Giselle, chorégraphie de Dada Masilo, musique de Philip Miller

 

giselle

photo © Stella Olivier

Giselle, chorégraphie de Dada Masilo, musique de Philip Miller

 Après Swan Lake et Carmen, des spectacles salués partout, Dada Masilo adapte à nouveau un classique, Giselle, où elle danse le rôle-titre. Giselle et les Wilis avait été créée en 1841 à Paris sur un livret de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges et Théophile Gautier. Avec une chorégraphie de Jean Coralli et Jules Perrot modernisée par Marius Petipa en 1887; depuis, ce ballet a inspiré nombre d’artistes dont Mats Ek pour le Ballet Cullberg en 1982, qui l’avait dépouillé de son romantisme et a créé une version d’un réalisme noir.  

 La chorégraphe sud-africaine avoue aimer les belles histoires. Elle a conservé le poétique magique de l’argument originel mais l’a transformé à l’aune du féminisme. Giselle, une jeune paysanne séduite par un duc, Albrecht, dédaigne un garde-chasse, malgré les récriminations de sa mère, Hilarion. Quand son amoureux de duc la trahit pour épouser la princesse Bathilde, elle perd la raison et meurt. Elle rejoint alors les Wilis, ces fantômes de jeunes filles mortes de chagrin d’amour. Mais ici loin d’être des âmes en peine, elles réclament vengeance et ne pardonnent pas, comme dans le livret initial. Giselle se joint au cortège et, armée d’un fouet, tue l’infidèle. Juste revanche, au nom toutes les femmes bafouées !

 Dada Masilo nous transporte dans la campagne en Afrique du Sud, avec ses travaux des champs et ses cérémonies rituelles. En fond de scène, d’élégants dessins en noir et blanc de William Kentridge  évoquent un paysage de marais et de landes. Sur le plateau nu, douze danseurs aux costumes stylisés de David Hutt et Donker Nag Helder. Dans ce chœur de paysans, les  protagonistes changent d’habit à l’occasion. En Giselle, Dada Masilo, d’abord parmi les siens, comme eux ployant l’échine sous les travaux agrestes, s’élance avec grâce pour un duo amoureux avec Albrecht (Xola Willie). A l’acte II, la cohorte des Wilis, vêtues de rouge par Songezo Mcilizeli et Nonofo Olekeng, se déploie, tribu redoutable d’hommes et de femmes, sous les ordres de Myrtha, leur reine, devenue ici un féroce sorcier africain, brillamment incarné par Llewellyn Mnguni. La puissance des mouvements traduit une colère profonde.

 Soutenue depuis ses débuts par la Dance Factory de Johannesburg dirigée par Suzette Le Sueur, cette chorégraphe et interprète exceptionnelle invente, à partir de sa formation classique, une  grammaire gestuelle qui emprunte à la fois à la danse contemporaine et à celle de son ethnie, les Tswana. La musique de son compatriote Philip Miller s’inspire librement de la partition d’Adolphe Adam mais il a ajouté harpe classique, violoncelle, violon, voix et des percussions africaines qui rythment les déplacements du chœur et dopent ce ballet effervescent.

Les interprètes, de haut niveau, conjuguent habilement tous les styles de danse, avec des mouvements d’ensemble rigoureux et fluides. La liberté des corps sculptée dans des postures stylisées et leur gestuelle altière soulignée par la mobilité des bustes et des dos, font de cette pièce un spectacle éblouissant… Créé en 2017 à Oslo, Giselle a été programmé à la Maison de la Danse de Lyon. Une artiste à découvrir et un événement à ne pas manquer.

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu à Bonlieu-Scène nationale d’Annecy, le 13 novembre.
Les 21 et 22 novembre, la Rampe à Échirolles (Isère).
Du 13 au15 décembre, Pavillon Noir, à Aix-en-Provence; du 18 au 21 décembre, Grande Halle de la Villette, Paris XIX ème.
Du 27 au 29 mars, Comédie de Valence (Drôme).

 


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