Les Bouillonnantes textes de Nadège Prugnard et Koffi Kwahulé, mise en scène de Carole Thibaut

Les Bouillonnantes, textes de Nadège Prugnard et Koffi Kwahulé, mise en scène de Carole Thibaut

 

©Heloise Faure

©Heloise Faure

Elles bouillonnent, ces paroles de femmes, recueillies par Nadège Prugnard dans les campagnes du Bourbonnais, et par Koffi Kwahulé dans un quartier populaire de Montluçon. Recomposées par ces écrivain.e.s,  elles muent en un concert poético-rock, avec trois comédiennes et deux musicien.e.s, sur la musique de Camille Rocailleux.  Depuis qu’elle a pris la direction du théâtre des Îlets à Montluçon, Carole Thibaut mène un projet d’ancrage et de rencontres dans les territoires avoisinants, baptisé TIM (Territoire, Identité, Mémoire) : « Il s’agit de comprendre en profondeur (…) l’histoire d’un territoire rural, d’une petite ville bouleversée par le développement spectaculaire de l’industrie, puis par la fermeture des usines. De ces territoires, qu’on a appelés aussi les “zones blanches“ De cette histoire, il est plus que temps aujourd’hui, de faire récit »
 
Les Bouillonnantes qu’elle met en scène, s’inscrit dans cette démarche, parmi d’autres initiatives tout au long de la saison, notamment sur la mémoire ouvrière ou les questions migratoires. Mais, au-delà du documentaire, la pièce constitue un geste artistique. De ces écritures qui se croisent, celle de Nadège Prugnard est prépondérante, le spectacle se focalisant sur la question des femmes en milieu rural. «J’ai essayé de synthétiser ces paroles dans le champ du poétique, dit-elle, avec trois personnages. J’ai besoin de traverser tout cela par le poème et la chanson. »

Les récits de ce trio de solitudes s’entrelacent et se répondent: Lili, l’amoureuse, la rêveuse, rencontre Pierrot au bal des conscrits, au son d’une fanfare tonitruante qui joue Que je t’aime, de Johnny Hallyday… Elle dit son émoi avec délicatesse, incarnée par Valérie Schwarhz. «J’ai rougi /Que je t’aime il a dit /Et nos bouches se sont collées/Et nos langues avalées /Et nos corps enfoncés nos corps bouillonnaient/ Les pieds dans la flaque du 14 juillet… » Plus rude et guerrière, Rose (Nadège Prugnard)  essaye de s’en sortir, depuis qu’elle a enterré sa grand mère, et son chien…» Je suis seule, je suis Rose /je suis rien/ Je voulais être pilote de ligne mécanicienne, créer des œuvres métalliques, des tableaux de chaudronnerie, des maisons de fer mais je suis seule je suis rien je m’appelle Rose pleine d’épines et de chagrin (…) / Je suis quelqu’un /Je m’appelle Rose Mais personne/ Personne /ne s’en souvient »  Puis le long cri de Marianne (Carole Thibaut), femme de paysan, qui découvre son mari pendu, pour cause de dettes. «Désolée si je suis en colère mais aujourd’hui c’est mon mari que j’enterre (…) Une flaque de larmes (…) Ils crucifient l’agriculture, ils ne savent pas ce qu’ils font (…) la faucheuse est dans la pré… »

Dans ce spectacle à trois voix, celles de centaines de vies croisées par Nadège Prugnard, s’intercale les bribes d’un épisode plus urbain, conté par Koffi Kwahulé : la démolition d’un quartier. « Rasé. /Quelque chose qui était là̀ / Et quelque chose qui ne sera plus jamais là. /Rasé. /Ça a été comme un saut dans le vide./ Un peu comme quand on a coupé la tête au roi./  On l’a vu ça, La France, elle n’a plus été comme avant.(…)  Son texte Rasé fera l’objet d’un prochain spectacle.
De la disparition d’un pâté d’immeubles, à la déréliction et à la solitude des campagnes, les femmes racontent ces territoires perdus de la République, cette France périphérique dont les gens occupent aujourd’hui les carrefours, en gilet jaune. Elles prennent ici la parole et disent la colère populaire. Comme  Marianne qui parle pour les 738 agriculteurs suicidés en 2.016, chiffre au-dessous de la réalité selon une spectatrice, membre d’une association d’agricultrices, Dfam03 Allier, partie prenante de ce projet.

Ici, grâce au talent d’une équipe, des histoires issues de ce coin de France profonde deviennent une œuvre littéraire et théâtrale dont d’autres metteurs en scène pourraient s’emparer. Un pari tenu par Carole Thibaut: « Il s’agit de faire  résonner ce qui, de l’histoire de Montluçon et de ses environs, dessine une histoire universelle. (…) Il s’agit d’en faire surgir la poésie, d’ inventer des formes, des langages. »  Reste à faire voyager Les Bouillonnantes au-delà de leurs frontières.

Mireille Davidovici.

Spectacle créé au Théâtre de Îlets, du 4 au 7 décembre,  Espace Boris Vian, 27 rue des Faucheroux, Montluçon (Allier). T. :04 70 0386 13.

Association Dfam03 Allier : http://fdgeda03allier.canalblog.com/

 


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