Sombre Rivière, texte et mise en scène de Lazare

 

©Jean-Louis Fernandez

©Jean-Louis Fernandez

Sombre Rivière, texte et mise en scène de Lazare

« J’ai une tendance/ trop délirante ? Peut-être ?: Entends-tu la mer derrière moi ?:Peut-être ?/ Je vis ma vie comme un spectre./C’est pour ça que je délire, j’ai envie qu’elle soit réelle ma vie »,  dit l’acteur qui joue Lazare. Dans ce long poème dramatique, entrecoupé de vidéos,  sketches,  et chansons, l’auteur met en scène son « je », accompagné d’un chœur de comédiens-danseurs mais aussi musiciens. Soit un flot de paroles soutenues par des parties chantées et dansées.

 Dans ce spectacle créé  en 2017,  Lazare entend faire la clarté en lui, après les attentats survenus à Paris deux ans plus tôt . «De par mon histoire, tout me renvoie au fait que je suis des deux côtés de la séparation, explique-t-il. (…) Tiraillé entre deux mondes (…)Le  «je» que j’emploie est un personnage. (…) Celui d’un auteur, enfant de l’immigration et pétri de désirs et de paradoxes … » Ici, la mort rôde et les dix artistes  -chœur des trépassés et/ou chœur des vivants- essayeront,  en quelque cent-vingt minutes  de la conjurer, la repousser,  et de  transformer ce Styx amer en joyeux carnaval. La mise en scène est, comme l’écriture, débridée. Lazare ose tout, avec plus ou moins de bonheur et de bon goût. Il y a entre autres des sketches-clins d’œil à l’actualité. Lazare (Julien Villa) devient triple (rejoint par Mourad Musset et Olivier Leite) ou  dialogue avec d’autres personnages de ses pièces, dont le fameux Libellule, figure centrale de sa trilogie, interprétée par Mourad Musset.  La vidéo prend souvent le relais des actions scéniques filmées en direct, mais montre aussi Lazare en personne avec sa mère, son chien, un cheval… Difficile de nous y retrouver dans ce kaléidoscope permanent.

La vitalité de la compagnie Vita Nova fondée par l’auteur-metteur en scène en 2006, reste le gros atout de ce spectacle vibrionnant. Julie Hega et Ludmilla Dabo chantent avec talent, et leurs voix donnent vie aux fragments de poèmes de Lazare. Le violoncelle de Veronika Soboljevski et la batterie de Louis Jeffroy contribuent à des arrangements musicaux haut de gamme. Les parties dansées témoignent d’un grand professionnalisme et l’on finit par s’attacher à ces artistes polyvalents, tous excellents comédiens. Malheureusement, cela ne suffit pas à sauver un spectacle qui sombre dans une kermesse où se noient, malgré sa poésie et sa générosité.  les propos incisifs de l’auteur : « Le théâtre, dit-il, est un espace de combat poétique.»  Il veut faire spectacle des questions brûlantes de notre société malade car il y a urgence, mais une dramaturgie rigoureuse n’aurait pas nui au propos…

 Mireille Davidovici

Théâtre du Rond-Point, 1 avenue Franklin D. Roosevelt, Paris VIIIème, jusqu’au  30 décembre.

 


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