Dans le pays d’hiver, d’après Cesare Pavese, mise en scène de Silvia Costa

 

Dans le pays d’hiver, d’après Dialogues avec Leuco de Cesare Pavese, adaptation et mise en scène de Silvia Costa

Andrea Macchia

Andrea Macchia

 L’auteure-metteuse en scène, interprète et artiste invite le public, avec cette sublime création, à une promenade mythologique.L’être, selon Cesare Pavese, ne peut s’accorder qu’un seul pardon : le souvenir, car, à travers la mémoire: l’inhumain et le bestial, on peut sans doute se racheter…. Comme avec le souvenir-renonciation de ces Dialoghi con Leuco, le seul ouvrage de l’écrivain, non ancré dans un réalisme et une vraisemblance contemporains. En s’inspirant des Dialogues de Platon, il conçoit des figures mythologiques qui parlent de leur angoisse obsessionnelle : désir et mort entre introspection, travail de deuil et réparation, l’existence même étant mise à distance.

Six des dialogues de l’écrivain italien qui s’est suicidé en 1950, au faîte de sa gloire, sont ainsi mis en lumière: Le Mystère, La Bête, L’Homme-loup, La Mère, Le Déluge et  Les Dieux. Les Dieux considèrent les hommes qui «font» les choses, tandis qu’eux les «savent». Au début, les premiers étaient seuls, la terre était une forêt, des serpents, des tortues… Et eux, les Dieux étaient la terre, l’air, l’eau. En échange, les hommes agissent et font de leur action du temps, de l’attente et de l’espoir : «Ils ont une façon de se nommer eux-mêmes, de nommer les choses et nous autres, qui enrichit la vie. Comme les vignes qu’ils ont su planter sur ces collines. Je ne croyais pas que, de ces laides pentes pierreuses, ils auraient fait une aussi douce contrée. Ainsi du blé, ainsi des jardins. Partout où ils dépensent fatigues et paroles, naît un rythme, un sens, un repos. »

 Transparence sobre de l’écriture et beauté plastique des images de Silvia Costa qui a aussi conçu la scénographie, créent le mystère. Avec des visions significatives  de l’Antiquité grecque, romaine et orientale.  Et des personnages hiéroglyphiques et des paysages naturels emblématiques, à travers le dessin, la peinture, la sculpture, la danse.La prose du poète Cesare Pavese offre la possibilité de créer le monde depuis la chambre claire de notre conscience existentielle. Invention à vif : le regard des dieux sur la Terre ne peut s’accomplir qu’à travers un théâtre de corps et d’objets  dans une métamorphose des visions. En un bel album enfantin d’images cruelles, coupées au cordeau, et scintillantes comme des diamants, sous la lumière magique de Marco Giusti. Dans un espace clair de sable fin, telle une arène de cirque ou de tournois anachronique, Silvia Costa a créé un espace encadré par des châssis  en cuivre surmontés de flèches dont l’une tombée des hauteurs pourrait être fatale.

Au lointain, une louve et ses deux petits : Rome avec Romulus et Remus. Symbolisant  maternité et naissance, Silvia Costa enfile les pattes et la tête hirsute de l’animal : humanité et bestialité à la fois.La création sonore de Nicola Ratti évoque l’incendie et les branches de bois qui craquent, comme les oiseaux aux ailes qui battent fort, le flux et le reflux de la mer jusqu’à la tempête et  au déluge si redoutés. Les trois figures universelles se présentent, cheveux attachés, en pantalon et bustier de lin blanc cassé aux fines attaches dorsales: costumes de Laura Dondoli, qui interprète aussi cette pièce  avec la danseuse suédoise Prim et l’auteure-metteuse en scène. Un voyage onirique d’une élégance païenne sur les chemins de l’imaginaire, entre poésie et arts plastiques, guerre et paix, vie et mort, dimension divine ou bestiale de l’existence, patience infinie et espoir.

 Véronique Hotte

 MC93, boulevard Lénine, Bobigny, (Seine-Saint-Denis) jusqu’au 24 novembre. T. : 01 41 60 72 72.

 

 

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