Aglaé, texte et mise en scène de Jean-Michel Rabeux, d’après les mots d’Aglaé


Aglaé, texte et mise en scène de Jean-Michel Rabeux, d’après les mots d’Aglaé 
C’est la reprise d’un spectacle joué l’an dernier avec grand succès (voir Le Théâtre du Blog). Nous sommes dans la salle Topor de quatre vingt-six places, assis en carré, autour de tabourets dispersés. Au-dessus de nos têtes, des tuyaux lumineux dont l’intensité varie au fur et à mesure du véritable témoignage d’une prostituée de soixante-quinze ans qui exerce toujours son métier avec joie. Elle avait commencé dès douze ans avec les amis de son frère… Dans un coin, de nombreux verres qu’elle absorbe gaiement au fil du spectacle. Elle entre en combinaison noire, avec des lunettes excentriques. Il y a un palmier et une cigogne à chaque coin de la salle. «Très tôt, je rendais service, mais pas gratuit, ça m’intéressait, mais ne m’excitait pas. J’ai fait des branlettes à Sarcelles à mon frère Arthur, dans la cave de l’immeuble, l’argent, je m’en foutais. Pour mes parents, j’étais secrétaire de direction chez Alstom, j’en ai raconté des bobards!  (…) Je me suis mariée et j’ai fait un gosse, ça, c’est la vraie connerie de ma vie !»

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 Elle enlève ses lunettes, circule parmi les spectateurs : «J’ai trop de personnalité, et en plus, je suis emmerdante, si j’avais pas mon fils, je serais complètement heureuse. Mon fils c’est ma plaie, c’est pour ça que j’ai lu des livres, après, j’en ai soupé ! (…) Une pute, c’est pas une salope, y-a pas de honte, j’aime le client. Un jour, un client sort un martinet, il me demande de le fouetter avec ! Cela m’est arrivé à moi aussi …J’aimais ça, les spécialités et la rue, j’aimais aussi. Il est gendarme mon fils ! Un prince arabe, je l’appelais Loukoum, lui, je l’ai aimé.  Tout prince qu’il était, y tremblait ! Trop de fric, c’est de la merde, ça les rend fous. Cela me plait de plaire encore à mon âge… »

La lumière baisse. « J’ai pris huit ans, la prison c’est nul !  (…) Un jour mon mari m’a dit :  ça fait quinze ans qu’on s’aime pas ! Ils ont tous les droits, les flics. (….) Mes petits-enfants : « Qu’est-ce qu’elle fait Mémé? Mémé, elle suce des bites! » (…) T’es rien qu’un bout de bidoche quand tu poses, ça devrait être remboursé par la Sécurité Sociale pour les pauvres.(…) Mon fils devenu policier, il est chauve maintenant, mon fils, mon fils, mon fils ! »

La lumière baisse puis s’éteint. Un triomphe d’applaudissements salue cette extraordinaire performance, à la fois joyeuse et désespérée, d’une grande actrice, complice de toujours de Jean-Michel Rabeux, qui a aussi travaillé avec Claude Régy, Bruno Bayen, Jacques Lassalle, Philippe Adrien…

Edith Rappoport

Théâtre du Rond-Point, 1 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris VIII ème, jusqu’au 30 décembre. T. : 01 44 95 88 00.

 

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