Le bon Grain, texte et mise en scène de François Dumont

Le bon Grain, texte et mise en scène de François Dumont

Image_LeBonGrain_Set18François Dumont avec cette sorte de fable farcesque proche d’un théâtre d’agit-prop, peint ici la vie d’un royaume pris dans  un ouragan politique. Dirigé par un roi qui laisse prendre les décisions par son épouse, une reine assez hystérique qui voue une véritable passion à son potager mais indifférente à la vie de son peuple. Et le royaume n’est plus guère dirigé. Un ministre vient annoncer une très mauvaise nouvelle : une île vient de disparaître sous la montée des eaux à cause du réchauffement climatique. Seule solution radicale envisagée par la reine : mettre fin à toute activité industrielle… Le peuple va se révolter et exiger la redistribution des ressources. Mais la reine jupitérienne va éliminer les chômeurs du Royaume. Heureusement, le bon roi arrivera à remettre les choses d’équerre.  

C’est on l’aura compris, un théâtre où se confrontent impératifs écologiques et société sans boussole où les hommes ont bien du mal à vivre. « Cette farce du Bon grain,  je l’espère, amusera, tout en donnant à réfléchir, dit François Dumont, à quoi mène une écologie sans partage? »  On veut bien mais voilà: rien de plus difficile que de mettre en scène une farce avec efficacité ! Cela se passe dans la médiocre salle de la Comédie-Nation : petite scène sans dégagements, plafond bas, visibilité très moyenne pour le public: bref, un  rêve de théâtre! Sur le plateau, une autre petite scène de  deux mètres sur deux, un perroquet pour accrocher les costumes et  de chaque côté, quelques chaises où s’assoient les acteurs quand ils ne jouent pas. Donc l’essentiel pour  un théâtre de tréteaux en plein air avec un public très proche disposé tout autour.

 
Ici, une mauvaise vision frontale ne favorise évidemment pas les choses. Et comme les ennuis arrivent en rafale, disait Jacques Chirac, le texte est bien bavard, dramaturgie aux abonnés absents, mise en scène et direction d’acteurs inexistantes. François Dumont, Pierre Clarard et Hadrien Peters font le boulot, ont une bonne diction mais peinent à être convaincants. Mélody Doxin, elle presque constamment en scène, criaille en permanence et c’est vite pénible. On est parfois à la limite de l’amateurisme et le jeu par moments dans la salle éclairée, n’arrange rien. Et on oubliera les« costumes» blancs ou aux couleurs vulgaires, qui n’en sont pas vraiment. 

Que sauver de cette entreprise mal barrée : le thème intéressant et hélas, très actuel! Et une habileté technique indéniable des acteurs à changer de personnage. Mais même s’il y a un potentiel existant, il faudrait reprendre le texte, le resserrer en une demi-heure maximum, mettre la petite scène en quadri-frontalité, foncer le vert cru nauséeux de sa pelouse synthétique, confier la mise en scène… à un metteur en scène et pousser les feux du côté de l’agit-prop, et donc revoir de toute urgence, la direction d’acteurs et imaginer de vrais costumes. Puis aller jouer dehors ou à la limite en salle, mais on insiste: en quadri-frontalité. Bref, il y a encore du pain sur la planche… Un conseil d’ami aux quatre artistes: aller tous en voiture à Audincourt (Doubs) assister à un kapouchnik, ce cabaret très populaire et mensuel du Théâtre de l’Unité: il y a là du bon grain à rapporter et cela peut vous donner de formidables idées…

Philippe du Vignal

Comédie-Nation, 77 rue de Montreuil, Paris XIIème.

 


Archive pour novembre, 2018

Le Roman de Renart par la compagnie Hubert Jappelle

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Le Roman de Renart par la compagnie Hubert Jappelle

C’est un livre géant que Bérangère Gilberton et Sylvie Weissenbacher, avec la complicité d’Hubert Jappelle, ouvrent et commentent, avec des paysages en papier découpé sur lequel elles manipulent des marionnettes à vue. Renart, affamé, part à la chasse, il a les mains plâtrées  et guigne les jambons qu’Ysengrin a suspendu devant chez lui. On rabat la page et on voit qu’il les a attrapés. Ysengrin se lamente, les jambons une fois mangés par sa famille. Renart, à nouveau affamé, sent  la délicieuse odeur du poisson qu’un paysan va vendre à la foire. Renard fait le mort, le paysan le charge au-dessus du poisson qu’il va pouvoir dévorer à son aise. Le paysan furieux découvre le vol et veut aller vendre la peau de Renart : «Ce soir, je t’écorcherai, et je jetterai tes restes aux chiens!» Mais, peine perdue, il s’enfuiera.

Renart et Thiercelin le corbeau qui voit des fromages sans aucune surveillance « Mauvaise garde nourrit le loup!  » et Renart s’en empare. Renard et Chantecler le coq : une poule caquète, Renart s’approche et emporte la poule. Tous  se plaignent de lui et il est chassé du royaume. Un délicieux spectacle  très applaudi aussi par les enfants.

Edith Rappoport

Spectacle vu au Théâtre de l’Atalante, le 10 novembre.
Festival Pyka Puppet Estival, du 6 au 24 novembre.

MADAM #1, de Marine Bachelot N’Guyen, conception et mise en scène d’Hélène Soulié

dde06de624c269049019968888516c50MADAM #1 Est-ce que tu crois que je doive m’excuser quand il y a des attentats de Marine Bachelot N’Guyen, conception et mise en scène d’Hélène Soulié

Cela s’appelle MADAM (Manuel d’Auto Défense À Méditer)  et c’est « une aventure au long cours, en six chapitres, à la croisée des sciences sociales et du théâtre. Pour chaque chapitre, sont rassemblées une autrice, une actrice, une vidéaste, une metteuse en scène et une chercheuse pour témoigner théâtralement comment des femmes inventent en France leur propre manière d’être, de vivre, de (se) manifester, de parler, en dehors de tous les stéréotypes qu’on leur inflige d’ordinaire. » (sic)

Marine Bachelot N’Guyen et Hélène Soulié sont donc allées à Rennes à la rencontre des féministes musulmanes qui militent au sein de l’association Al Houda, et ont recueilli leurs témoignages. Hélène Soulié nous avait infligé l’an passé à Montpellier Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce, un très long happening -musique insupportable, fumigènes à gogo…- d’un redoutable ennui: (voir Le Théâtre du blog). Cette fois, elle présente une sorte de performance avec un texte de revendication musulmane-féministe où l’autrice revendique le droit de porter le voile (ou pas) en toute indépendance personnelle. Pourquoi non… mais à condition de se soumettre et sans aucune mauvais foi, aux lois du pays concerné, en l’occurrence celui des citoyennes et citoyens français…

Sur le grand plateau du Théâtre de l’Aquarium et sous le regard attentif d’un public chaleureux, malgré une absence de chauffage à cause d’une panne, a eu lieu cette unique représentation. Une jeune femme en pantalon noir, voilée de rouge (Lenka Luptakova qui a une belle présence) parle au micro debout. Et elle défend le port du voile dans la société française. Arguments du genre: les chercheuses et scientifiques très expérimentées sont parties pour les États-Unis ou le Canada où elle gagnent très bien leur vie. Sous-entendu: tant pis pour la France et ses crétins de mâles qui les ont laissées bêtement partir pour une histoire de port de voile…Tous aux abris! Et ce texte fondé sur un ramassis de lieux communs n’est pas du bois dont on fait les flûtes. « Éclairage scientifique », « aventure hors-norme, hors cadre qui nous sort des projections des stéréotypes » (sic). Vous avez dit prétentieux?  Cette revendication du port du voile comme argument féministe et de la tolérance n’a rien de très convaincant… Et on aurait préféré, et de loin, un texte où on nous montrerait clairement la position des musulmans et du Coran sur ce malheureux port du voile. Mais là, quasi-silence radio pendant une heure…

Marine Bachelot N’Guyen et Hélène Soulié font presque semblant de croire que cette histoire de port de voile est nouvelle en France. Alors qu’elle a fait, il y a déjà quelques années, l’objet de multiples débats et qu’une loi votée le 11 octobre 2010, ensuite précisée par une circulaire d’application… Depuis le 11 avril 2011, il est en effet interdit de porter, dans les lieux publics, une tenue destinée à dissimuler le visage. quel que soit l’âge, le sexe, la religion, la nationalité. En ce qui concerne le voile « traditionnel », plus limité et qui laisse apparaître le visage, un régime particulier existe. Clair et précis: port autorisé dans les lieux publics ou les universités, mais interdit dans les écoles, collèges et lycées publics. Y compris pour les agents des services publics, en application du principe de laïcité : institutions, juridictions, administrations publiques et organismes chargés d’une mission de service public, collectivités territoriales et établissements publics, mairies, tribunaux, préfectures, hôpitaux, bureaux de poste, caisses d’allocations familiales et d’assurance maladie, Pôle-emploi, musées et bibliothèques. Normal: il s’agit bien de proclamer une identité religieuse au mépris de la laïcité, chèrement acquise, quand l’Eglise catholique au XIX ème et encore au XX ème siècles entendait unilatéralement faire valoir ses lois et le plus souvent en pénalisant les femmes. Les temps ne sont pas si loin- on l’a oublié- où les évèques de France vitupéraient contre la pilule.

Quant aux espaces de travail privé, la liberté d’expression religieuse ne doit pas entraîner de troubles et dans une entreprise, c’est au règlement intérieur de fixer le droit applicable. En 2017, la Cour de cassation a affirmé qu’un employeur pouvait interdire, via une clause de neutralité prévue dans le règlement intérieur ou dans une note de service, le port visible de tout signe politique, philosophique ou religieux sur le lieu de travail, selon des conditions précises.

Alors, aller envoyer ici aux orties le principe de laïcité, là, on dit stop! et ce pseudo-spectacle/leçon de morale s’enfonce souvent dans un bavardage pseudo-scientifique. Avec une direction d’actrice approximative: pourquoi imposer à Lenka Luptakova un ton haché, pourquoi ce recours permanent au micro, ce qui crée une uniformité de voix dont n’avait pas besoin un texte déjà faiblard. Il y a une seconde partie où une jeune chercheuse cette fois assise (Hanane Karimi) reprend en gros les mêmes arguments et au même micro. Le tout dure un peu plus d’une heure et distille un ennui de premier ordre
L’amie et très ancienne militante féministe que nous avions imprudemment emmenée, ne voyait pas du tout l’intérêt de cette heure de catéchisme obligatoire. Ce spectacle ne lui apportait rien et elle n’avait aucune envie de participer à un débat idéologique sur le port du voile. Elle préférait en tout cas, disait-elle, être née dans un pays européen, malgré toutes les lacunes en matière de droit des femmes, que dans un pays appliquant la charia… Clair, net et précis.

Hélène Soulié, au moment des saluts, a annoncé que cette unique représentation serait suivie d’un débat: nous avons fui très vite! On nous annonce cinq autres chapitres de ce Madam, soit cinq autres heures de spectacle! Et eux aussi, si on a bien compris, fondés sur  cette «aventure hors norme» ! Pas de procès d’intention mais, si les autres textes sont du même tonneau, ce sera sans nous…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 10 novembre, Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de manœuvre. T. : 01 43 74 99 61.

 

Une Histoire intime d’Elephant Man, texte et conception de Fantazio

Une Histoire intime d’Elephant Man, texte et conception de Fantazio

 

©Giovanni CITTADINI CESI

©Giovanni CITTADINI CESI

Performeur, contrebassiste, chanteur et comédien français, cet auteur-compositeur de quarante-six ans, il a réalisé des disques, spectacles et performances depuis 1990. En 2016, il  a été invité à la villa Médicis. Fascinant le style musical de cet improvisateur-né est fondé  sur le jazz contemporain, le rock’n’roll et le punk avec chants, cris et textes philosophiques.  Il y a cinq ans, il avait créé ce spectacle au Théâtre de la Cité Universitaire à Paris, et il parlait de l’envahissement du monde dans le corps, du chaos intérieur…

Nous l’avions vu aussi comme contrebassiste surprenant et déchaîné, dans La Nuit unique et Le Parlement du Théâtre de l’Unité. Ici, acteur inventif, il arrive avec un léger retard, s’assied, très sérieux, à sa table, bégaye et s’arrête : «J’en fais une carte à jouer, de la personne, je la replie et la ressors après un an ou deux ! ». Il se lève et fait des allers et retours : «Par des petites phrases, on rend le réel un peu plus plat». Il rugit au micro : « Quelle joie de savoir qu’en grec ancien, obélisque veut dire cure-dent ! (…) C’est vers le sol qu’on trouve le soleil (…) Le Cantal, c’est des vieilles montagnes, ce que j’essaie de faire chaque matin, c’est de recoller les morceaux…» Il parle néerlandais : « Je serre les dents pour ne pas perdre le fil !» Puis traverse le plateau en hurlant, se cogne à une chaise, à un seau et une échelle. « C’est peut-être pour ça que, dans le TGV, on entend les parents qui interrompent le silence. »

Il mime un instituteur de campagne du Moyen-Age à la Renaissance, marche de long en large, décrit un tableau, fait des moulinets avec ses bras. «Je ne suis plus qu’une montagne de tranches d’expériences, impossible pour les étrangers.» Il imite les accents : «En quechua des une Twingo, il ne peut rien vous arriver !» Il hurle dans son micro, s’assied sur les genoux d’un spectateur, prend un ton pontifiant pour évoquer des villes comme Paris, Limoges ou Tokyo, fait un numéro de claquettes assis à sa table en lisant un texte.

On est fasciné par cet étrange et très sérieux monstre de foire que nous n’avions jamais vu que comme extraordinaire improvisateur musical. Fantazio, depuis 2010, a participé à cinq spectacles musicaux,sept de théâtre, trois films, produit plusieurs disques, une émission de radio et écrit cette Histoire intime d’Elephant Man

Edith Rappoport

Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris VIIIème, jusqu’au 2 décembre. T. : 01 44 95 98 00.

L’Ecole des Femmes de Molière, mise en scène de Stéphane Braunschweig

©Simon Gosselin

©Simon Gosselin

L’École des Femmes de Molière, mise en scène de Stéphane Braunschweig

«La peur des femmes, remarque le metteur en scène, transpire de l’œuvre de Molière. Jalousie maladive, possessivité, hantise d’être trompé, désir de domination définitive: les personnages masculins, particulièrement ceux que leur auteur interprétait lui-même (Alceste, Orgon, Arnolphe…) sont des malades habités par cette peur, et qui oscillent entre le ridicule et la terreur qu’ils inspirent. Et précisément L’École des femmes est la comédie de Molière qui parle le plus du désir et du besoin de le garder sous contrôle. »
On connaît cette pièce fabuleuse où le protagoniste croit avoir trouvé la solution-miracle pour épouser et s’attacher à jamais la très jeune Agnès. Arnolphe a voulu l’élever hors du monde pour qu’elle garde son innocence, et surtout loin de toute tentation sexuelle. Mais, bien entendu, elle sera très vite attirée par le premier beau jeune homme qui passera. Et malgré la leçon de morale intégriste qu’Arnolphe lui donne: «Votre sexe n’est là que pour la dépendance :/Du côté de la barbe est la toute-puissance./Bien qu’on soit deux moitiés de la société,/Ces deux moitiés pourtant n’ont point d’égalité».

« Molière hyperbolise dans la folie totalitaire d’Arnolphe, dit aussi Stéphane Braunschweig, les soubassements ordinaires de la domination masculine et les angoisses qui la constituent. Et comme souvent chez lui, l’effroi se conjugue au rire. L’École des femmes distille un fort malaise et un trouble certain. L’amour d’Arnolphe pour Agnès et ses relents d’inceste évoquent la Lolita de  Nabokov, tandis que le viol rôde comme dans la Viridiana de Buñuel. La situation d’enfermement, à la fois physique et dogmatique, et la cruauté qui en découle et qui va peu à peu se retourner contre Arnolphe ont l’intensité des cauchemars.»
 
Stéphane Braunshweig parle très bien de cette situation où, par aveuglement et désir de garder quelqu’un sous contrôle, et en particulier une très jeune femme, peut conduire aux pires catastrophes: voir la rubrique hélas bien fournie des faits-divers des quotidiens! Différence d’âge trop évidente et donc contradiction absolue: l’homme autoritaire qu’elle voit comme une sorte de père  mais non comme un futur mari, ne possède pas le langage adapté pour la séduire. Cette vérité, Arnolphe ne la comprend pas et a donc tout faux : trop âgé pour être son amant ou son mari, trop jeune pour accepter d’être son père, il ne s’est pas vu vieillir et s’est ainsi placé lui-même dans une voie sans issue! Et Agnès le lui fera vertement comprendre… La belle et jeune fille, déjà amoureuse sans le savoir, est en phase avec elle-même, mais pas lui: en proie, on le devine, à une grande misère sexuelle. Mais il ne veut pas se l’avouer et ne trouvera d’autre solution que de se traîner à ses pieds… Pathétique Arnolphe! Pathétiques amoureux contemporains qui, trois siècles après, vivent la même chose que lui, et commettent les mêmes erreurs, tous milieux confondus: de l’ouvrier, au prof de fac…

 On comprend que le metteur en scène ait été séduit par cette pièce formidable qui a encore des échos, en ces temps de féminisme irréductible et de dénonciation de harcèlements sexuels. Et sur le plateau, cela donne quoi? Quelque chose d’assez approximatif! D’abord une scénographie imposante mais mal adaptée. Imaginez sur la grande scène de l’Odéon, la représentation d’un club de sports absolument vide, fermé au fond par de grands châssis vitrés. Il y a seulement deux vélos d’appartement noirs sans roues sur lesquels pédalent Arnolphe (Claude Duparfait) et Chrysalde (Assane Timbo) tout en discutant. Côté cour et jardin, deux grands et larges bancs en bois avec  des sacs et des vêtements de ville qu’ils remettront avant de partir.

Ensuite, grâce aux châssis vitrés, nous sommes en principe dans la maison d’Arnolphe où on voit Agnès étendue érotiquement sur un grand lit. Belle image…  Oui, mais voilà la direction d’acteurs reste faible. Claude Duparfait, pourtant acteur expérimenté, semble avoir bien du mal avec les alexandrins qui ont rarement les six pieds requis et a une diction souvent médiocre. Glen Marausse  est un Horace peu crédible et n’arrive pas à rire correctement; seule consolation, Suzanne Aubert (Agnès) qu’on avait déjà beaucoup aimé dans Le Canard sauvage monté il y a quelques années par Stéphane Braunschweig puis dans Alice d’après Lewis Carroll monté par Emmanuel Demarcy-Motta, réussit à faire d’Agnès, une jeune fille d’aujourd’hui à la fois espiègle et légèrement perverse.

Pour le reste, que dire de cette mise en scène qui ne donne même pas à entendre correctement un texte souvent étonnant…. Enfin, il y a quelques moments à la fin entre Arnolphe et Agnès que l’on peut sauver mais encore une fois quelle déception! Et Stéphane Braunschweig se croit obligé de faire contemporain avec de grandes images vidéo d’Agnès surplombant le plateau, et il aurait pu nous épargner ces descentes d’Arnolphe, Alain et Georgette dans la salle!  Tout se passe comme si le metteur en scène, fasciné par la pièce- et il y a de quoi- n’avait pas finalement réussi à trouver un angle d’attaque juste et efficace. Et les pauvres acteurs semblent perdus dans ce grand espace mal conçu qui n’a rien d’un extérieur, ni de l’intimité d’un intérieur. On ne dira jamais assez l’importance de la scénographie dans un spectacle et c’est un domaine, où faire joujou ne pardonne guère. Et cela se voit même dans les costumes actuels d’une rare banalité, sans aucune distance ni poésie qui n’apportent rien. Bref, on ne vous conseille pas le déplacement. Molière mérite mieux.

Philippe du Vignal

Odéon-Théâtre de l’Europe, Place de l’Odéon, Paris VI ème. T. : 01 44 85 40 40, jusqu’au 29 décembre. Représentations sur-titrées en anglais : les samedis 24 novembre et 29 décembre.

Les 8 et 9 janvier, La Coursive-Scène Nationale de La Rochelle. Du 15 au 19 janvier, Comédie de Clermont-Ferrand/Scène nationale. Les 29 et 30 janvier/Bonlieu-Scène nationale Annecy.

Du 5 au 8 février, Théâtre de Liège.

Du 6 au 9 mars, Comédie de Saint-Étienne-Centre Dramatique National. Du 20 au 22 mars, Les Théâtres, Marseille. Les 28 et 29 mars, Besançon-Centre Dramatique National.

Du 23 au 26 mai, Théâtre Dijon-Bourgogne-Centre Dramatique National.

Adieu Nabil El Azan

Adieu Nabil El Azan

4A2179A5-3338-4C2B-8C28-00615A1967FEIl avait gardé de Beyrouth sa ville natale, un doux accent quand il parlait cette langue française qu’il aura tant servie comme metteur en scène mais aussi comme écrivain et traducteur. Il laisse derrière lui un grand nombre de réalisations appréciées de tous: homme discret, il s’était moins mis en avant que les pièces qu’il a nous fait aimer. Toujours à l’affût d’écritures singulières, il découvrit nombre d’autrices et auteurs de langue française mais aussi arabe, construisant un pont entre les pays de la francophonie et du monde arabophone. Entre Paris où il s’installe en 1978, et le Liban qu’il retrouve à la fin de la guerre.

Nous avions rendu compte de son Ilik va Baalbak (A toi, Baalbeck), vu au festival d’Aix-en-Provence et joué ensuite à l’Institut du monde arabe à Paris en 2017. Un hommage poétique à ce festival qui renaît peu à peu de ses cendres, avec des textes en français et arabe et des musiques des deux rives de la Méditerranée. Dernièrement, Les Pâtissières du Belge Jean-Marie Piemme (festival d’Avignon 2017) a fait suite à Chinoiseries de la Québécoise Evelyne de la Chenelière et à L’Analphabète de la Suisse Agota Kristof (voir Le Théâtre du blog). Passeur de textes, à Jérusalem il montera en 2008 Le Collier d’Hélène de Carole Fréchette avec la troupe du Théâtre National Palestinien, après l’avoir mise en scène à Beyrouth en 2002 où il réalisait depuis quelques années des spectacles comme en arabe libanais comme en français. Avec entre autres: Le Renard du Nord de Noëlle Renaude, des pièces de Daniel Danis, Abla Farhoud, Enzo Cormann, Claudine Galea, Christian Rullier ou encore Jean Louvet (L’Aménagement et Jacob Seul) et Bernard-Marie Koltès.

Grâce à ses traductions, nous avons exploré le répertoire contemporain  islandais avec Anges et Les Proscrits de Johan Sigurjonsson (Editions Théâtrales), Déjantés d’Olafur Haukur Simonarson ou encore Tatto de Sigurdur Palsson (traduis avec Raka Asgeirdottir). Il a aussi eu à cœur de partager avec nous des textes du Palestinien Riad Masarwi Les Impuissants (Editions Théâtrales) ou du Syrien Amre Sawah Secret de famille, (Editions Lansman). Il a aussi écrit, publiées aux Editions de la Revue phénicienne, des pièces comme May Arida, Les Rêves de Baalbeck, et Vingt-six lettres et des poussières, un recueil de poèmes délicats et lumineux, où l’on reconnaît toute la sensibilité de cet infatigable découvreur. Nabil nous a quitté trop tôt. Un grand merci à lui de nous avoir fait autant, et aussi bien, voyager…

Mireille Davidovici

Une cérémonie d’adieu aura lieu lundi 19 novembre, à 9 h 30 à la chambre funéraire de l’hôpital d’Avignon, 200 avenue Guy de Chauliac, à Avignon (Vaucluse). T. : 04 90 27 92 44.
Et un hommage sera rendu à Nabil El Azan à Paris; nous vous en indiquerons très vite les lieux, date et heure.

Dans la luge d’Arthur Schopenhauer de Yasmina Reza, mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia

 

Dans la luge d’Arthur Schopenhauer de Yasmina Reza, mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia

©Pascal Victor/ArtComPress

©Pascal Victor/ArtComPress

  «Quatre brefs passages en revue de l’existence par des voix différentes et paradoxales, dit l’auteure, ou encore une variation sur la solitude humaine et les stratégies. Des leurres? » La philosophie hiérarchise mais cette pièce serait plutôt une réflexion subjective sur la vérité de la vie, et un compte-rendu des pluralités des «instances intérieures», contradictions et mauvaise foi : un objet théâtral rêvé pour  un metteur en scène.

 «On peut considérer la vie comme un épisode qui trouble inutilement la béatitude et le repos du néant», écrit Schopenhauer. Vivre est souffrance et l’existence mène aux tourments, le désir  à la déception, et le plaisir à la lassitude. Aussi le grand âge est-il un délitement irréversible, entre maladie et chagrin. Mais, pour Spinoza, la sagesse est médiation non de la mort, mais de la vie. Frédéric Bélier-Garcia qui avait mis en espace Dans la Luge de Schopenhauer un an après l’écriture du texte (2006), crée ce spectacle avec les mêmes comédiens: Yasmina Reza, Christèle Tual, André Marcon,  sauf Maurice Bénichou, remplacé ici par Jérôme Deschamps qui, en ami du couple, fait  un numéro comique et imite les grands discoureurs de la République. Avec des intonations et un rythme à la Charles de Gaulle: les rires fusent.

On évoque ici les négociations entre les entreprises Renault et Nissen, la vie quotidienne en couple et ses vanités. Un bavardage signant la foi en la vie, malgré tout, et  ironisant sur la complaisance contemporaine au malheur, même si, avoue l’optimiste: «Les Afghans en un an ne peuvent pas devenir des électeurs suisses. »  Il y a ici Ariel Chipman, son épouse Nadine, leur ami Serge-Othon Weil et une psychiatre. Le public apprécie la proximité des personnages grâce à une scénographie tri-frontale, avec fauteuils de salon un peu fatigués mais cossus, amuse-gueule pour calmer les nervosités, et bosquets d’arbustes feuillus.

La frivolité sauve ces personnages qui n’en semblent pas moins véhiculer l’art des apparences. Et si l’épouse (admirable Yasmina Reza), explique avec désinvolture qu’elle ne supporte plus la façon dont son mari épluche les oranges avec ses doigts, elle en dessine un portrait plus éloquent : «Le maître de mon mari a étranglé sa femme, lui, se contente de laisser sa main choir au bout de l’accoudoir, de façon lamentable et flétrie. Mon mari n’a pas de radicalité. C’est un disciple. La génération de mon mari a été écrasée par les maîtres.» Atermoiements, plaintes, alors qu ces gens ne sont pas si malheureux, et marques de convenance et pudeurs d’un bonheur inavoué : autant de leitmotivs qui traversent la pièce.

 L’époux atrabilaire en robe de chambre (André Marcon) pourrait jouer le rôle-titre du Misanthrope, et est amusant de justesse. La psychiatre (évanescente et troublante Christèle Tual) ne supporte plus l’insupportable décrépitude des êtres qui s’évertuent à vivre. A l’écoute des autres,  partagée entre agacement et culpabilité, observant le monde avec précision et dureté, elle n’en cache pas moins une extrême sensibilité. L’ami s’étend, lui, et contre toute attente, sur la sexualité des cochons, et non sur la vanité de l’amour «qui d’abord embrase l’être humain d’un transport qui semble l’élever au-dessus de lui-même.», comme l’écrit Harald Höffding, dans son Histoire de la Philosophie moderne.

Les personnages accaparés à plein temps par le métier de vivre, grâce au jeu subtil et distancié des acteurs à l’élégance féminine «naturelle», et à la balourdise masculine «jouée», jouent pleinement l’aventure existentielle avec petits dérangements quotidiens auxquels nul n’échappe. La langue acidulée de Yasmina Reza est d’une grande vivacité, tournoyant sur elle-même, suggestive et fuyante aussi mais d’une clarté lumineuse. Un joli moment de théâtre dont le public ravi s’empare sans lâcher prise.

Véronique Hotte

La Scala de Paris, 2 boulevard de Strasbourg,  Paris Xème. T. : 01 40 03 44 30.

Une Actrice de Philippe Minyana, mise en scène de Thierry Harcourt

 

Une Actrice de Philippe Minyana, mise en scène de Thierry Harcourt

SLIDE-PAGE1-repriseRepris par Thierry Harcourt, le spectacle avait été créé au printemps dernier dans une mise en scène de Pierre Notte. Ce monologue offre au lecteur et/ou spectateur, une langue théâtrale organique, souvent ancrée dans l’intime, la vie ordinaire et sociale à la campagne. «Je ne suis pas un écrivain de la ville» dit Philippe Myniana. Les personnages s’expriment avec des mots simples, parfois à la cantonade. De l’agencement des phrases, naît cette «rythmisation furieuse» comme il  le précise! Le tragique de l’existence non sans humour, occupe une large place dans son univers poétique. Comme entre autres, en ces moments de commémoration de « la Der des Ders », dans sa pièce Les Guerriers (1987) .

Il consacre Une Actrice, théâtre-récit, à une grande actrice, Judith Magre: «Cet hommage à Judith. Un jeu sur mesure. J’adore réinventer le réel ! »   Pour Philippe Minyana, il  s’agit de créer « un portrait en morceaux»  et d’évoquer sa vie, avec une pièce pleine de surprises qui nous fait entrer dans un monde aujourd’hui disparu. Toute une société et un univers artistique  que le public retrouve, celle du début du XXème siècle, grande époque de théâtre, pleine d’exigence, de folie et d’humanité, parfois féroce. Mais c’est aussi, après  la première  guerre mondiale, un Paris bohème et festif. Ville cosmopolite, des poètes, des intellectuels,  mais aussi des banquiers !

Dans cette mise en scène sobre et pleine d’esprit, se passe une chose subtile: le public ressent   un phénomène rare: le texte, la mise en scène et son interprète semblent n’être plus qu’un seul et même objet dramatique… Et cela permet ainsi à la transfiguration poétique d’advenir, et à l’acte théâtral de prendre son envol. La complicité professionnelle comme l’amitié de Philippe Minyana et Judith Magre expliquent sans doute cette prouesse esthétique. «J’ai trouvé la langue de Judith, en écrivant Inventaires en 1987. « J’étais Judith Magre. Je la connais tellement que je peux parler à sa place».
Seule en scène, Judith Magre est d’abord : Anne-Laure, femme et veuve d’André, dit Dédé, dont elle est tombée amoureuse le jour du dos». Elle a eu tort. «Ce jour-là, donc le «jour du dos », le dos d’André, j’ouvre mes volets et qu’est-ce que je vois ? Un dos !» Surprise et désir fatals.  » Il enfile son tricot de peau et plus de dos genre : « Tu l’as vu mon dos (…) Eh! Bien, si tu veux le revoir, il faudra y mettre le prix. Il l’a voulue, ma chute, je vous le dis ! Il l’a voulue. » Chute tragique !
Puis, dans un second tableau, le public assiste à un dialogue enlevé entre Judith Magre, actrice, et Thierry Harcourt écrivain-journaliste, fou d’admiration pour cette artiste. Écrire un livre sur elle,  son rêve ! Mais elle refuse. Et ici, chacun joue son propre rôle.

Les spectateurs ravis  deviennent complices de cette rencontre digne de ce monstre sacré du théâtre et du cinéma, une femme libre et exceptionnelle, née bien avant mai 68: elle avait déjà quarante-deux ans… Le jeu taquin et tendre, parfois piquant entre eux, la grâce et le génie de Judith Magre font rayonner cette parole à la fois intime et poétique. Une Actrice, c’est à la fois un témoignage et une épopée extraordinaire, celle de Simone Dupuis, née le 20 novembre 1926 à Montier-en-Der (Haute-Marne), et d’une comédienne qui, très vite, ne feront plus qu’une!

Elisabeth Naud

Théâtre de Poche, 75 boulevard du Montparnasse, Paris VI ème. T. : 01 45 44 50 21, jusqu’au 17 décembre.

Soeurs (Marina et Audrey), texte et mise en scène de Pascal Rambert

 

©Pauline Roussille

©Pauline Roussille
Audrey à gauche Marina à droite

Sœurs (Marina et Audrey), texte et mise en scène de Pascal Rambert

 Sous un éclairage chirurgical, les actrices entrent en scène, comme sur un ring et se plantent de part et d’autre du plateau désert, coupant court au brouhaha de la salle. Alors, sans préambule, s’engage entre elles un duel verbal sans merci, écrit au scalpel. Dans un coin des chaises multicolores empilées. Pascal Rambert, pour cette création, a confectionné du sur-mesure pour des actrices exceptionnelles : Marina Hands et Audrey Bonnet. « La première fois que je les vois répéter la scène des deux sœurs dans Actrice (…) je suis comme appelé d’écrire pour elles.(…) Je vois ce que va être Soeurs. Un conflit immense entre des personnes que tout sépare et que tout réunit. » La petite  brune teigneuse ( « pleine de fiel » dira sa sœur) et la grande blonde à la charpente de nageuse. La journaliste à la mode et la militante tiers-mondiste, corps tendus comme des arcs, se lancent des flèches venimeuses.

Avec des mots-couteaux orchestrés par l’auteur et metteur en scène, avec un même talent pour la langue et la réalisation. « Ce qui est important, dit-il, c’est la liberté d’interprétation. (…) Toute la puissance de l’objet repose sur la puissance de l’échange d’oralité  et sur le rapport organique questions/réponse dans l’espace.» Il leur accordera quelques répits de vieille complicité «sororale», pour les replonger de plus belle dans leur guerre intime… Mais pourquoi cette irruption d’Audrey, la cadette, sur le lieu de travail de Marina  qui, fébrile, s’apprête à donner une conférence et pour ce faire, installe les chaises? Audrey menace de dévoiler ici la nature vicieuse de son ainée, parangon de vertu humanitaire. Un drame familial a eu lieu et l’intruse reproche à sa sœur de ne pas l’avoir prévenue : «Tu m’as volé Maman. »

Après avoir déballé leurs griefs personnels, leurs petites jalousies, fruits d’une constante rivalité depuis l’enfance, elles deviolent leurs dissensions quant à la conduite à tenir devant un monde effondré «après quatre-vingt-dix ans de géopolitique absurde». Pour l’une comme pour l’autre, un défi difficile à relever : leur père, archéologue renommé, et leur mère, écrivaine engagée, ont placé la barre très haut. Devant ses chaises vides, comme une mise en abyme du théâtre, Marina expose la misère du monde, aussitôt dénigrée par Audrey. Mais les spectateurs auront entendu son appel : «Levez-vous de vos putains de sièges, vous dormez/ouvrez les yeux sortez dans la rue. » (…) « Dehors c’est horrible alors bougez vous le cul bordel/ voilà ce que je vais leur dire pendant ma petite conférence, avec mon petit power-point comme tu dis (…) et maintenant  barre-toi barre-toi. »

 Une heure quarante-cinq durant, nous assistons à une mise en théâtre de la parole, mieux, de la langue, dans une oralité furieuse qui joue sur la différence de stature et de tessiture des interprètes. Et la langue constitue bien le moteur de la pièce : «J’ai l’impression, dit l’auteur, de vivre à l’intérieur d’un monde qui est mon monde, un monde de mots. Je me suis constitué un monde et je vis à l’intérieur d’une bulle de mots».

Mais loin de rester dans sa bulle, Pascal Rambert ouvre une brèche sur notre société malade ,nous alerte à sa manière et met cette langue au service du monde. Et il ne saurait mieux l’exprimer ici que par les paroles testamentaires de la mère mourante, rapportées par Audrey, au terme de la pièce,  avec un monologue (à deux voix) déchirant : «C’était ça le monde ?/ C’était pour cela que je me suis battue toute ma vie ?/ Je me suis battue toute ma vie pour des principes élevés / Tous les livres que j’ai écrits, tentaient de ne pas laisser tomber le monde/ Je vous ai élevées toi et ta sœur dans l’amour de la langue car si on laisse tomber la langue,  tout tombe/ L’une écrit des articles débiles pour un journal physique moribond/L’autre débloque plus que moi et se verrait bien à la tête d’une nouvelle croisade du bien ; nous n’y arriverons pas (…) »

La langue, Pascal Rambert ne la laisse pas tomber. Et avec lui, elle nous tombe dessus. Le public d’Annecy, subjugué et profondément ému par la dernière séquence, a accueilli cette création par une ovation enthousiaste. Un succès dû à la synergie entre le texte, la mise en scène et les comédiennes. «Pour moi, dit  Pascal Rambert, l’énergie fonctionne avec les deux énergies de Marina et Audrey». Il va parallèlement monter la pièce en Espagne. «A la fois, j’écris pour Marina et Audrey, et aussi pour Barbara Lennie et Irène Escobar. Et donc, ça fait une quadruple énergie. » Il faut se précipiter au Théâtre des Bouffes du Nord.

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 8 novembre à Bonlieu-Scène nationale d’Annecy.
Du 23 novembre  au 9 décembre, Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, Paris XVIII ème. T. : 01 46 07 34 50. Et le 22 janvier, Panta-Théâtre à Caen.

La pièce est publiée aux Solitaires Intempestifs.

La Vie devant soi d’après le roman de Romain Gary, mise en scène de Simon Delattre

Crédit photo : Matthieu Edet

Crédit photo : Matthieu Edet

 

La Vie devant soi d’après le roman de Romain Gary (Emile Ajar), adaptation de Yann Richard, mise en scène de Simon Delattre

Prix Goncourt 1975, le livre raconte l’amour d’un petit garçon arabe pour Madame Rosa, une vieille dame juive. Momo se débat contre les six étages que cette mère de substitution ne veut plus monter mais aussi contre la vie car «ça ne pardonne pas» et aussi «parce qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur». Il aidera Madame Rosa à se cacher dans son «trou juif » et n’ira donc pas mourir à l’hôpital. Elle pourra ainsi bénéficier du droit sacré «des peuples à disposer d’eux-mêmes» qui n’est d’ailleurs pas toujours respecté par l’Ordre des médecins. Le garçon lui tiendra compagnie jusqu’à ce qu’elle meure, et même au-delà de la mort, lui promet-il.

Avec Simon Delattre, comédien, marionnettiste et metteur en scène, le public retrouve Momo à la fois narrateur et personnage  interprété par Tigran Mekhitarian. Cela se passe à Belleville, chez Madame Rosa. Le héros fraie avec les marionnettes et Maia Le Fourn est comédienne en pied ou agrandie démesurément pour incarner Madame Rosa  qui n’a qu’une toute petite tête, à la façon d’une tortue renversée qu’on aurait remise debout.

Un marionnettiste Nicolas Goussef, en imperméable et dont le bras est manipulé pour représenter le vieil ami arabe de Momo, lecteur de Victor Hugo et du Coran, est installé dans un café bruyant, sa veste sur une chaise. Et le marionnettiste caché interprète aussi le médecin de Madame Rosa au long cou étrange de dinosaure et à la tête minuscule qui tourne sur elle-même. Il y a aussi une interprète de blues, folk et rock: Nabila Mekkid du groupe Nina Blue qui compose et chante en français, anglais et arabe.  Elle évoque cette Madame Rosa, jeune prostituée, qui s’occupe à présent des enfants de filles «parties se défendre en province ».

Tiphaine Monroty a imaginé l’appartement de Madame Rosa comme un cube surélevé, avec le personnage énorme à l’intérieur, et un escalier déployé en colimaçon développant les six étages à vaincre. Le grand vent de solidarité, petite utopie perdue ou devenue plus invisible avec la « gentrification » des quartiers populaires de Paris  à laquelle fait allusion Simon Delattre, quand il évoque La Vie devant soi.

Un spectacle  enjoué,  malgré des traits parfois caricaturaux. Madame Rosa est ici un personnage un peu trop naïf dans cette enveloppe de baudruche volumineuse et  la marionnette finale monstrueuse est plus suggestive. La parole de Momo, adaptée d’une façon qui se voudrait contemporaine,fait d’une parole expressive d’adolescent la langue banalement excessive des banlieues – rythme et intonations -, un choix devenu discriminant, malgré de bonnes intentions. Mais le spectacle semble plaire au public, et Momo et Madame Rosa forment un couple attachant.

Véronique Hotte

Théâtre Jean Arp, 22 rue Paul-Vaillant Couturier, Clamart (Hauts-de Seine) jusqu’au 10 novembre. T. : 01 71 10 74 31.
Cherbourg, Le Trident- Scène nationale, les 6 et 7 décembre.
Théâtre de Sartrouville et des Yvelines, Centre Dramatique National du 16 au 18 janvier. Marseille, Théâtre Massalia, du 24 au 26 janvier. Théâtre de Grasse, le 29 janvier.

Cavaillon, La Garance-Scène nationale, le 1er févier.
Strasbourg, T. J.P.- Centre Dramatique National d’Alsace, du 6 au 8 mars. Auray, Meliscène, Espace Athéna, le 21 mars.
Théâtre de Laval- Scène conventionnée, le  30 avril.

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