L’Ecole des Femmes de Molière, mise en scène de Stéphane Braunschweig

©Simon Gosselin

©Simon Gosselin

L’École des Femmes de Molière, mise en scène de Stéphane Braunschweig

«La peur des femmes, remarque le metteur en scène, transpire de l’œuvre de Molière. Jalousie maladive, possessivité, hantise d’être trompé, désir de domination définitive: les personnages masculins, particulièrement ceux que leur auteur interprétait lui-même (Alceste, Orgon, Arnolphe…) sont des malades habités par cette peur, et qui oscillent entre le ridicule et la terreur qu’ils inspirent. Et précisément L’École des femmes est la comédie de Molière qui parle le plus du désir et du besoin de le garder sous contrôle. »
On connaît cette pièce fabuleuse où le protagoniste croit avoir trouvé la solution-miracle pour épouser et s’attacher à jamais la très jeune Agnès. Arnolphe a voulu l’élever hors du monde pour qu’elle garde son innocence, et surtout loin de toute tentation sexuelle. Mais, bien entendu, elle sera très vite attirée par le premier beau jeune homme qui passera. Et malgré la leçon de morale intégriste qu’Arnolphe lui donne: «Votre sexe n’est là que pour la dépendance :/Du côté de la barbe est la toute-puissance./Bien qu’on soit deux moitiés de la société,/Ces deux moitiés pourtant n’ont point d’égalité».

« Molière hyperbolise dans la folie totalitaire d’Arnolphe, dit aussi Stéphane Braunschweig, les soubassements ordinaires de la domination masculine et les angoisses qui la constituent. Et comme souvent chez lui, l’effroi se conjugue au rire. L’École des femmes distille un fort malaise et un trouble certain. L’amour d’Arnolphe pour Agnès et ses relents d’inceste évoquent la Lolita de  Nabokov, tandis que le viol rôde comme dans la Viridiana de Buñuel. La situation d’enfermement, à la fois physique et dogmatique, et la cruauté qui en découle et qui va peu à peu se retourner contre Arnolphe ont l’intensité des cauchemars.»
 
Stéphane Braunshweig parle très bien de cette situation où, par aveuglement et désir de garder quelqu’un sous contrôle, et en particulier une très jeune femme, peut conduire aux pires catastrophes: voir la rubrique hélas bien fournie des faits-divers des quotidiens! Différence d’âge trop évidente et donc contradiction absolue: l’homme autoritaire qu’elle voit comme une sorte de père  mais non comme un futur mari, ne possède pas le langage adapté pour la séduire. Cette vérité, Arnolphe ne la comprend pas et a donc tout faux : trop âgé pour être son amant ou son mari, trop jeune pour accepter d’être son père, il ne s’est pas vu vieillir et s’est ainsi placé lui-même dans une voie sans issue! Et Agnès le lui fera vertement comprendre… La belle et jeune fille, déjà amoureuse sans le savoir, est en phase avec elle-même, mais pas lui: en proie, on le devine, à une grande misère sexuelle. Mais il ne veut pas se l’avouer et ne trouvera d’autre solution que de se traîner à ses pieds… Pathétique Arnolphe! Pathétiques amoureux contemporains qui, trois siècles après, vivent la même chose que lui, et commettent les mêmes erreurs, tous milieux confondus: de l’ouvrier, au prof de fac…

 On comprend que le metteur en scène ait été séduit par cette pièce formidable qui a encore des échos, en ces temps de féminisme irréductible et de dénonciation de harcèlements sexuels. Et sur le plateau, cela donne quoi? Quelque chose d’assez approximatif! D’abord une scénographie imposante mais mal adaptée. Imaginez sur la grande scène de l’Odéon, la représentation d’un club de sports absolument vide, fermé au fond par de grands châssis vitrés. Il y a seulement deux vélos d’appartement noirs sans roues sur lesquels pédalent Arnolphe (Claude Duparfait) et Chrysalde (Assane Timbo) tout en discutant. Côté cour et jardin, deux grands et larges bancs en bois avec  des sacs et des vêtements de ville qu’ils remettront avant de partir.

Ensuite, grâce aux châssis vitrés, nous sommes en principe dans la maison d’Arnolphe où on voit Agnès étendue érotiquement sur un grand lit. Belle image…  Oui, mais voilà la direction d’acteurs reste faible. Claude Duparfait, pourtant acteur expérimenté, semble avoir bien du mal avec les alexandrins qui ont rarement les six pieds requis et a une diction souvent médiocre. Glen Marausse  est un Horace peu crédible et n’arrive pas à rire correctement; seule consolation, Suzanne Aubert (Agnès) qu’on avait déjà beaucoup aimé dans Le Canard sauvage monté il y a quelques années par Stéphane Braunschweig puis dans Alice d’après Lewis Carroll monté par Emmanuel Demarcy-Motta, réussit à faire d’Agnès, une jeune fille d’aujourd’hui à la fois espiègle et légèrement perverse.

Pour le reste, que dire de cette mise en scène qui ne donne même pas à entendre correctement un texte souvent étonnant…. Enfin, il y a quelques moments à la fin entre Arnolphe et Agnès que l’on peut sauver mais encore une fois quelle déception! Et Stéphane Braunschweig se croit obligé de faire contemporain avec de grandes images vidéo d’Agnès surplombant le plateau, et il aurait pu nous épargner ces descentes d’Arnolphe, Alain et Georgette dans la salle!  Tout se passe comme si le metteur en scène, fasciné par la pièce- et il y a de quoi- n’avait pas finalement réussi à trouver un angle d’attaque juste et efficace. Et les pauvres acteurs semblent perdus dans ce grand espace mal conçu qui n’a rien d’un extérieur, ni de l’intimité d’un intérieur. On ne dira jamais assez l’importance de la scénographie dans un spectacle et c’est un domaine, où faire joujou ne pardonne guère. Et cela se voit même dans les costumes actuels d’une rare banalité, sans aucune distance ni poésie qui n’apportent rien. Bref, on ne vous conseille pas le déplacement. Molière mérite mieux.

Philippe du Vignal

Odéon-Théâtre de l’Europe, Place de l’Odéon, Paris VI ème. T. : 01 44 85 40 40, jusqu’au 29 décembre. Représentations sur-titrées en anglais : les samedis 24 novembre et 29 décembre.

Les 8 et 9 janvier, La Coursive-Scène Nationale de La Rochelle. Du 15 au 19 janvier, Comédie de Clermont-Ferrand/Scène nationale. Les 29 et 30 janvier/Bonlieu-Scène nationale Annecy.

Du 5 au 8 février, Théâtre de Liège.

Du 6 au 9 mars, Comédie de Saint-Étienne-Centre Dramatique National. Du 20 au 22 mars, Les Théâtres, Marseille. Les 28 et 29 mars, Besançon-Centre Dramatique National.

Du 23 au 26 mai, Théâtre Dijon-Bourgogne-Centre Dramatique National.

 


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