La Machine de Turing de Benoît Solès,mise en en scène de Tristan Petitgirard

 

La Machine de Turing de Benoît Solès, mise en en scène de Tristan Petitgirard

©DR

©DR

Alan Turing, mathématicien anglais (1912-1954), déjà grand génie du calcul quand il était encore adolescent, construisit une grosse machine à calculer grâce à laquelle il réussit à décrypter Enigma le code de transmission des Allemands pendant la seconde guerre mondiale. Ce qui évita sans doute qu’elle ne se prolonge et épargnera la vie de centaines de milliers de civils et de soldats. Puis, après l’échec d’Hitler, Alan Turing contribuera à la naissance technique des premiers ordinateurs (on doit ce nom français à Jacques Perret (1906-1992), latiniste et professeur à la Sorbonne qui proposa à I.B.M. cette traduction de « computer »). Mais le Royaume-Uni des années cinquante ne faisait aucun cadeau aux homosexuels et Alan Turing sera traîné devant la justice pour atteinte aux mœurs. On lui laissera le choix entre la prison ou un traitement à base d’hormones féminines, ce qu’il choisira mais il en sera à jamais marqué et finira par mourir accidentellement au cyanure, ou par se suicider en mangeant une pomme imbibée de ce même poison mortel. L’énigme demeure…

Dans la pièce de Benoit Solès, ce professeur de maths au King’s College de Londres et à l’université de Manchester dit convoqué par l’inspecteur de police Mick Ross, qu’il a été victime d’un cambriolage… Les explications de ce savant bègue de quarante ans, visionnaire mais aussi grand admirateur de Blanche-Neige, sont assez confuses… Et un amant du professeur Turing qui l’accuse de lui avoir pris de l’argent, ira le dénoncer par dépit d’amour.  Le grand mathématicien devra subir les diktats de la justice anglaise qui se méfiait de lui, le savant officiel mais aussi un personnage marginal. Et il sera réduit au silence par les services secrets de contre-espionnage britanniques inquiets de certains comportements d’intellectuels anglais homosexuels. Puis, comme le vrai Turing que sa majesté Elizabeth II gracia après son suicide (c’est trop d’honneur !), il sera mis à l’écart de la communauté scientifique et après son procès, sera condamné à subir un traitement de castration chimique à base d’hormones femelles.  Et il se suicidera en croquant une pomme empoisonnée…

Le texte, un peu illustratif, retrace la vie du savant avec nombre d’allers et retours entre les années quarante et cinquante mais avec une certaine élégance, et les dialogues de ce quasi-monologue parfois un peu faciles et à la limite du boulevard tiennent la route. La mise en scène et la direction d’acteurs de Tristan Petitgirard sont de qualité, et on se laisse facilement prendre. Benoît Solès, en professeur Turing, est impeccable et sait être à la fois drôle et émouvant. On croit volontiers  au personnage de ce savant Cosinus d’une intelligence exceptionnelle mais fragile et désemparé face à la société anglaise de l’époque. Et Amaury de Crayencour  qui incarne à la fois l’inspecteur Ross, Arnold Murray l’amant de passage, le champion d’échecs Hugh Alexander, grand admirateur de Turing, est à chaque fois très crédible et donne la réplique à Benoît Solès avec une belle vérité.

Et la scénographie d’Olivier Prost est tout à  fait convaincante  et les vidéos de Mathias Delfau avec un mur entier très réussies avec des projections de cascades de chiffres à donner le tournis, le tout sur une musique habilement composée à partir de bruits comme celle que pouvait faire la machine inventée par Alan Turing.  Et cela rappelle le fonctionnement des grosses bobines des premiers et très gros ordinateurs dans les années soixante.  Ce spectacle intelligent, clair et sans prétention, ne dure pas trois heures et demi (suivez notre regard du côté de la porte de Clichy)  et avait fait un tabac au dernier festival d’Avignon. Il mérite bien le déluge d’applaudissements d’un public en majorité jeune : à signaler car peu fréquent, d’autant plus que-seul bémol- le prix des places (de 49 à 30 € quand même) n’a rien à voir avec ceux du off avignonnais…

Philippe du Vignal

Théâtre Michel, 38 rue des Mathurins, Paris (VIII ème) T. : 0142 65 35 02.


Archive pour 26 octobre, 2018

La Machine de Turing de Benoît Solès,mise en en scène de Tristan Petitgirard

 

La Machine de Turing de Benoît Solès, mise en en scène de Tristan Petitgirard

©DR

©DR

Alan Turing, mathématicien anglais (1912-1954), déjà grand génie du calcul quand il était encore adolescent, construisit une grosse machine à calculer grâce à laquelle il réussit à décrypter Enigma le code de transmission des Allemands pendant la seconde guerre mondiale. Ce qui évita sans doute qu’elle ne se prolonge et épargnera la vie de centaines de milliers de civils et de soldats. Puis, après l’échec d’Hitler, Alan Turing contribuera à la naissance technique des premiers ordinateurs (on doit ce nom français à Jacques Perret (1906-1992), latiniste et professeur à la Sorbonne qui proposa à I.B.M. cette traduction de « computer »). Mais le Royaume-Uni des années cinquante ne faisait aucun cadeau aux homosexuels et Alan Turing sera traîné devant la justice pour atteinte aux mœurs. On lui laissera le choix entre la prison ou un traitement à base d’hormones féminines, ce qu’il choisira mais il en sera à jamais marqué et finira par mourir accidentellement au cyanure, ou par se suicider en mangeant une pomme imbibée de ce même poison mortel. L’énigme demeure…

Dans la pièce de Benoit Solès, ce professeur de maths au King’s College de Londres et à l’université de Manchester dit convoqué par l’inspecteur de police Mick Ross, qu’il a été victime d’un cambriolage… Les explications de ce savant bègue de quarante ans, visionnaire mais aussi grand admirateur de Blanche-Neige, sont assez confuses… Et un amant du professeur Turing qui l’accuse de lui avoir pris de l’argent, ira le dénoncer par dépit d’amour.  Le grand mathématicien devra subir les diktats de la justice anglaise qui se méfiait de lui, le savant officiel mais aussi un personnage marginal. Et il sera réduit au silence par les services secrets de contre-espionnage britanniques inquiets de certains comportements d’intellectuels anglais homosexuels. Puis, comme le vrai Turing que sa majesté Elizabeth II gracia après son suicide (c’est trop d’honneur !), il sera mis à l’écart de la communauté scientifique et après son procès, sera condamné à subir un traitement de castration chimique à base d’hormones femelles.  Et il se suicidera en croquant une pomme empoisonnée…

Le texte, un peu illustratif, retrace la vie du savant avec nombre d’allers et retours entre les années quarante et cinquante mais avec une certaine élégance, et les dialogues de ce quasi-monologue parfois un peu faciles et à la limite du boulevard tiennent la route. La mise en scène et la direction d’acteurs de Tristan Petitgirard sont de qualité, et on se laisse facilement prendre. Benoît Solès, en professeur Turing, est impeccable et sait être à la fois drôle et émouvant. On croit volontiers  au personnage de ce savant Cosinus d’une intelligence exceptionnelle mais fragile et désemparé face à la société anglaise de l’époque. Et Amaury de Crayencour  qui incarne à la fois l’inspecteur Ross, Arnold Murray l’amant de passage, le champion d’échecs Hugh Alexander, grand admirateur de Turing, est à chaque fois très crédible et donne la réplique à Benoît Solès avec une belle vérité.

Et la scénographie d’Olivier Prost est tout à  fait convaincante  et les vidéos de Mathias Delfau avec un mur entier très réussies avec des projections de cascades de chiffres à donner le tournis, le tout sur une musique habilement composée à partir de bruits comme celle que pouvait faire la machine inventée par Alan Turing.  Et cela rappelle le fonctionnement des grosses bobines des premiers et très gros ordinateurs dans les années soixante.  Ce spectacle intelligent, clair et sans prétention, ne dure pas trois heures et demi (suivez notre regard du côté de la porte de Clichy)  et avait fait un tabac au dernier festival d’Avignon. Il mérite bien le déluge d’applaudissements d’un public en majorité jeune : à signaler car peu fréquent, d’autant plus que-seul bémol- le prix des places (de 49 à 30 € quand même) n’a rien à voir avec ceux du off avignonnais…

Philippe du Vignal

Théâtre Michel, 38 rue des Mathurins, Paris (VIII ème) T. : 0142 65 35 02.

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...