L’Occupation d’après le roman d’Annie Ernaux, mise en scène de Pierre Pradinas

 

L’Occupation d’après le roman d’Annie Ernaux, mise en scène de Pierre Pradinas

® Marion Stalens

® Marion Stalens

«L’existence de cette autre femme a envahi la mienne», écrit Annie Ernaux. (…) «J’avais quitté W. Quelques mois après, il m’a annoncé qu’il allait vivre avec une femme dont il a refusé de me dire le nom. À partir de ce moment, je suis tombée dans la jalousie. L’image et l’existence de l’autre n’ont cessé de m’obséder, comme si elle était entrée en moi. C’est cette occupation que je décris.»

Romane Bohringer qui incarne ce personnage, raconte la genèse d’une possession, d’une obsession. Prise d’une jalousie maladive, la narratrice enquête pour retrouver la trace de l’Autre et apaiser la douleur de ne pas savoir, saisissant le moindre indice que lui livre, parcimonieusement, son ancien amant… On pense au processus de  « cristallisation », décrit par Stendhal dans De l’Amour (1822).

Pierre Pradinas a confié à Romane Bohringer ce personnage contradictoire, à la fois fragile et lucide. Comme Annie Ernaux, l’actrice ne mâche pas ses mots et s’empare à bras le corps d’un texte souvent drôle, teinté parfois d’un humour carabin assez limite. Pour traduire toutes les nuances de cette rhétorique amoureuse, Christophe “Disco“ Mink se fait complice de la comédienne, et multiplie les clins d’œil musicaux à la harpe, à la guitare, ou au synthétiseur. Il l’accompagne de quelques notes quand elle entonne au bord des larmes: I Will survive, vieux tube tristounet de Gloria Gaynor (1978). Une mise à distance ironique du pathos comme chez Annie Ernaux à qui l’écriture permet de conjurer «cette  jalousie dont j’ai été la proie et la spectatrice. »

 On est loin de l’Othello de Shakespeare… « Un monstre aux yeux verts, dit Iago, qui nargue la proie dont il se nourrit. » Mais il y a quelque chose d’universel dans cette expérience amoureuse contemporaine. «Ecrire la vie avec des contenus qui sont les mêmes pour tous», veut Annie Ernaux.  Ce que traduit la comédienne avec aplomb. Chacun(e) semble se reconnaître dans ce portrait habilement croqué. Un bémol cependant: à quoi sert une vidéo étouffante qui illustre de façon inutile un texte très ciselé, et qui parasite le jeu nuancé des artistes?

Mireille Davidovici

Théâtre de l’Œuvre,  Paris lX ème T. :01 44 53 88 88, jusqu’au 2 décembre

Le roman est publié aux éditions Gallimard.

 

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