Wareware no moromoro (Nos histoires), conception et mise en scène d’Hideto Iwaï

Wareware no moromoro (Nos histoires), conception et mise en scène d’Hideto Iwaï

37B64079-FEA8-43F7-8FA6-6915D3895CCEUn spectacle surprenant et poignant, souvent proche du miracle. Tout comme le vécu de ce jeune  écrivain japonais qui est aussi acteur, metteur en scène de théâtre et réalisateur de films. Avec une enfance et un début d’âge adulte marqués par la violence.  Son père le battait et la folie l’a traversé de seize à vingt ans: il est alors entré dans la catégorie des « hikikomori » qui, par phobie de la société, ne quittent plus le domicile familial. Soit pour Hideto Iwaï, une chambre et les toilettes. Dans un espace aussi réduit, l’expérience d’une traversée dans un incommensurable mal-être, et dans une angoisse assassine.

Comment interrompre ce suicide en éveil, cette impossibilité de vivre avec les autres et d’aller et venir dans la ville ? Comment sortir de cet emprisonnement involontaire? La réponse est en partie dans le projet initial qui a pris quelques autres directions. Mais sans jamais quitté l’essence même de la création en vue. Et le Théâtre a ouvert la porte de la liberté à Hideto Iwaï.  Il y a eu aussi l’intervention décisive de Daniel Jeanneteau, directeur du Théâtre de Gennevilliers qui, au Japon en 2015, a assisté à une de ses mise en scènes et  qui lui a proposé de venir faire ici avec des acteurs français une création dans notre langue, même s’il n’en parle pas un mot!  Et commence alors  cette aventure avec des acteurs professionnels mais aussi avec des amateurs de Gennevilliers.

Ce spectacle retrace non sans humour, et avec émotion, les parcours singuliers de ces habitants de plusieurs générations et d’origine diverse : France, Afrique du Nord, Asie, etc. comme Abdallah Moubine, impressionnant d’aisance, Salima Boutebal, et Hideto Iwaï lui-même… La scénographie ,modulable, est très poétique et symbolique: lits, chaises, coussins et draps dont s’empare chacun en prenant la parole. Et cela permet à autant de morceaux d’existence de prendre corps. Le public est placé dans un espace-temps existentiel qui varie au fil des histoires personnelles.

Les acteurs sont remarquables. Quant aux amateurs, ils réussissent à donner une dimension humaine, parfois même  à cause de leur inexpérience de la scène. Comme avec cette présence singulière de Lucienne Larue; pas toujours très à l’aise, elle retient l’attention du public soudain envahi par la forte émotion qui se dégage de son jeu (ou non-jeu?):  «J’ai commencé à travailler à quatorze ans. (…) Ma mère était une femme-enfant volage. Elle m’aimait à sa manière. Elle trompait souvent mon père, et quand il est tombé malade et qu’il était à l’hôpital, elle a pris un autre homme et l’a quitté. (…) Quand on a des manques dans son enfance, ça vous amène souvent à faire des bêtises. Pour moi, quand je voyais ma mère, c’était pas normal d’avoir autant d’hommes… Cela m’a rendu rêveuse, ce manque d’amour, très rêveuse! J’aurais qu’un seul amoureux! Ce qui s’est passé. » Il y a là, entre autres avec Lucie, des instants de vérité rares chez les acteurs professionnels.

Ces récits de vie, nous font voyager au cœur de l’humain et et de l’Histoire… Un tableau vivant d’une d’existence au quotidien, du siècle passé et de notre époque. Un événement incroyable que cette fusion entre Gennevilliers, banlieue pauvre proche de Paris, avec une ville japonaise, sous nos yeux étonnés. Entre espace intime et espace social, ces fragments résonnent en toute clarté et finissent par ne former qu’un seul récit, bouleversant et universel. Moment d’épiphanie: la pièce a été écrite par tous, amateurs comme professionnels, et par le metteur en scène. Bravo à Hideto Iwaï pour ce geste à la fois esthétique et éthique! Un véritable tour de force avec des turbulences et quelques bonheurs de vie qui deviennent beauté. Ne manquez pas une rencontre aussi dense, à la fois sur le plan théâtral et humain.

Elisabeth Naud

T2G, Théâtre de Gennevilliers, avenue des Grésillons, Gennevilliers (Seine-Saint-Denis), jusqu’au 3 décembre.


Archive pour 1 décembre, 2018

Wareware no moromoro (Nos histoires), conception et mise en scène d’Hideto Iwaï

Wareware no moromoro (Nos histoires), conception et mise en scène d’Hideto Iwaï

37B64079-FEA8-43F7-8FA6-6915D3895CCEUn spectacle surprenant et poignant, souvent proche du miracle. Tout comme le vécu de ce jeune  écrivain japonais qui est aussi acteur, metteur en scène de théâtre et réalisateur de films. Avec une enfance et un début d’âge adulte marqués par la violence.  Son père le battait et la folie l’a traversé de seize à vingt ans: il est alors entré dans la catégorie des « hikikomori » qui, par phobie de la société, ne quittent plus le domicile familial. Soit pour Hideto Iwaï, une chambre et les toilettes. Dans un espace aussi réduit, l’expérience d’une traversée dans un incommensurable mal-être, et dans une angoisse assassine.

Comment interrompre ce suicide en éveil, cette impossibilité de vivre avec les autres et d’aller et venir dans la ville ? Comment sortir de cet emprisonnement involontaire? La réponse est en partie dans le projet initial qui a pris quelques autres directions. Mais sans jamais quitté l’essence même de la création en vue. Et le Théâtre a ouvert la porte de la liberté à Hideto Iwaï.  Il y a eu aussi l’intervention décisive de Daniel Jeanneteau, directeur du Théâtre de Gennevilliers qui, au Japon en 2015, a assisté à une de ses mise en scènes et  qui lui a proposé de venir faire ici avec des acteurs français une création dans notre langue, même s’il n’en parle pas un mot!  Et commence alors  cette aventure avec des acteurs professionnels mais aussi avec des amateurs de Gennevilliers.

Ce spectacle retrace non sans humour, et avec émotion, les parcours singuliers de ces habitants de plusieurs générations et d’origine diverse : France, Afrique du Nord, Asie, etc. comme Abdallah Moubine, impressionnant d’aisance, Salima Boutebal, et Hideto Iwaï lui-même… La scénographie ,modulable, est très poétique et symbolique: lits, chaises, coussins et draps dont s’empare chacun en prenant la parole. Et cela permet à autant de morceaux d’existence de prendre corps. Le public est placé dans un espace-temps existentiel qui varie au fil des histoires personnelles.

Les acteurs sont remarquables. Quant aux amateurs, ils réussissent à donner une dimension humaine, parfois même  à cause de leur inexpérience de la scène. Comme avec cette présence singulière de Lucienne Larue; pas toujours très à l’aise, elle retient l’attention du public soudain envahi par la forte émotion qui se dégage de son jeu (ou non-jeu?):  «J’ai commencé à travailler à quatorze ans. (…) Ma mère était une femme-enfant volage. Elle m’aimait à sa manière. Elle trompait souvent mon père, et quand il est tombé malade et qu’il était à l’hôpital, elle a pris un autre homme et l’a quitté. (…) Quand on a des manques dans son enfance, ça vous amène souvent à faire des bêtises. Pour moi, quand je voyais ma mère, c’était pas normal d’avoir autant d’hommes… Cela m’a rendu rêveuse, ce manque d’amour, très rêveuse! J’aurais qu’un seul amoureux! Ce qui s’est passé. » Il y a là, entre autres avec Lucie, des instants de vérité rares chez les acteurs professionnels.

Ces récits de vie, nous font voyager au cœur de l’humain et et de l’Histoire… Un tableau vivant d’une d’existence au quotidien, du siècle passé et de notre époque. Un événement incroyable que cette fusion entre Gennevilliers, banlieue pauvre proche de Paris, avec une ville japonaise, sous nos yeux étonnés. Entre espace intime et espace social, ces fragments résonnent en toute clarté et finissent par ne former qu’un seul récit, bouleversant et universel. Moment d’épiphanie: la pièce a été écrite par tous, amateurs comme professionnels, et par le metteur en scène. Bravo à Hideto Iwaï pour ce geste à la fois esthétique et éthique! Un véritable tour de force avec des turbulences et quelques bonheurs de vie qui deviennent beauté. Ne manquez pas une rencontre aussi dense, à la fois sur le plan théâtral et humain.

Elisabeth Naud

T2G, Théâtre de Gennevilliers, avenue des Grésillons, Gennevilliers (Seine-Saint-Denis), jusqu’au 3 décembre.

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