Une Actrice de Philippe Minyana, mise en scène de Thierry Harcourt

 

Une Actrice de Philippe Minyana, mise en scène de Thierry Harcourt

SLIDE-PAGE1-repriseRepris par Thierry Harcourt, le spectacle avait été créé au printemps dernier dans une mise en scène de Pierre Notte. Ce monologue offre au lecteur et/ou spectateur, une langue théâtrale organique, souvent ancrée dans l’intime, la vie ordinaire et sociale à la campagne. «Je ne suis pas un écrivain de la ville» dit Philippe Myniana. Les personnages s’expriment avec des mots simples, parfois à la cantonade. De l’agencement des phrases, naît cette «rythmisation furieuse» comme il  le précise! Le tragique de l’existence non sans humour, occupe une large place dans son univers poétique. Comme entre autres, en ces moments de commémoration de « la Der des Ders », dans sa pièce Les Guerriers (1987) .

Il consacre Une Actrice, théâtre-récit, à une grande actrice, Judith Magre: «Cet hommage à Judith. Un jeu sur mesure. J’adore réinventer le réel ! »   Pour Philippe Minyana, il  s’agit de créer « un portrait en morceaux»  et d’évoquer sa vie, avec une pièce pleine de surprises qui nous fait entrer dans un monde aujourd’hui disparu. Toute une société et un univers artistique  que le public retrouve, celle du début du XXème siècle, grande époque de théâtre, pleine d’exigence, de folie et d’humanité, parfois féroce. Mais c’est aussi, après  la première  guerre mondiale, un Paris bohème et festif. Ville cosmopolite, des poètes, des intellectuels,  mais aussi des banquiers !

Dans cette mise en scène sobre et pleine d’esprit, se passe une chose subtile: le public ressent   un phénomène rare: le texte, la mise en scène et son interprète semblent n’être plus qu’un seul et même objet dramatique… Et cela permet ainsi à la transfiguration poétique d’advenir, et à l’acte théâtral de prendre son envol. La complicité professionnelle comme l’amitié de Philippe Minyana et Judith Magre expliquent sans doute cette prouesse esthétique. «J’ai trouvé la langue de Judith, en écrivant Inventaires en 1987. « J’étais Judith Magre. Je la connais tellement que je peux parler à sa place».
Seule en scène, Judith Magre est d’abord : Anne-Laure, femme et veuve d’André, dit Dédé, dont elle est tombée amoureuse le jour du dos». Elle a eu tort. «Ce jour-là, donc le «jour du dos », le dos d’André, j’ouvre mes volets et qu’est-ce que je vois ? Un dos !» Surprise et désir fatals.  » Il enfile son tricot de peau et plus de dos genre : « Tu l’as vu mon dos (…) Eh! Bien, si tu veux le revoir, il faudra y mettre le prix. Il l’a voulue, ma chute, je vous le dis ! Il l’a voulue. » Chute tragique !
Puis, dans un second tableau, le public assiste à un dialogue enlevé entre Judith Magre, actrice, et Thierry Harcourt écrivain-journaliste, fou d’admiration pour cette artiste. Écrire un livre sur elle,  son rêve ! Mais elle refuse. Et ici, chacun joue son propre rôle.

Les spectateurs ravis  deviennent complices de cette rencontre digne de ce monstre sacré du théâtre et du cinéma, une femme libre et exceptionnelle, née bien avant mai 68: elle avait déjà quarante-deux ans… Le jeu taquin et tendre, parfois piquant entre eux, la grâce et le génie de Judith Magre font rayonner cette parole à la fois intime et poétique. Une Actrice, c’est à la fois un témoignage et une épopée extraordinaire, celle de Simone Dupuis, née le 20 novembre 1926 à Montier-en-Der (Haute-Marne), et d’une comédienne qui, très vite, ne feront plus qu’une!

Elisabeth Naud

Théâtre de Poche, 75 boulevard du Montparnasse, Paris VI ème. T. : 01 45 44 50 21, jusqu’au 17 décembre.

 


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