Jester Show de David Foster Wallace, adaptation et mise en scène de Laurent Laffargue

 

Jester Show, d’après L’Infinie comédie de David Foster Wallace, traduction de Francis Kerline, adaptation et mise en scène de Laurent Laffargue

Antoine-Basler-et-Déborah-Joslin-dans-Jester-Show-daprès-le-roman-de-David-Foster-Wallace-par-Laurent-Laffargue-photo-Pierre-PLANCHENAULTL’Infinie comédie (1996) est un roman-fleuve, hors-normes et quasi-encyclopédique (1.486 pages dont cent cinquante-sept de notes! ) de l’écrivain et philosophe américain né en 62 et qui se suicida en 2.008. Ce gros pavé, connu dans le monde entier mais traduit en français il y a trois ans seulement, est une sorte de peinture très pessimiste de l’avenir de son pays où règne une grande violence.
Ici, cette adaptation scénique traite surtout de l’addiction aux drogues de toute nature, notamment à la télé! Sur le petit plateau, avant que le spectacle ne commence, un écran diffuse avec un son très fort, des images d’actualité (discours de Trump, etc., vie quotidienne aux Etats-Unis, mêlées à des  publicités).

Laurent Laffargue avait reçu la proposition de Pierre Mazet, directeur de l’Escale du livre à Bordeaux de faire une lecture à l’occasion de la parution du livre en français. Mais il était resté, dit-il,  sur sa faim, et a voulu faire une mise en scène de ce texte presque méconnu chez nous. «Le théâtre n’a pas le temps de la lecture mais il a d’autres armes.»   Sans doute, mais attention danger! Il y a une mode actuelle: adapter au théâtre des essais, romans, etc. Mais rares ceux qui, même universellement connus, résistent à l’épreuve d’un grand ou petit  plateau de théâtre. «J’ai, dit le metteur en scène, cherché à traduire une atmosphère : à partir de plusieurs extraits qui me semblaient condenser les thèmes de Wallace. J’ai cherché à créer un univers où se rencontreraient le texte et le spectateur.» On veut bien, mais au-delà de ces  intentions assez convenues et qui ne mangent pas de pain comme on dit dans Le Cantal, qu’en est-il sur scène ?

Cela se passe donc à Ennet House, un centre de désintoxication pour drogués. Sur le plateau, un grand écran télé dans le fond, un lit roulant d’hôpital, un fauteuil blanc, une petite table et un tabouret. Il y a là une jeune psychiatre ou plutôt une caricature assez drôle. Déborah Joslin, très maquillée, en blouse blanche très courte sur des collants noirs, escarpins rouges et perruque avec deux grandes couettes, l’une bleue et l’autre rouge. Belle image très B.D. Et un patient, en collants résille et mini-short en cuir noir. La scénographie et les costumes  de Laurent Laffargue sont réussis. On comprend  qu’il s’agit d’un homme qui se prostitue pour avoir de quoi se doper. Déborah Joslin qui a une belle présence, se lance dans une danse effrénée sur une musique assourdissante. Puis Antoine Basler, à la diction d’abord approximative, raconte sa vie sans micro en chuchotant presque, ce qui n’arrange pas les choses, puis en hurlant son texte, muni d’un micro H F, ce qui alors devient vite insupportable, surtout dans une aussi petite salle

Et cela donne quoi, cette logorrhée bruyante d’une heure vingt-cinq ? Par courts moments, on entrevoit toute la folie contenue dans ce livre dont nous n’avons lu que quelques extraits. Mais comment réussir à extraire la substantifique moelle d’un long roman et à la mettre en scène? Mission presque impossible, surtout quand le texte n’a rien de vraiment théâtral, avec, ici, un long monologue déguisé!  Sous des éclairages LED aux violentes couleurs violentes parfois clignotants comme dans une fête foraine.

Heureusement, il y a les apparitions, souvent dansées de Déborah Joslin, ce qui aère un peu les choses. Mais l’adaptation et la mise en scène de Laurent Laffargue n’ont rien de  convaincant et il  on l’a connu plus inspiré, notamment avec Marivaux qu’il a monté plusieurs fois (voir Le Théâtre du blog). Ici, le spectacle distille vite un ennui profond. A cause de l’adaptation assez fastidieuse d’’un texte dont il ne semble pas bien avoir eu la maîtrise et qui, encore une fois, n’a rien à voir, avec une dramaturgie théâtrale. Les images vidéo sur grand écran n’apportent pas grand-chose, et semblent avoir une fonction de remplissage et de divertissement. Laurent Laffargue devrait revoir aussi d’urgence sa direction d’acteurs : quel intérêt y a-t-il à faire ainsi hurler Antoine Basler, immobile, face public pendant un quart d’heure? Cette manie du théâtre contemporain aurait-elle encore frappé? D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’une création, et que le spectacle  déjà joué au Théâtre de la Lucarne à Bordeaux, doit être maintenant calé. Bref, ces quatre-vingt minutes sont une épreuve que nous ne vous conseillons pas, même si vous avez, comme des milliers de gens dans le monde, beaucoup aimé le roman…

Signalons, histoire de finir sur une note positive, la proposition de Marie Vialle qui dira, avec C’est de l’eau, les vagues, les amours, c’est pareil, le discours que prononça en 2005 David Foster Wallace, leur professeur, devant les étudiants du Kenyon College, à la cérémonie de fin d’études. Cela aura lieu au Monfort Théâtre à Paris, du 8 au 10 novembre. A suivre donc, et nous vous tiendrons au courant…

Philippe du Vignal

Théâtre des Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs, Paris I er,  jusqu’au 3 novembre.

Le roman est édité aux éditions de l’Olivier

 


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