Opération Farine voyage urbain à tiroirs humains de Latifa Djerbi et Lamia Dorner

Opération Farine voyage urbain à tiroirs humains de Latifa Djerbi et Lamia Dorner86807251-3976-4540-B600-7FEF005F309DUn spectacle poétique pour fêter goulûment l’ouverture des Cuisines-Théâtre éphémère de Carouge, accompagné ici  par le Théâtre de l’Unité à Audincourt, tout  près de Montbéliard, et par les forces vives de Carouge et d’ailleurs. Pendant les travaux de rénovation du Théâtre qui vont durer deux ans, l’équipe s’installe dans un lieu provisoire. Et Latifa Djerbi a été chargée d’organiser ces  jours d’inauguration…

Plusieurs centaines de personnes sont assises sur des bancs au pied d’un arbre. Latifa Djerbi en tenue immaculée se présente : «Moi et moi, professeur, j’avais la dévalo, le moi qui va vers le toi. Quand j’étais petite, on me disait qu’on mangeait le pain des Français ! Je vais faire un acte psycho-magique. » En effet, elle va préparer et cuire du pain. Elle en présente d’abord les ingrédients,  farine de blé blanche et farine de sarrasin. «A l’école à Angers, j’étais la seule Arabe, il y avait des générations de blancs. Le blanc est plus raffiné, le sarrasin plus brut, plus original». Latifa mélange les farines, verse l’eau: « Ne vous inquiétez pas, c’est de l’eau du lac de Genève. » Elle pétrit la pâte avec énergie. «C’est très important la douceur! ». Elle parle arabe: « Les Suisses sont neutres, moi, j’étais Française et Tunisienne. «Je suis comme tout le monde, j’ai peur des arabes, je suis devenue Suisse, ça coûte d’être Suisse: 3.500 boules, mais on  paye, et c’est fait! »

Elle chante de youyous suisses. «Il me fallait,dit-elle, trouver cinq purs helvètes avec des ancêtres suisses.» Elle se déplace dans le public, trouve une victime : «Compagnon, partageons le croûton! ». Elle sort alors du four une dizaine de petits pains odorants  qu’elle distribue au public. Puis, elle va se laver les mains encore pleines de pâte dans un bac d’eau.
Nous marchons dans les allées du parc, une chorale chante en italien,  puis nous  arrivons dans une cour d’école, mais un gardien veut nous empêcher d’y entrer sous prétexte de papiers sales. On voit un groupe de dix petites vieilles en uniformes bleu marine d’école religieuse, à une répétition sous la direction d’une jeune et insupportable chef de de chant…

Plus loin dans une petite cour en amphithéâtre, on assiste aux joutes verbales de Cyrano. Sur une place, une mariée  fait du patin à roulettes. On ne peut rendre compte de tout qui se passe alors dans les rues de Genève avec une centaine d’acteurs, acrobates et chanteurs amateurs sur près d’une heure et demi.

Nous arrivons devant ces nouvelles Cuisines pour déguster une paella ou un coucous généreusement servis et arrosés de vin et autres boissons. Un orchestre fait danser toute la soirée plusieurs centaines de spectateurs dont la plupart n’avaient jamais fréquenté le théâtre du Carouge. Après quelques flottements le jour de la première, la deuxième représentation, plus resserrée, était convaincante.

Edith Rappoport

Spectacle vu les 13 et 14 octobre à Carouge.
Les Cuisines +41 22 343 43 43/ info@cag.ch

 

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