à leur magazine alternatif. Mais le groupe refuse ce texte, jugé trop violent et qui attaque bille en tête la consommation de masse, fer de lance d’une riche société capitaliste dite libérale mais toute puissante et  responsable de graves désordres sociaux. Puisqu’elle ne respecte en rien les individus… Jan sait, malgré son jeune âge, que cette dépense de biens exponentielle est sans issue, et conduit à une impasse en termes de qualité de vie. Mais il a bien du mal à en faire prendre conscience à ses copains…

 Berlin Sequenz est un texte poétique qui possède de réelles qualités d’écriture. Sur le plateau nu, quelques tables, chaises et accessoires. Et ces jeunes comédiens, issus des écoles supérieures de théâtre sont mis en scène ici par Marie-Pierre Bésanger qui dirige le Bottom Théâtre, une compagnie corrézienne. Interprétation sans doute inégale mais toujours juste de ce groupe, et remarquable de Yoann Bourgeois qui joue Jan avec une grande concentration.

Oui, mais voilà, malgré ses indéniables qualités, ce texte, en fait une suite de monologues et quelques courtes scènes dialoguées, a quelque chose d’anesthésiant. La faute à quoi? Sans doute et surtout à une dramaturgie faiblarde: ce genre d’exposé socio-politique estouffadou sur les méfaits du capitalisme, a déjà  été vingt fois entendu… On ne voudrait pas jouer au vieux critique donneur de leçons mais dans les années soixante-dix, le Living Theatre, le Bread and Puppet américains étaient dix fois plus virulents. Et quand ici, cela dure plus de deux heures, un doux sommeil finit par s’emparer du public… Alors qu’en une heure et quelque, cet auteur belge aurait pu être plus convaincant. Mais ici, malgré la sympathie que l’on a pour ces jeunes comédiens, cette mise en scène solide et précise tourne forcément à vide, et le compte n’y est pas. Dommage !

Philippe du Vignal

Le samedi 6 et le dimanche 7 octobre ont été présentés Météore & Souffle, deux spectacles des compagnies circassiennes Aléas et L’éolienne. Et Spectateur: droits et devoirs, une conférence- spectacle amusante et décalée, par Baptiste Amann, Solal Bouloudnine et Olivier Veillon.  Et enfin Le procès de Philip K. ou la fille aux cheveux noirs, une création de la compagnie Vous êtes ici.

L’inauguration se poursuivra les 12 et 13 octobre avec Une nuit ouverte au Théâtre de Brive avec Barbara Métais-Chastanier.
Et de 20h 00 à 8h 00, trois parcours permettront au public d’apprécier des festivités comme L’intégrale, Le Festin et La Nuit blanche. Soirée costumée, dégustations, interventions philosophiques, projections de films, lectures musicales, dance floor… rythmeront la nuit.

Puis aura lieu L’Embrasement urbain par la compagnie La Machine avec Pyromènes à Tulle,  et Incandescences à Brive, avec des performances pyrotechniques de Pierre de Mecquenem et de ses complices. Et pour conclure, La Piste à dansoire grand bal ! par le collectif Mobil Casbah.


Archive pour 11 octobre, 2018

La nouvelle Scène Nationale Brive-Tulle


La nouvelle Scène Nationale Brive-Tulle

  2018-05-05-theatre-brive-photo-olivier-soulie-www.28mmphoto.net-008-400x350

Scène nationale, label créé en 1990 par Bernard Faivre d’Arcier, alors directeur du Théâtre et des Spectacles est accordé par le Ministère de la Culture à des établissements publics français pour être un lieu de production mais surtout de diffusion de la création. Avec une volonté de service public : présenter des spectacles de théâtre, musique, danse, arts de la piste… Avec les centres dramatiques, les soixante et onze Scènes nationales, surtout situées dans des villes de moyenne importance, en  métropole et Outre-mer, participent au développement culturel de leur territoire. Cofinancées par les collectivités locales : environ 50 %, et 23 % de recettes propres, mais aussi par l’Etat et l’Europe, les Scènes nationales ont un directeur nommé par le conseil d’administration.

L’Empreinte est née de la volonté des maires, Frédéric Soulié à Brive-la-Gaillarde et Bernard Combes à Tulle, deux villes distantes de seulement trente kms, du Département, de la Région, et du Ministère de la Culture. (Mais madame Françoise Nyssen, sans doute sur le départ, n’était pas là. Cette soixante et onzième Scène nationale possède l’appellation Établissement Public de Coopération Culturelle (E.P.C.C.) avec un budget global de quelque trois millions d’euros… Subventionnée par les deux villes autrefois rivales, par le Conseil départemental de la Corrèze, la Région Nouvelle Aquitaine, le Ministère de la Culture, mais aussi par les communes voisines  d’Allassac, Malemort, Ayen, Nespouls, Aubazine, Montignac et Terrasson, des noms qui sentent bon le terroir corrézien…

Cette Scène Nationale, (la deuxième avec Aubusson, en Limousin) est née de la fusion des Scènes conventionnées, Les Sept collines à Tulle (18.000 habitants) et celle des Treize arches à Brive-la-Gaillarde (48.000 habitants). Labellisée l’an passé, elle a vu le jour en juin dernier. Avec une dotation de l’État qui atteindra 500.000 € par an, en 2020. Ce qui permet donc d’avoir une programmation d’envergure. L’Empreinte est dirigée par Nicolas Blanc, nommé pour cinq ans et Nathalie Besançon, à la tête d’une équipe de vint-sept personnes.
Remarquablement équipé, le théâtre de Brive, dont la belle facade en pierre fin du XIX ème siècle a été gardée, possède maintenant une salle dans le théâtre d’origine reconstruit il y a huit ans, et une autre de 485 places dans le nouveau bâtiment habilement relié en même temps à l’ancien, et dotée d’un grand plateau de douze mètres d’ouverture avec une excellente acoustique. Il y a aussi, bien entendu, de nombreux bureaux et locaux techniques, et un bar-restaurant. A Tulle, le vieux théâtre qui a aussi gardé sa façade historique 1900, a été réhabilité et possède une salle neuve en gradins avec trois cent-quatre-vingt six  places et un forum de soixante places.

L’Empreinte présente à Brive et à Tulle, soixante-cinq spectacles avec deux cent représentations par an, pour une population globale de 240. 000 habitants. Il y a un système de navettes en car entre les villes le soirs de spectacle. Un programme exceptionnel d’ouverture a eu lieu les 4, 5 et 6 et se poursuivra les 12 et 13 octobre. « Cette nouvelle Scène nationale, dit Nicolas Blanc, nous voulons qu’elle soit fédératrice. (…) Et repenser l’usage de ces deux théâtres, afin de les rendre encore plus accueillants, vivants et chaleureux pour le public, et nous souhaitons  y accueillir ceux, qui, jusqu’alors, n’ont pas franchi les portes. Et avec les collaborations artistiques  du metteur en scène Sylvain Creuzevault, du chorégraphe Christian Rizzo (voir Le Théâtre du Blog) et de Barbara Étais-Chastanier, dramaturge. » Et la programmation efficace de cette saison rassemble à la fois, théâtre, danse, variétés, etc…

Cela a commencé par une Visite déguidée, avec Bertrand Bossard, comédien qui, au micro, dans le bus qui nous mène jusqu’à Tulle, fait revisiter la grande et la petite histoire des ces villes adversaires depuis longtemps. On passe avec salutations devant son mythique stade Amédée Domenech, puis le bus ralentit, pour un moment de recueillement devant un jardin en bord de route consacré aux morts de la dernière guerre. A Brive-la-Gaillarde, dès le 17 juin 1940, Edmond Michelet  appela à la résistance  contre les nazis. Mais cette région, on ne le sait pas assez, le paya très cher : les S.S.  firent une rafle de 3.000 hommes dont 99 seront pendus aux balcons des immeubles! Et le lendemain, le 10 juin 44, les S.S. commirent le massacre d’Oradour-sur-Glane. Le maire de Tulle, Jules Lafue (1887-1971) a été nommé avec sa fille Madeleine, « Juste parmi les nations », pour avoir abrité chez lui plusieurs réfugiés juifs. Et Brive, première ville occupée à se libérer par ses propres moyens le 15 août 1944, recevra la Croix de guerre.

87057A7E-7A42-4215-A393-4FBA44449FBALes Trois Mousquetaires, une version revisitée par le Collectif 49 701, mise en scène de Jade Herbulot et Clara Hédouin

  »Travailler ensemble, disent les metteuses en scènes, pendant des semaines, des mois, peut-être des années, et explorer progressivement, au fil des épisodes, la complexité des Trois Mousquetaires roman d’action (…) Parce que c’est le roman d’une bande et que c’est ce que nous sommes. » Athos, Porthos, Aramis et d’Artagnan, ces héros populaires -et ce collectif a raison de le rappeler quand il les remet au goût du jour, en costumes à demi-contemporains- sont des jeunes gens énergiques et violents, parfois imbibés, dragueurs sans scrupule… mais armés par le Roi! «Ce qui nous intéresse passionnément, dans ce blockbuster de la littérature, bien rangé aux premiers rayons de l’enfance, c’est la généalogie de cette violence d’Etat, éruptive, comique, chaotique et sanglante.. De fait, le roman ne saurait exister sans cette haine tenace, véritable moteur de l’histoire : mousquetaires contre gardes du cardinal. À travers ces soldats des deux bords, ce sont deux têtes de la royauté (…) qui  se croisent, reculent parfois, et s’affrontent souvent. »

Nous avons pu voir ce soir-là, la première saison: avec l’épisode I. D’Artagnan, arrive près de Paris et se querelle avec l’un des plus dangereux émissaires du Cardinal. Puis l’épisode II à Paris où d’Artagnan arrive chez Monsieur de Tréville, capitaine des Mousquetaires. Puis dans les jardins du Luxembourg où d’Artagnan doit choisir entre le camp des Mousquetaires du Roi et celui des Gardes du Cardinal. Cela se passe d’abord parmi les spectateurs attablés à la terrasse d’un café sur une petite place, tout près d’un ancien et somptueux hôtel particulier. Cette scène d’exposition, remarquablement jouées par de jeunes comédiens très vifs, en tenue de garçon de café, mériterait d’être un peu plus claire mais bon… Les cloches de la cathédrale sonnent mais les  acteurs continuent à jouer  comme si de rien n’était.

Ils nous invitent ensuite les rejoindre sur le plateau même du théâtre. Scénographie en carré avec chaises tout autour; au centre, Monsieur de Tréville à son bureau; le jeune gascon d’Artagnan, à dix-huit ans veut réaliser son rêve: devenir mousquetaire du Roi. Près de Paris, à Meung-sur-Loire, il s’est fait voler une lettre de recommandation, il arrive quand même chez M. de Tréville. Il va y rencontrer les inséparables Athos, Porthos et Aramis, les meilleurs mousquetaires, et ils ne se quitteront plus.

Le spectacle a déjà bien tourné; et très rodé, il ne manque ni de panache ni d’efficacité. Plus de véritables costumes historiques ni d’épées mais du théâtre à mains nues ou presque, avec courses et bagarres: les enfants sont ravis… On oubliera les arrivées par la salle restée vide et donc un peu tristounette, et les scènes jouées entre les rangées de fauteuils, un vieux truc usé du théâtre contemporain… Puis on part pour le jardin de la Préfecture. Aucun élément de décor, juste quelques fauteuils coque en polyester. La joyeuse bande nous offre  une remarquable parodie d’une émission littéraire consacrée au roman d’Alexandre Dumas. C’est à la fois, très bien joué, drôle et caustique.

Puis on nous demande de nous déplacer un peu plus loin dans le jardin. La police officielle, celle du Roi! arrive en voiture de police banalisée avec gyrophare et sirène hurlante. Bel effet, et on peut y croire ! Combats au bâton et au poignard avec les mousquetaires,  très bien réglés… Sur ce beau jardin au dessus de la Corrèze en plein centre ville, il y a toute la douceur d’un soir d’automne qui tombe.

On est bluffé par cette version souvent parodique, intelligente et bien dirigée par Jade Herbulot et Clara Hédouin, loin du très ennuyeux et prétentieux Sarajevo qu’elles nous avaient infligé il y a deux ans au festival d’Avignon. On ne suit pas tout, côté dramaturgie, de cette histoire parfois trop vite brodée à partir du célèbre roman. Mais il faut souligner la qualité de ce théâtre de rue, presque populaire, un peu dans la veine des spectacles de la compagnie Annibal et ses éléphants (voir Le Théâtre du Blog).

Ensuite retour à Brive, et inauguration par Nicolas Blanc, Nathalie Besançon, les maires des deux villes et les représentants des collectivités locales. Heureusement les prises de paroles ont été rapides… Et deuxième spectacle pour ce jour d’inauguration.

Berlin Séquenz de Manuel Antonio Pereira, par le Bottom Théâtre, mise en scène de Marie-Pierre Bésanger

Cela se passe de nos jours. Avec une certaine parenté avec le roman d’Alexandre Dumas… Jan, un jeune homme passionné, volontiers frondeur comme d’Artagnan,  se lie à un groupe de dix jeunes filles et garçons qui ont vingt ans; organisés en collectif, ils refusent de collaborer avec le système. Mais Jan, lucide, entre aussitôt en conflit avec ces jeunes qu’il trouve bien timorés. Il veut se lancer dans une lutte radicale et écrit un article virulent destiné à leur magazine alternatif. Mais le groupe refuse ce texte, jugé trop violent et qui attaque bille en tête la consommation de masse, fer de lance d’une riche société capitaliste dite libérale mais toute puissante et  responsable de graves désordres sociaux. Puisqu’elle ne respecte en rien les individus… Jan sait, malgré son jeune âge, que cette dépense de biens exponentielle est sans issue, et conduit à une impasse en termes de qualité de vie. Mais il a bien du mal à en faire prendre conscience à ses copains…

 Berlin Sequenz est un texte poétique qui possède de réelles qualités d’écriture. Sur le plateau nu, quelques tables, chaises et accessoires. Et ces jeunes comédiens, issus des écoles supérieures de théâtre sont mis en scène ici par Marie-Pierre Bésanger qui dirige le Bottom Théâtre, une compagnie corrézienne. Interprétation sans doute inégale mais toujours juste de ce groupe, et remarquable de Yoann Bourgeois qui joue Jan avec une grande concentration.

Oui, mais voilà, malgré ses indéniables qualités, ce texte, en fait une suite de monologues et quelques courtes scènes dialoguées, a quelque chose d’anesthésiant. La faute à quoi? Sans doute et surtout à une dramaturgie faiblarde: ce genre d’exposé socio-politique estouffadou sur les méfaits du capitalisme, a déjà  été vingt fois entendu… On ne voudrait pas jouer au vieux critique donneur de leçons mais dans les années soixante-dix, le Living Theatre, le Bread and Puppet américains étaient dix fois plus virulents. Et quand ici, cela dure plus de deux heures, un doux sommeil finit par s’emparer du public… Alors qu’en une heure et quelque, cet auteur belge aurait pu être plus convaincant. Mais ici, malgré la sympathie que l’on a pour ces jeunes comédiens, cette mise en scène solide et précise tourne forcément à vide, et le compte n’y est pas. Dommage !

Philippe du Vignal

Le samedi 6 et le dimanche 7 octobre ont été présentés Météore & Souffle, deux spectacles des compagnies circassiennes Aléas et L’éolienne. Et Spectateur: droits et devoirs, une conférence- spectacle amusante et décalée, par Baptiste Amann, Solal Bouloudnine et Olivier Veillon.  Et enfin Le procès de Philip K. ou la fille aux cheveux noirs, une création de la compagnie Vous êtes ici.

L’inauguration se poursuivra les 12 et 13 octobre avec Une nuit ouverte au Théâtre de Brive avec Barbara Métais-Chastanier.
Et de 20h 00 à 8h 00, trois parcours permettront au public d’apprécier des festivités comme L’intégrale, Le Festin et La Nuit blanche. Soirée costumée, dégustations, interventions philosophiques, projections de films, lectures musicales, dance floor… rythmeront la nuit.

Puis aura lieu L’Embrasement urbain par la compagnie La Machine avec Pyromènes à Tulle,  et Incandescences à Brive, avec des performances pyrotechniques de Pierre de Mecquenem et de ses complices. Et pour conclure, La Piste à dansoire grand bal ! par le collectif Mobil Casbah.

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