Prélude à la fugue, d’après Sylvain Tesson, de Julien Barret et Pierre-Marie Braye-Weppe

©sarah Perret-

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Prélude à la fugue, d’après Sylvain Tesson, de Julien Barret et Pierre-Marie Braye-Weppe

Il y a d’abord une sorte conversation avant un spectacle qui, de fait, n’est pas encore là mais qui naîtra peu à peu. Un jeune homme (Julien Barret) nous parle, avec et sans micro, de sa passion pour la marche à pied. La modulation de sa voix croise celle de la musique à la fois primitive et très sophistiquée de Pierre-Marie Braye-Weppe. Ils se renvoient en écho leurs énergies et leurs impulsions.

Le spectacle commence et nous, nous marchons: Sylvain Tesson est un authentique écrivain-voyageur mais aussi un voyageur-écrivain. Pas un simple jeu de mots: la marche produit de la pensée et de la poésie, le voyage décrit la courbe du monde, et les mots emmènent très loin, «Fuir ! Là-bas, fuir ! Je sens que les oiseaux sont ivres/D’être parmi l’écume inconnue et les cieux!» (Mallarmé, Brise marine).

Parmi les objets de première nécessité dans un sac à dos bien fait, vous trouverez une anthologie de poésie. «Dire des vers en marchant. Rythmer la récitation. Accorder la stance à la cadence nomade : Péguy dans la steppe, Apollinaire en haute altitude. Shakespeare sous l’orage…». Et Charles Baudelaire, bien sûr, et son long poème du voyage. Sylvain Tesson s’adresse vraiment au lecteur,  et ne nous cache rien, pas même «l’amer savoir qu’on tire du voyage», l’enfer d’une steppe dont l’infini vous glace. Oui, Charles  Baudelaire passe par là, et Henri Michaux : «Emportez moi…» 

Respiration même du voyageur, ils vont de soi, et de l’avant. Et ils soutiennent la quête de beauté   de celui qui a écrit L’Axe du loup et Dans les Forêts de Sibérie. La beauté de la nature, il faut aller la chercher loin, là où règnent le silence et la solitude. Où l’épuisement, le geste répétitif de la marche peut rendre fou. Où l’homme redevient animal, mais un animal philosophe, capable d’une exaltante -et humoristique- méditation sur le temps et l’espace, redécouverts dans l’épreuve de la marche : «Je change le sablier en poudre d’escampette. »

Et nous, le public, nous marchons. Prodige ordinaire du théâtre et efficacité de la scénographie, l’espace s’agrandit, le cyclorama blanc se hisse et «met les voiles», puis s’ouvre et se chahute en une sorte de banquise où l’acteur se retrouve tout petit. Et sa cabane en planches, esquissée, abrite la technologie sophistiquée d’où naîtront les images de l’ivresse… Ce beau travail,  voulu et construit par Julien Barret, a été mené à bien avec une équipe très professionnelle: Olivier Broda, à la direction du jeu, Leslie Six pour la dramaturgie, Camille Vallat et Sébastien du Merle pour la scénographie.
 Le Quai-Centre Dramatique National d’Angers-Pays de la Loire, a fait le pari de tester ce spectacle, dans un premier temps, en lui ouvrant sa salle de répétitions, puis, au vu du résultat, de le produire. Pari gagné à la fois pour ces artistes et pour l’institution: les grands frères donnent parfois le coup de main décisif aux cadets dont ils ont reconnu le talent…

Christine Friedel

Le Quai C.D.N. à Angers  jusqu’au 18 octobre T. :03 41 22 20 20.
Le 20 novembre au Mail-Scène Culturelle, Théâtre de Soissons.
Le 20 décembre à l’Espace Jean Legendre-Théâtre de Compiègne.
Puis en tournée…

Dans les forêts de Sibérie et Sur les chemins noirs ont été publiés aux éditions Gallimard), et L’Axe du Loup aux éditions Robert Laffont

 

 

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