Le Monde hier de Stefan Zweig mise en scène de Jérôme Kirchner et Patrick Pineau

Le Monde hier de Stefan Zweig, adaptation de Laurent Saksik, mise en scène de Jérôme Kirchner et Patrick Pineau

© Pascal Victor/ArtcomArt

© Pascal Victor/ArtcomArt

Stefan Zweig, célèbre écrivain autrichien de biographies mais surtout de romans et nouvelles comme AmokLa Pitié dangereuse, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, La Confusion des sentiments… était né à Vienne en 1881. Après s’être exilé en 1934 d’abord en Angleterre quand le nazisme arrivait, il se suicide sept ans plus tard au Brésil où il finira Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen, un testament-autobiographie paru en 1943 à New York. Cela commence à la fin du XIXème siècle, et va jusqu’en 1939, au moment où va commencer la seconde guerre mondiale…

Il faisait partie de l’intelligentzia juive et avait des amis comme Sigmund Freud, Rainer-Maria Rilke, Emile Verhaeren, Paul Valéry… Stefan Zweig décrit dans ce livre sa Vienne et l’Europe d’avant 1914, riches et puissantes, où souffle l’esprit et où règnent la littérature et les arts. Mais il voit bien aussi que sa vie comme celle de nombreux écrivains et artistes, subira un bouleversement radical et que va disparaître toute une civilisation avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler. « «Ce n’est pas mon destin que je raconte, dit-il, mais celui d’une génération entière, cette génération si particulière à laquelle j’appartiens, chargée de destin comme peu l’ont été dans le cours de l’histoire». Son œuvre romanesque a, depuis quelque vingt ans, très souvent été adaptée au théâtre et avec grand succès, mais Le Monde hier, jamais encore…

Dans cette grande salle pleine, une majorité de gens âgés mais aussi un groupe de jeunes très concentrés. Il y a, sur le grand plateau, des chaises empilées à jardin et à cour. Jérôme Kircher, seul en scène, s’avance, ôte son chapeau. et dit des extraits de ce grand livre: «Notre littérature a été réduite en cendres dans un pays où j’avais des milliers de lecteurs, j’ai été célébré puis hors la loi.. Le nationalisme a empoisonné la fleur de notre culture européenne. L’humanité est en marche, c’est à ce pacte que je devais le sentiment de ma liberté intérieure.  » (…)  « Un premier mai, les ouvriers s’avancèrent sur le Prater avec leurs femmes et leurs enfants, et des fleurs, mais la guerre de tous contre tous avait déjà gagné ! » (…) « Au début du XX ème siècle, Hugo von Hofmannsthal et Rainer-Maria Rilke se retrouvent dans le Paris des origines, Rodin est à Meudon, jamais je n’avais autant espéré dans l’Europe. On pouvait voyager sans passeport, le monde était bien plus libre… Dix petites années de 1924 à 1933, j’étais toutes ces années l’un des auteurs le plus traduits dans le monde, par dessus tout, j’étais libre ! Hitler, en 1933, incendie le Reichstag, mes livres sont mis au pilori, réduits en cendres. En 1934, je quitte l’Autriche pour Londres avant le désastre final de 1937. Je rencontre Freud. Mais après la déclaration de guerre en 1939, j’avais été chassé d’Autriche, parce que juif, puis chassé d’Angleterre, parce qu’Allemand, l’Autriche ayant été annexée par l’Allemagne ! »

Au moment où se préparent les élections européennes, les mots de ce poète lucide et visionnaire, portés ici avec talent par Jérôme Kirchner, sont une excellente piqûre de rappel. L’Histoire, disait Céline, ne repasse pas les plats mais on peut tout craindre en effet pour l’avenir d’une Europe qui, toujours adoratrice du Veau d’or, ne veut pas accueillir les exilés orientaux et africains. Un remarquable solo, tout à fait troublant et à ne pas manquer, s’il passe dans votre région !

Edith Rappoport

Spectacle vu au Théâtre de Malakoff (Hauts-de-Seine), le 23 novembre.

 


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