MADAM #1, de Marine Bachelot N’Guyen, conception et mise en scène d’Hélène Soulié

dde06de624c269049019968888516c50MADAM #1 Est-ce que tu crois que je doive m’excuser quand il y a des attentats de Marine Bachelot N’Guyen, conception et mise en scène d’Hélène Soulié

Cela s’appelle MADAM (Manuel d’Auto Défense À Méditer)  et c’est « une aventure au long cours, en six chapitres, à la croisée des sciences sociales et du théâtre. ! (sic)Pour chaque chapitre, sont rassemblées une autrice, une actrice, une vidéaste, une metteuse en scène et une chercheuse pour témoigner théâtralement comment des femmes inventent en France leur propre manière d’être, de vivre, de (se) manifester, de parler, en dehors de tous les stéréotypes qu’on leur inflige d’ordinaire. » (resic)

Marine Bachelot N’Guyen et Hélène Soulié sont donc allées à Rennes à la rencontre des féministes musulmanes qui militent au sein de l’association Al Houda, et ont recueilli leurs témoignages. Hélène Soulié nous avait infligé l’an passé à Montpellier Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce, un très long happening -musique insupportable, fumigènes à gogo…- d’un redoutable ennui: (voir Le Théâtre du blog). Cette fois, elle présente une sorte de performance avec un texte de revendication musulmano-féministe où l’autrice revendique le droit de porter le voile (ou pas) en toute indépendance personnelle. Pourquoi non… mais à condition de se soumettre et sans aucune mauvais foi, aux lois du pays concerné, en l’occurrence celui des citoyennes et citoyens français…Oui, il y a aussi des citoyens français tolérants!

Sur le grand plateau du Théâtre de l’Aquarium et sous le regard attentif d’un public chaleureux, malgré une absence de chauffage à cause d’une panne, a eu lieu cette unique représentation. Une jeune femme en pantalon noir, voilée de rouge (Lenka Luptakova à la belle présence) parle au micro debout et défend le port du voile dans la société française. Arguments?  Du genre: les chercheuses et scientifiques très expérimentées sont parties pour les États-Unis ou le Canada où elle gagnent très bien leur vie. Sous-entendu: tant pis pour la France et ses crétins de mâles qui les ont laissées bêtement partir pour une histoire de port de voile…Tous aux abris! Et ce texte fondé sur un ramassis de lieux communs n’est pas du bois dont on fait les flûtes. « Éclairage scientifique », « aventure hors-norme, hors cadre qui nous sort des projections des stéréotypes » (sic). Vous avez dit prétentieux?  Cette revendication du port du voile comme argument féministe et de la tolérance n’a rien de très convaincant… Et on aurait préféré, et de loin, un texte solide où on nous montrerait clairement la position des musulmans et du Coran sur ce malheureux port du voile. Mais là, silence radio pendant une heure…

Marine Bachelot N’Guyen et Hélène Soulié font presque semblant de croire que cette histoire de port de voile est nouvelle en France. Alors qu’elle a fait, il y a déjà quelques années, l’objet de multiples débats et qu’une loi a été votée le 11 octobre 2010, ensuite précisée par une circulaire d’application… Depuis le 11 avril 2011, il est en effet interdit de porter dans les lieux publics, une tenue destinée à dissimuler le visage. quel que soit l’âge, le sexe, la religion, la nationalité. En ce qui concerne le voile « traditionnel », plus limité et qui laisse apparaître le visage, un régime particulier existe. Clair et précis: port autorisé dans les lieux publics ou les universités, mais interdit dans les écoles, collèges et lycées non privés. Y compris pour les agents de services en application du principe de laïcité  dans les institutions, juridictions, administrations et organismes chargés d’une mission de service public, collectivités territoriales et établissements publics, mairies, tribunaux, préfectures, hôpitaux, bureaux de poste, caisses d’allocations familiales et d’assurance maladie, Pôle-emploi, musées et bibliothèques. Normal: il s’agit bien ici de proclamer une identité religieuse au mépris de la laïcité, chèrement acquise, quand l’Eglise catholique au XIX ème et encore au XX ème siècles, entendait unilatéralement faire valoir ses lois et le plus souvent en pénalisant les femmes. Les temps ne sont pas si loin- on l’a oublié- où les évèques de France vitupéraient contre la pilule.

Quant aux espaces de travail privé, la liberté d’expression religieuse ne doit pas y entraîner de troubles et dans une entreprise, c’est au règlement intérieur de fixer le droit applicable. En 2017, la Cour de cassation a affirmé qu’un employeur pouvait interdire, via une clause de neutralité prévue dans le règlement intérieur ou dans une note de service, le port visible de tout signe politique, philosophique ou religieux sur le lieu de travail, selon des conditions précises.

Alors, aller envoyer ici aux orties le principe de laïcité, là, on dit stop! et ce pseudo-spectacle/leçon de morale s’enfonce souvent et péniblement dans un bavardage pseudo-scientifique. Avec une direction d’actrice approximative: pourquoi imposer à Lenka Luptakova un ton haché, pourquoi ce recours permanent au micro, ce qui crée une uniformité de voix dont n’avait pas besoin un texte déjà faiblard. Il y a une seconde partie où une jeune chercheuse cette fois assise (Hanane Karimi) reprend en gros les mêmes arguments, et au même micro. Le tout dure un peu plus d’une heure et distille un ennui de tout premier ordre…
L’amie et très ancienne militante féministe que nous avions imprudemment emmenée, ne voyait pas du tout l’intérêt de cette heure de catéchisme obligatoire. Ce spectacle a-t-elle dit, ne lui apportait rien et elle n’avait aucune envie de participer à un débat idéologique sur le port du voile. Elle préférait en tout cas, disait-elle, être née dans un pays européen, malgré toutes les lacunes en matière de droit des femmes, que dans un pays appliquant la charia… Clair et net

Hélène Soulié, au moment des saluts, a annoncé que cette unique représentation serait suivie d’un débat: nous avons donc fui très vite! On nous annonce cinq autres chapitres de ce Madam, soit cinq autres heures de spectacle! Et eux aussi, si on a bien compris, fondés sur  cette «aventure hors norme» ! Pas de procès d’intention mais, si les autres textes sont du même tonneau, ce sera sans nous…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 10 novembre, Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de manœuvre. T. : 01 43 74 99 61.

 

 


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