Le Prince travesti ou l’Illustre Aventurier de Marivaux, mise en scène d’Yves Beaunesne

Le Prince travesti ou l’illustre aventurier de Marivaux, mise en scène d’Yves Beaunesne

©Guy Delahaye

©Guy Delahaye

 Les comédiens-italiens ordinaires du roi créent Le Prince travesti, le 5 février 1724, une comédie héroïque «di cappa e spada » napolitaine de princes et roturiers -, ou une tragi-comédie manquée. « Une histoire où un prince destiné à régner se déguise en aventurier, où une princesse régnante devient amoureuse de cet aventurier et veut l’épouser, où un roi régnant se déguise lui aussi et se fait passer pour son propre ambassadeur, où un nigaud de valet risque de faire tourner à la tragédie ce carnaval. »

Une intrigue romanesque comme Marivaux aimait en inventer et où le prince de Léon se dit aventurier pour mieux explorer le monde, apprendre à gouverner, s’initier à une existence digne et humaniste et enfin rencontrer l’amour. Il sauve par hasard la princesse Hortense  qui sera veuve bientôt: un coup de foudre réciproque. Mais elle doit rejoindre son époux, et quitte à regret le prince. Il s’engage dans l’armée de la princesse de Barcelone où il remporte une victoire. Et  cette jeune femme est prête à lui livrer son cœur et le gouvernement. Mais Lélio retrouve à cette Cour, Hortense, la confidente de la princesse qui ignore que les deux premiers s’aiment en secret depuis qu’il l’a secourue. La princesse, incertaine, charge Hortense de sonder Lélio sur ses intentions.

Comédie d’amour entre Lélio, la princesse et Hortense mais aussi comédie politique lors de la guerre entre l’Aragon et la Castille au XII ème siècle puisque sont évoquées les relations  entre trois royaumes espagnols: Léon, Castille et Aragon. Cela se passe en France et pendant la Régence, cet entre-deux où s’ébranlent les valeurs monarchiques. Frédéric dirige depuis trente ans la politique de Barcelone : dissimulation, mépris et servitude du peuple, avec  déguisements et ruses chez les grands; le roi de Castille apparaît ainsi comme ambassadeur, Lélio tait son titre de Prince. Et du côté du peuple, Arlequin se livre à de basses intrigues. En proie à l’angoisse de ceux qui aiment et de ceux qui calculent pour obtenir argent et pouvoir, Frédéric envie Lélio qui pourrait lui voler la direction des affaires et fait appel à Arlequin pour discréditer son rival. Thomas Condemine crie et gesticule, en fait des tonnes mais valet à la fois nigaud et narquois, il s’essaie à l’acrobatie et aux sauts aériens. Et ce bon agent double vole cuillères en argent et  soutire des pièces d’or.

 Les actrices chantent l’amour, ses joies et ses peines dans des mélodies italiennes composées par Camille Rocailleux et d’une clarté radieuse. Les  chœurs d’hommes, sont justes et beaux, avec, au piano, Valentin Lambert. Maryne Sylf  est une princesse de Barcelone au port majestueux et à la voix cristalline. Elsa Guedj en Hortense, joue de ses sonorités vocales acidulées. Et Johanna Bonnet (Lisette) vive et dansante ne se laisse pas impressionner par son fieffé d’Arlequin.Jean-Claude Drouot (Frédéric) a une belle prestance en administrateur corrompu. Et qu’ils soient ici valets ou princes, les autres acteurs ont une indéniable présence physique. Nicolas Avinée en Lélio d’abord, puis Pierre-Ostoya Magnin  en ambassadeur, se contorsionnent sur un canapé, avec la gestuelle efficace de saltimbanques avisés. Mais toujours en correspondance antithétique avec la langue réglée de Marivaux.

 Damien Caille-Perret, a imaginé une  la scénographie somptueuse avec un mur au lointain,  fait d’un immense rideau rouge sombre et un grand escalier en fer qui descend en spirale des cintres jusqu’au plateau. Belle métaphore des rapports de classe entre le monde d’en haut et celui d’en bas. Il y a aussi un lustre magnifique dans le salon où trônent deux canapés de cuir. Les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz évoquent les années cinquante : pantalons larges pour les homme et robes seyantes pour les  femmes.

 Vertiges exquis de la langue: Marivaux n’en finit pas de ciseler ses armes, avant de lancer des pointes sémantiques. Bref, un texte fort  au rythme et à la musique exceptionnels : « Madame, il vous faut un prince ou un homme qui mérite de l’être, c’est la même chose (…) Jeune, aimable, vaillant, généreux et sage, c’est la même chose (…) Donnez à vos sujets un souverain vertueux, ils se consoleront avec sa vertu du défaut de sa naissance. » Le bonheur de ce voyage théâtral : plaisir visuel de la scène et de ses acteurs, et plaisir d’entendre les voix et les musiques, tient aussi à la grande maîtrise d’Yves Beaunesne.

Véronique Hotte

Spectacle vu le  5 décembre à La Piscine-Théâtre Firmin Gémier, à Châtenay-Malabry.

Centre des Bords de Marne, Le-Perreux-sur-Marne le 10 janvier.Scènes du Golfe à Vannes, le 15 janvier.
Scène Nationale 71 à Malakoff, du 23 janvier au 1er février 2019. 
Théâtre Montansier à Versailles, du 6 au 10 février. Scène Nationale d’Alençon, le 26 février. Théâtre Jacques Cœur, Lattes, le 21 mars. Grand Théâtre de Calais, les 28 et 29 mars.

Maison de la Culture de Nevers, le 4 avril.

 


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