Une Classe préparatoire pour des jeunes élèves originaires d’Outre-mer

©Thierry Laporte

©Thierry Laporte

La Classe préparatoire intégrée pour des jeunes gens originaires d’Outre-mer à l’Académie de l’Union-Ecole supérieure de théâtre du Limousin

Le concours pour cette classe préparatoire intégrée à L’Académie de l’Union (photo ci-dessus), imaginée par Jean Lambert-wild, directeur du Centre Dramatique National de Limoges, en collaboration avec Luc Rosello le directeur du Centre Dramatique de l’Océan Indien, a eu lieu au printemps dernier. Après bien entendu, une course à la recherche des fonds indispensables. Des jurys de recrutement ont été mis en place  en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, à Saint-Pierre-et-Miquelon et en Nouvelle-Calédonie mais aussi à Limoges pour les élèves ultra-marins vivant déjà en métropole.

La formation théorique et pratique comprend un programme assez chargé avec trente-deux heures de cours hebdomadaires jusqu’en juin prochain. Surtout sous forme de stages d’une à quatre semaines avec une demi-journée pour la culture générale et théâtrale. Paul Golub, metteur en scène,  est le responsable pédagogique à l’Académie de l’Union, pour l’interprétation avec Carolina Pécheny-Durozier et Fargass Assandé, remarquable comédien ivoirien qu’on a déjà vu dans les mises en scène de Jean Lambert-wild. Ils suivront aussi ces élèves pour la préparation aux concours, et venus d’Outre-Mer, interviendront ponctuellement des artistes comme ce mois-ci, le poète et dramaturge kanak Pierre Gope dont la pièce Les Champs de la Terre, fable poétique inspiré du folklore calédonien et surtout kanak, a été présentée au festival d’Avignon 2016. Pour l’interprétation, Jean Lambert-wild, bien sûr, qui a été à l’initiative du projet, Guillaume Hasson, Marc Goldberg, Esther Myrtil et Michel Bruzat. Il y aura aussi un travail de la voix par Valéa Djinn et une préparation de l’acteur par Véra Ermakova. Et un atelier de danse-théâtre par Jean-Marc Hoolbecq, un enseignement de l’art oratoire polynésien par John Mairai, et un cours de danse polynésienne avec Tracqui Tuarril. Et Paul Francesconi créera avec ces élèves, Cargo d’après un texte de lui, en juin prochain à Limoges, et ensuite en France métropolitaine et Outre-mer.

Ils sont là, souvent très jeunes (sept d’entre eux ont dix-huit ans !)  depuis quelques semaines  et à des milliers de kms de chez eux. Mais une peu comme dans une grande famille, celle d’ultra-marin, et dans le cocon protecteur de l’Académie, presque à la campagne, et dans une grande et charmante villa ancienne à Saint-Priest Taurion à la périphérie de Limoges où ils habitent ensemble.  Et, visiblement, ils ont été bien choisis. Une bonne sélection, on ne le dira jamais assez, est indispensable à la réussite d’une école, comme une bonne distribution l’est à celle d’un spectacle.

Tous d’une grande finesse dans leur connaissance du théâtre contemporain, ils s’expriment dans une langue irréprochable que bien des candidats de la métropole pourraient leur envier. El- Badawi (vingt-trois ans) de Mayotte a déjà vu Une chambre en Inde par le Théâtre du Soleil et Les Damnés qu’il a beaucoup aimés. Olenka (dix-huit ans), originaire de la Réunion comme  Anthony, l’un des trois garçons, et comme… Jean Lambert-wild. Elle a déjà vécu à Bruxelles, où elle a aussi fait du chant et de la danse; elle est donc, dit-elle, plus habituée aux mœurs européennes.

Shékina, elle aussi, a dix-huit ans et vient de Martinique. Elle avoue qu’elle trouve bizarre de ne jamais être seule mais apprécie beaucoup de vivre la vie du Théâtre de l’Union. Ornella, même âge aussi, est kanak et quand on lui demande quel est le spectacle qui l’a le plus marquée, elle répond avec enthousiasme: L’Illusion comique de Corneille! «Quand on voit un film on n’est pas vraiment dedans mais là, j’avais l’impression que les acteurs me parlaient personnellement. »  Merveille! Comme si le temps, plus de trois siècles après la création de la pièce, et l’espace: plus de seize mille kms de Paris étaient d’un seul coup gommés! On sent chez elle, une certaine nostalgie de son pays mais aussi un choc culturel, malgré son émerveillement de pouvoir espérer faire du théâtre : «J’avais plusieurs papas, plusieurs mamans, et je ne me voyais pas quitter tout cela; arrivée ici, il m’a fallu mettre des chaussures, porter une grosse veste et accepter le fait qu’il y ait quatre saisons… » Thomas, le seul originaire de Guadeloupe, est visiblement content, juste majeur, d’être là après un bac théâtre, avec ses nouveaux amis et de travailler sur un programme qu’il trouve très enrichissant. Laurence, l’autre Nouvelle-Calédonienne, un peu plus âgée (vingt-trois ans), a fait déjà du théâtre au lycée pendant quatre ans à Nouméa. «Je ne me voyais pas faire autre chose mais je sentais qu’il fallait que je parte me former ailleurs pour mieux revenir». Se sent-elle bien à Limoges, et pourquoi? Réponse d’une belle intelligence : «Oui, et pourquoi sommes-nous bien ensemble: nous sommes tous des îliens et le premier soir, nous avons discuté jusqu’à quatre heures du matin, comme si nous nous étions toujours connus.» Même impression de se lancer dans une aventure qui orientera sa vie pour toujours, même sentiment aussi d’appartenir à un groupe très solide chez Chara la Guyanaise, débarquée ici à dix-huit ans après quelques années de théâtre au lycée. Haïthouni, de l’île Mayotte,  la seule qui ait vingt-trois ans comme Laurence, a déjà eu une  bonne initiation théâtrale dans son lycée où elle a été très impressionnée par la grève du sexe dans Lysistrata d’Aristophane et par  le scénario du Cercle de craie caucasien de Bertolt Brecht. Elle a ensuite fait, à Clermont-Ferrand, une licence Culture-Patrimoine/Arts de la scène. Mahealani, la seule polynésienne de cette première promotion, a suivi là-bas des cours de danse et d’art oratoire. On sent qu’elle s’est préparée depuis longtemps, malgré ses dix-huit ans, à  cet atterrissage. «Pas vraiment de choc violent, dit-elle, et je me suis sentie vite chez moi avec les autres élèves mais pourquoi les gens qui marchent dans la rue ne sourient pas quand on les croise?» Bien vu !

Quand on parle avec ces jeunes apprentis comédiens, on est fasciné par la maîtrise de la langue française, l’engagement personnel et l’humilité qu’ils ont, en même temps qu’une intelligence du métier théâtral, même s’ils ne sont qu’au début d’un parcours scolaire de haut niveau. Paul Golub, le directeur pédagogique de l’Académie de l’Union, et Jean Lambert-wild relèvent un manque historique : pourquoi les jeunes gens des départements-région d’outre-mer n’ont-ils pas eu auparavant les mêmes chances d’intégrer une grande école de théâtre dans la métropole, faute de pouvoir suivre une classe préparatoire pendant une année ou deux? Et jusque là, tous gouvernements confondus, le Ministère de la Culture n’a jamais fait preuve d’une grande clairvoyance pour résoudre cette sélection sociale et faire avancer l’enseignement artistique (on l’a bien vu quand il a été aussi incapable de pérenniser l’École du Théâtre National de Chaillot!) Et le dit Ministère ne s’était guère soucié d’apporter une réponse à ce problème de sélection sociale qui n’osait pas dire son nom, et cela vaut aussi pour les régions reculées de la métropole. Comme les directions successives des dites grandes écoles qui auraient pu au moins essayé de poser la question…  

Il aura fallu que Jean Lambert-wild, nommé il y a deux ans à la tête du Théâtre de l’Union-Centre Dramatique National de Limoges, et donc à la tête de son Académie, relève courageusement le défi et parte à la recherche des indispensables financements. «Nous avons voulu que cette année scolaire entière avec bourse d’études permette à ces élèves de se présenter aux différents concours dans les meilleures conditions». «L’enseignement, dit Paul Golub, porte à la fois sur un engagement du corps et de la parole avec un nouveau regard sur le théâtre et est aussi fondé sur l’intervention d’artistes reconnus dans ces territoires comme John Mairai, grand spécialiste de l’art oratoire en Polynésie française qui viendra enseigner en mars prochain.»

Pourquoi seulement trois garçons retenus et sept filles ? «C’est très simple, dit Jean Lambert-wild, nous avons choisi les meilleurs, et dans ces concours d’écoles de théâtre, il y a toujours plus de candidates que de candidats, qui, d’année en année, sont moins nombreux. Et comme il s’agit d’une année préparatoire, nous avons donné aux filles toutes les chances de réussir.» Un problème qu’avait déjà rencontré Antoine Vitez avec son École à Chaillot. Il nous avait dit qu’il valait mieux en prendre un peu plus car elles  ont plus de difficultés que les garçons à trouver du travail. Et quand Jérôme Savary lui a succédé à Chaillot, le jury de recrutement a dû résoudre ce même problème. Et au théâtre ou au cinéma, il y a toujours en général plus de rôles masculins importants… Sauf quelques exceptions comme Bérénice, Chimène, Phèdre, ou Agnès chez Molière, La Maison de Bernarda de Federico Garcia Lorca ou encore Le Dialogue des Carmélites de Georges Bernanos…

Reste à gérer cette inégalité de nombre au quotidien, mais cela ne paraît pas effrayer Jean Lambert-wild. «De toute façon dit-il, cette classe préparatoire intégrée à l’Académie avec certains cours communs  constitue une étape d’un processus organique qui commence en Outre-Mer et qui a vocation à s’y poursuivre. Et les élèves auront tous bénéficié d’une expérience et d’une formation originales, qu’ils réussissent, ou non, un des concours des grandes écoles théâtrales et pourront revenir dans leur  département-région d’origine. Et cela leur aura donné un sacré tonus.  Après une année d’alternance en Outre-mer pour soutenir des actions de formation, d’autres élèves auront aussi la possibilité de revenir ici afin de suivre une autre année de préparation, puisque le concours aura lieu tous les deux ans.»  Jean Lambert-wild a reçu le soutien des deux ministères concernés : celui de la Culture et celui  des Outre-Mer mais aussi de bonnes fées comme la Région Nouvelle-Aquitaine, la fondation Culture et diversité, l’Université de Limoges,la ville de Saint-Priest Taurion où est basée l’Académie de l’Union mais aussi du Centre Dramatique de L’Océan Indien, de la scène national Tropiques/Atrium, du Théâtre de Macouria, du Théâtre de l’île en nouvelle Calédonie, du Conservatoire artistique de Polynésie française, des Hauts Commissariats en Polynésie Française et en Nouvelle-Calédonie, de la DAC Mayotte, Martinique et Guadeloupe, du Centre culturel Djibaou, de Air Tahiti Nui, etc. Et c’est bien que cette expérience innovante et très prometteuse, se fasse non à Paris mais à Limoges qui accueille chaque année, le festival des Francophonies…

Philippe du Vignal

Académie de l’Union, Le Mazeau, Saint-Priest-Taurion (Haute-Vienne). T.: +33(0)5 55 37 93 93. mailto: adm@academietheatrelimoges.com 33(0)6 45 38 13 48.

 

 


Archive pour 21 novembre, 2018

Une Classe préparatoire pour des jeunes élèves originaires d’Outre-mer

©Thierry Laporte

©Thierry Laporte

La Classe préparatoire intégrée pour des jeunes gens originaires d’Outre-mer à l’Académie de l’Union-Ecole supérieure de théâtre du Limousin

Le concours pour cette classe préparatoire intégrée à L’Académie de l’Union (photo ci-dessus), imaginée par Jean Lambert-wild, directeur du Centre Dramatique National de Limoges, en collaboration avec Luc Rosello le directeur du Centre Dramatique de l’Océan Indien, a eu lieu au printemps dernier. Après bien entendu, une course à la recherche des fonds indispensables. Des jurys de recrutement ont été mis en place  en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, à Saint-Pierre-et-Miquelon et en Nouvelle-Calédonie mais aussi à Limoges pour les élèves ultra-marins vivant déjà en métropole.

La formation théorique et pratique comprend un programme assez chargé avec trente-deux heures de cours hebdomadaires jusqu’en juin prochain. Surtout sous forme de stages d’une à quatre semaines avec une demi-journée pour la culture générale et théâtrale. Paul Golub, metteur en scène,  est le responsable pédagogique à l’Académie de l’Union, pour l’interprétation avec Carolina Pécheny-Durozier et Fargass Assandé, remarquable comédien ivoirien qu’on a déjà vu dans les mises en scène de Jean Lambert-wild. Ils suivront aussi ces élèves pour la préparation aux concours, et venus d’Outre-Mer, interviendront ponctuellement des artistes comme ce mois-ci, le poète et dramaturge kanak Pierre Gope dont la pièce Les Champs de la Terre, fable poétique inspiré du folklore calédonien et surtout kanak, a été présentée au festival d’Avignon 2016. Pour l’interprétation, Jean Lambert-wild, bien sûr, qui a été à l’initiative du projet, Guillaume Hasson, Marc Goldberg, Esther Myrtil et Michel Bruzat. Il y aura aussi un travail de la voix par Valéa Djinn et une préparation de l’acteur par Véra Ermakova. Et un atelier de danse-théâtre par Jean-Marc Hoolbecq, un enseignement de l’art oratoire polynésien par John Mairai, et un cours de danse polynésienne avec Tracqui Tuarril. Et Paul Francesconi créera avec ces élèves, Cargo d’après un texte de lui, en juin prochain à Limoges, et ensuite en France métropolitaine et Outre-mer.

Ils sont là, souvent très jeunes (sept d’entre eux ont dix-huit ans !)  depuis quelques semaines  et à des milliers de kms de chez eux. Mais une peu comme dans une grande famille, celle d’ultra-marin, et dans le cocon protecteur de l’Académie, presque à la campagne, et dans une grande et charmante villa ancienne à Saint-Priest Taurion à la périphérie de Limoges où ils habitent ensemble.  Et, visiblement, ils ont été bien choisis. Une bonne sélection, on ne le dira jamais assez, est indispensable à la réussite d’une école, comme une bonne distribution l’est à celle d’un spectacle.

Tous d’une grande finesse dans leur connaissance du théâtre contemporain, ils s’expriment dans une langue irréprochable que bien des candidats de la métropole pourraient leur envier. El- Badawi (vingt-trois ans) de Mayotte a déjà vu Une chambre en Inde par le Théâtre du Soleil et Les Damnés qu’il a beaucoup aimés. Olenka (dix-huit ans), originaire de la Réunion comme  Anthony, l’un des trois garçons, et comme… Jean Lambert-wild. Elle a déjà vécu à Bruxelles, où elle a aussi fait du chant et de la danse; elle est donc, dit-elle, plus habituée aux mœurs européennes.

Shékina, elle aussi, a dix-huit ans et vient de Martinique. Elle avoue qu’elle trouve bizarre de ne jamais être seule mais apprécie beaucoup de vivre la vie du Théâtre de l’Union. Ornella, même âge aussi, est kanak et quand on lui demande quel est le spectacle qui l’a le plus marquée, elle répond avec enthousiasme: L’Illusion comique de Corneille! «Quand on voit un film on n’est pas vraiment dedans mais là, j’avais l’impression que les acteurs me parlaient personnellement. »  Merveille! Comme si le temps, plus de trois siècles après la création de la pièce, et l’espace: plus de seize mille kms de Paris étaient d’un seul coup gommés! On sent chez elle, une certaine nostalgie de son pays mais aussi un choc culturel, malgré son émerveillement de pouvoir espérer faire du théâtre : «J’avais plusieurs papas, plusieurs mamans, et je ne me voyais pas quitter tout cela; arrivée ici, il m’a fallu mettre des chaussures, porter une grosse veste et accepter le fait qu’il y ait quatre saisons… » Thomas, le seul originaire de Guadeloupe, est visiblement content, juste majeur, d’être là après un bac théâtre, avec ses nouveaux amis et de travailler sur un programme qu’il trouve très enrichissant. Laurence, l’autre Nouvelle-Calédonienne, un peu plus âgée (vingt-trois ans), a fait déjà du théâtre au lycée pendant quatre ans à Nouméa. «Je ne me voyais pas faire autre chose mais je sentais qu’il fallait que je parte me former ailleurs pour mieux revenir». Se sent-elle bien à Limoges, et pourquoi? Réponse d’une belle intelligence : «Oui, et pourquoi sommes-nous bien ensemble: nous sommes tous des îliens et le premier soir, nous avons discuté jusqu’à quatre heures du matin, comme si nous nous étions toujours connus.» Même impression de se lancer dans une aventure qui orientera sa vie pour toujours, même sentiment aussi d’appartenir à un groupe très solide chez Chara la Guyanaise, débarquée ici à dix-huit ans après quelques années de théâtre au lycée. Haïthouni, de l’île Mayotte,  la seule qui ait vingt-trois ans comme Laurence, a déjà eu une  bonne initiation théâtrale dans son lycée où elle a été très impressionnée par la grève du sexe dans Lysistrata d’Aristophane et par  le scénario du Cercle de craie caucasien de Bertolt Brecht. Elle a ensuite fait, à Clermont-Ferrand, une licence Culture-Patrimoine/Arts de la scène. Mahealani, la seule polynésienne de cette première promotion, a suivi là-bas des cours de danse et d’art oratoire. On sent qu’elle s’est préparée depuis longtemps, malgré ses dix-huit ans, à  cet atterrissage. «Pas vraiment de choc violent, dit-elle, et je me suis sentie vite chez moi avec les autres élèves mais pourquoi les gens qui marchent dans la rue ne sourient pas quand on les croise?» Bien vu !

Quand on parle avec ces jeunes apprentis comédiens, on est fasciné par la maîtrise de la langue française, l’engagement personnel et l’humilité qu’ils ont, en même temps qu’une intelligence du métier théâtral, même s’ils ne sont qu’au début d’un parcours scolaire de haut niveau. Paul Golub, le directeur pédagogique de l’Académie de l’Union, et Jean Lambert-wild relèvent un manque historique : pourquoi les jeunes gens des départements-région d’outre-mer n’ont-ils pas eu auparavant les mêmes chances d’intégrer une grande école de théâtre dans la métropole, faute de pouvoir suivre une classe préparatoire pendant une année ou deux? Et jusque là, tous gouvernements confondus, le Ministère de la Culture n’a jamais fait preuve d’une grande clairvoyance pour résoudre cette sélection sociale et faire avancer l’enseignement artistique (on l’a bien vu quand il a été aussi incapable de pérenniser l’École du Théâtre National de Chaillot!) Et le dit Ministère ne s’était guère soucié d’apporter une réponse à ce problème de sélection sociale qui n’osait pas dire son nom, et cela vaut aussi pour les régions reculées de la métropole. Comme les directions successives des dites grandes écoles qui auraient pu au moins essayé de poser la question…  

Il aura fallu que Jean Lambert-wild, nommé il y a deux ans à la tête du Théâtre de l’Union-Centre Dramatique National de Limoges, et donc à la tête de son Académie, relève courageusement le défi et parte à la recherche des indispensables financements. «Nous avons voulu que cette année scolaire entière avec bourse d’études permette à ces élèves de se présenter aux différents concours dans les meilleures conditions». «L’enseignement, dit Paul Golub, porte à la fois sur un engagement du corps et de la parole avec un nouveau regard sur le théâtre et est aussi fondé sur l’intervention d’artistes reconnus dans ces territoires comme John Mairai, grand spécialiste de l’art oratoire en Polynésie française qui viendra enseigner en mars prochain.»

Pourquoi seulement trois garçons retenus et sept filles ? «C’est très simple, dit Jean Lambert-wild, nous avons choisi les meilleurs, et dans ces concours d’écoles de théâtre, il y a toujours plus de candidates que de candidats, qui, d’année en année, sont moins nombreux. Et comme il s’agit d’une année préparatoire, nous avons donné aux filles toutes les chances de réussir.» Un problème qu’avait déjà rencontré Antoine Vitez avec son École à Chaillot. Il nous avait dit qu’il valait mieux en prendre un peu plus car elles  ont plus de difficultés que les garçons à trouver du travail. Et quand Jérôme Savary lui a succédé à Chaillot, le jury de recrutement a dû résoudre ce même problème. Et au théâtre ou au cinéma, il y a toujours en général plus de rôles masculins importants… Sauf quelques exceptions comme Bérénice, Chimène, Phèdre, ou Agnès chez Molière, La Maison de Bernarda de Federico Garcia Lorca ou encore Le Dialogue des Carmélites de Georges Bernanos…

Reste à gérer cette inégalité de nombre au quotidien, mais cela ne paraît pas effrayer Jean Lambert-wild. «De toute façon dit-il, cette classe préparatoire intégrée à l’Académie avec certains cours communs  constitue une étape d’un processus organique qui commence en Outre-Mer et qui a vocation à s’y poursuivre. Et les élèves auront tous bénéficié d’une expérience et d’une formation originales, qu’ils réussissent, ou non, un des concours des grandes écoles théâtrales et pourront revenir dans leur  département-région d’origine. Et cela leur aura donné un sacré tonus.  Après une année d’alternance en Outre-mer pour soutenir des actions de formation, d’autres élèves auront aussi la possibilité de revenir ici afin de suivre une autre année de préparation, puisque le concours aura lieu tous les deux ans.»  Jean Lambert-wild a reçu le soutien des deux ministères concernés : celui de la Culture et celui  des Outre-Mer mais aussi de bonnes fées comme la Région Nouvelle-Aquitaine, la fondation Culture et diversité, l’Université de Limoges,la ville de Saint-Priest Taurion où est basée l’Académie de l’Union mais aussi du Centre Dramatique de L’Océan Indien, de la scène national Tropiques/Atrium, du Théâtre de Macouria, du Théâtre de l’île en nouvelle Calédonie, du Conservatoire artistique de Polynésie française, des Hauts Commissariats en Polynésie Française et en Nouvelle-Calédonie, de la DAC Mayotte, Martinique et Guadeloupe, du Centre culturel Djibaou, de Air Tahiti Nui, etc. Et c’est bien que cette expérience innovante et très prometteuse, se fasse non à Paris mais à Limoges qui accueille chaque année, le festival des Francophonies…

Philippe du Vignal

Académie de l’Union, Le Mazeau, Saint-Priest-Taurion (Haute-Vienne). T.: +33(0)5 55 37 93 93. mailto: adm@academietheatrelimoges.com 33(0)6 45 38 13 48.

 

 

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