Rebibbia d’après L’Université de Rebibbia de Goliarda Sapienza, mise en scène de Louise Vignaud

 

rebibbia

© Rémi Blasquez

 

Rebibbia, d’après L’Université de Rebibbia de Goliarda Sapienza, adaptation d’Alison Cosson et Louise Vignaud, mise en scène de Louise Vignaud

Après une création remarquée du Misanthrope de Molière, au Théâtre national populaire de Lyon et, en mars dernier, Phèdre de Sénèque, au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, que nous avions salué (voir Théâtre du blog), la jeune metteuse en scène se lance dans l’adaptation d’un récit de Goliarda Sapienza (1924-1996).

© Rémi Blasquez

© Rémi Blasqez

 L’écrivaine et comédienne italienne passe quelques jours à Rebibbia, à la suite d’un vol de bijou, en 1980. Moralement épuisée, elle va, dans cette vieille prison romaine, renaître à elle-même en découvrant, au contact de ses codétenues, un nouvel appétit pour la vie. Paradoxalement cette expérience hors du monde parmi des exclues, la réconcilie avec la société humaine : elle découvre la solidarité des femmes les plus modestes, les plus abîmées, et la clairvoyance radicale parfois cyniques des ”politiques”.

 Sous des lumières crues, la scénographie, fonctionnelle, ménage des circulations d’un espace à l’autre, de la salle d’eau aux couloirs communs, jusqu’aux cellules où plusieurs prisonnières partagent leur intimité. Ces camerotti, étagées en fond de scène, où elles s’entassent à plusieurs, sont leurs territoires privés, masqués par des rideaux blancs qui serviront à l’occasion d’écran de projection. Des tubulures et les escaliers métalliques constituent un environnement sonore qui nous parvient amplifié.

La pièce conserve la langue sensuelle et imagée de l’écrivaine. Organisée en dix-sept tableaux, elle dévoile un univers de moins en moins hostile au gré des rencontres de Goliarda . D’abord prostrée et isolée, très vite, elle n’aura de cesse d’écrire pour restituer son vécu. Autour de Prune Beuchat, qui joue Goliarda, quatre comédiennes endossent plusieurs rôles de détenues : de la jeune droguée en manque à la rebelle ou la rêveuse. Femmes du peuple et intellectuelles gauchistes se côtoient et, malgré leur solidarité, les hiérarchies sociales perdurent dans la prison. Les gardiennes se fondent dans l’obscurité, discrètes et bienveillantes. Seule l’une d’elles sera représentée.

 La mise en scène parvient à recréer l’expérience sensible de l’autrice par les sons, lumières, ambiances, parlers régionaux et accents des personnages. Ni galerie de portraits, ni étude sociologique de l’univers carcéral, le récit nous entraîne dans un microcosme où Goliarda opère un passage de l’ombre à la lumière dans « ces lieux que dehors on croit conçus seulement pour quelques repris de justice et quand on est dedans, on découvre de vraies grandes villes. » Elle n’est restée que huit jours en prison, mais on a l’impression qu’elle y a passé beaucoup de temps, car son récit constitue un précipité d’expériences fortes : « Je voulais seulement prendre le pouls de notre société, savoir à quel point en sont les choses, écrit-elle. La prison a toujours été et sera toujours la fièvre qui révèle la maladie du corps social. »

 Pour incarner d’autres femmes évoquées dans L’Université de Rebibbia, quelques portraits vidéo sont projetés, accompagnés de voix off. Mais faute d’interaction scénique entre les films et les actrices, on perd cette ambiance intime et le fil de ce récit poignant et tendu. Dommage. Mais après cette première représentation, le spectacle devrait trouver son rythme.

 Il faudra suivre le travail de Louise Vignaud. Intégrée – avec trois autres jeunes artistes — pendant trois ans au Cercle de Formation et de Transmission du Théâtre National Populaire (TNP), elle a pu faire ses preuves dès sa sortie du Département mise en scène de l’ENSAAT. Elle dirige aujourd’hui le Théâtre des Clochards Célestes à Lyon où elle va mettre en scène Agatha de Marguerite Duras en mars prochain.

Mireille Davidovici

 Jusqu’au 30 novembre TNP- Villeurbanne 8 place Lazare Goujon Villeurbanne T. 04 78 03 30 00 L’intégrale de l’œuvre de Goliarda Sapienza (éditée en Italie à titre posthume) est publiée aux éditions Le Tripode

 


Archive pour 17 novembre, 2018

Rebibbia d’après L’Université de Rebibbia de Goliarda Sapienza, mise en scène de Louise Vignaud

 

rebibbia

© Rémi Blasquez

 

Rebibbia, d’après L’Université de Rebibbia de Goliarda Sapienza, adaptation d’Alison Cosson et Louise Vignaud, mise en scène de Louise Vignaud

Après une création remarquée du Misanthrope de Molière, au Théâtre national populaire de Lyon et, en mars dernier, Phèdre de Sénèque, au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, que nous avions salué (voir Théâtre du blog), la jeune metteuse en scène se lance dans l’adaptation d’un récit de Goliarda Sapienza (1924-1996).

© Rémi Blasquez

© Rémi Blasqez

 L’écrivaine et comédienne italienne passe quelques jours à Rebibbia, à la suite d’un vol de bijou, en 1980. Moralement épuisée, elle va, dans cette vieille prison romaine, renaître à elle-même en découvrant, au contact de ses codétenues, un nouvel appétit pour la vie. Paradoxalement cette expérience hors du monde parmi des exclues, la réconcilie avec la société humaine : elle découvre la solidarité des femmes les plus modestes, les plus abîmées, et la clairvoyance radicale parfois cyniques des ”politiques”.

 Sous des lumières crues, la scénographie, fonctionnelle, ménage des circulations d’un espace à l’autre, de la salle d’eau aux couloirs communs, jusqu’aux cellules où plusieurs prisonnières partagent leur intimité. Ces camerotti, étagées en fond de scène, où elles s’entassent à plusieurs, sont leurs territoires privés, masqués par des rideaux blancs qui serviront à l’occasion d’écran de projection. Des tubulures et les escaliers métalliques constituent un environnement sonore qui nous parvient amplifié.

La pièce conserve la langue sensuelle et imagée de l’écrivaine. Organisée en dix-sept tableaux, elle dévoile un univers de moins en moins hostile au gré des rencontres de Goliarda . D’abord prostrée et isolée, très vite, elle n’aura de cesse d’écrire pour restituer son vécu. Autour de Prune Beuchat, qui joue Goliarda, quatre comédiennes endossent plusieurs rôles de détenues : de la jeune droguée en manque à la rebelle ou la rêveuse. Femmes du peuple et intellectuelles gauchistes se côtoient et, malgré leur solidarité, les hiérarchies sociales perdurent dans la prison. Les gardiennes se fondent dans l’obscurité, discrètes et bienveillantes. Seule l’une d’elles sera représentée.

 La mise en scène parvient à recréer l’expérience sensible de l’autrice par les sons, lumières, ambiances, parlers régionaux et accents des personnages. Ni galerie de portraits, ni étude sociologique de l’univers carcéral, le récit nous entraîne dans un microcosme où Goliarda opère un passage de l’ombre à la lumière dans « ces lieux que dehors on croit conçus seulement pour quelques repris de justice et quand on est dedans, on découvre de vraies grandes villes. » Elle n’est restée que huit jours en prison, mais on a l’impression qu’elle y a passé beaucoup de temps, car son récit constitue un précipité d’expériences fortes : « Je voulais seulement prendre le pouls de notre société, savoir à quel point en sont les choses, écrit-elle. La prison a toujours été et sera toujours la fièvre qui révèle la maladie du corps social. »

 Pour incarner d’autres femmes évoquées dans L’Université de Rebibbia, quelques portraits vidéo sont projetés, accompagnés de voix off. Mais faute d’interaction scénique entre les films et les actrices, on perd cette ambiance intime et le fil de ce récit poignant et tendu. Dommage. Mais après cette première représentation, le spectacle devrait trouver son rythme.

 Il faudra suivre le travail de Louise Vignaud. Intégrée – avec trois autres jeunes artistes — pendant trois ans au Cercle de Formation et de Transmission du Théâtre National Populaire (TNP), elle a pu faire ses preuves dès sa sortie du Département mise en scène de l’ENSAAT. Elle dirige aujourd’hui le Théâtre des Clochards Célestes à Lyon où elle va mettre en scène Agatha de Marguerite Duras en mars prochain.

Mireille Davidovici

 Jusqu’au 30 novembre TNP- Villeurbanne 8 place Lazare Goujon Villeurbanne T. 04 78 03 30 00 L’intégrale de l’œuvre de Goliarda Sapienza (éditée en Italie à titre posthume) est publiée aux éditions Le Tripode

 

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