La Parole errante à la Maison de l’Arbre à Montreuil

La Parole errante à la Maison de l’Arbre à Montreuil
 Gatti sur l'un des bancs de la maison de l'arbre © Stéphane Gatti

Gatti sur l’un des bancs de la maison de l’arbre © Stéphane Gatti

Trois soirées sont consacrées à La Parole errante, créée par Armand Gatti disparu l’an dernier, après une vie de combattant. Jean-Jacques Hocquard, son compagnon de toujours, accueille Gabriel Garran qu’il a connu il y a bien longtemps  quand il était directeur du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. Hocquard avait fondé une revue avec Lucien Attoun, l’ancien directeur de Théâtre Ouvert, qui fait partie de la vingtaine de personnes présentes dans cette grande salle un peu froide.

Stéphane Gatti raconte «Mon père avait été arrêté. Notre rapport était resté familier, il y avait des femmes, des enfants et des chats, il n’était jamais seul avec son verbe et son corps On se retrouvait très vite. avec lui, en état d’exception.» «Il voulait écrire, dit Gabriel Garran, pour transformer le passé; écrivain internationaliste, il a joué un rôle conséquent dans l’ouverture du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. Gabriel Garran dit un extrait de Chant public devant deux chaises électriques. « J’ai beaucoup aimé ce texte, dit-il,  Gatti était un auteur dissident engagé ! Un 25 juin, il a eu trois parrains: Jean Dasté, Antoine Vitez et moi; son théâtre est celui d’affrontements et de débats. Quand j’ai fondé le Théâtre International de Langue Française, c’était avec La Passion du général Franco qu’il avait créé à Toulouse. »

« Un peu plus tard au T.I.L.F., nous avons accueilli Kateb Yacine. Pendant trois ou quatre ans, je présentais un texte tous les mois, et j’ai produit avec Monique Blin L’Enfant-rat de Gatti. C’était comme le studio de Méliès à la fin du XIX ème siècle, Armand était un personnage fantastique. Sa société de diffusion s’appelle La parole errante. (….) Il faut la considérer comme un flambeau erratique. Je l’ai connu dans un bistrot rue de Charonne, nous avions rendez vous avec Pierre Meyrand qui n’est pas venu et nous avons passé la soirée ensemble. Il était à un moment important de sa vie : il avait reçu le prix Albert Londres et avait interviewé Marlon Brando pour Jours de France en 1959; on le rapprochait de Jean Vilar qui avait créé une autre pièce de lui Le Crapaud-buffle. Gatti m’a présenté des textes, l’actualité l’intéressait, il voulait écrire le théâtre de son temps, et a ainsi écrit L’Enfant-rat.

Pour Stéphane Gatti, « Les trajets de mon père sont de grands trajets d’écriture. Quand en 1966, dit-il, Gabriel Garran monte L’Instruction de Peter Weiss, j’ai seize ans et je vois le spectacle. Je suis surpris par cette écriture théâtrale, et je dis à Gabriel : « Vous avez copié Gatti! » Mais Erwin Piscator avait déjà monté ce texte, en posant les principes d’écriture. Tout le travail de  mon père, c’était de chercher des outils pour reconstruire le monde. Sa théorie du théâtre documentaire lui permettait de construire l’imaginaire de l’après. Les principes d’Erwin Piscator sont restés des invariants de l’écriture d’Armand Gatti, on a l’impression de lire un scénario. »
Lucien Attoun a fondé Théâtre Ouvert sur les principes de l’écriture, et a fait un grand travail de  recherche iconographique.  Il a documenté la parole poétique performative (…). Peter Weiss avait publié L’Esthétique de la résistance, Marat Sade et L‘Instruction. Mais il n’y a ni biographies, ni bibliographie à la Parole Errante, il faut rassembler des moments d’histoire. Gatti était anarchiste dans une banlieue communiste: Montreuil. Pendant un an, il y a eu des ateliers de lecture en Seine-Saint-Denis, et « une fois le livre fermé, tout est donné à faire ».

Gabriel Garran dit qu’il a passé des vacances avec Peter Weiss en Allemagne où quatorze  théâtres en même temps jouaient ses pièces ! Ensuite Valérie Bousquet lit un poème d’Armand Gatti « Nous vivons des centaines de vies à la fois et nous ne nous souvenons que d’une seule ! » et une belle phrase de lui: «Si nous écrivons, c’est toujours dans l’espoir de renaître dans un autre monde. » Suivra une projection de son film, ironiquement intitulé I N R I  (Intellectuel Nocif Révolutionnaire Immigré). Je morigène, je m’horripile.  Puis un autre documentaire sur Jack Ralite, décédé l’an passé (voir Le Théâtre du Blog), maire d’Aubervilliers à l’époque, puis ministre; il  parle de Jean Vilar et d’Armand Gatti : « Il n’y a pas d’ordre du théâtre, il y a d’abord un désordre, je pense la même chose en politique». Skier au fond d’un plat, disait-il,  comme Henri Michaux, Margarethe von Trotta, Camille Claudel. »

Edith Rappoport

Une belle soirée suivie d’une autre, le 15. Dernière de cette série: ce soir, 16 novembre.
La Parole errante, rue François Debergue, à Montreuil (Seine-Saint-Denis) à 20h. (métro Croix-de-Chavaux)

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