Les Loups, texte et mise en scène de Jean Le Peltier

Festival Impatience:

Les Loups, texte et mise en scène de Jean Le Peltier
        
les-loups-jean-le-peltier-300dpi-1024x728Une immense toile plastifiée, blanc gris nacré et froissée par endroits, envahit toute la surface du plateau et le mur du fond. Au centre,  une petite porte ronde et bleu pétrole d’un abri ? d’une tente?  Où sommes-nous? En Antarctique, avec des chercheurs chargés d’une mission scientifique. Les voilà déambulant tous en slip, courant en cercle, torse nu et en chaussettes. Moment d’une drôlerie irrésistible: ils se sont perdus ou ont perdu la boussole ? Seul, autre présence en ce lieu désertique et hostile, un pingouin joue du tambour et chante avec le timbre de Tom Waits.

Mais épuisés, perdant connaissance, nos chers scientifiques décident de rompre avec ce qui les lie à la civilisation, et de se comporter comme des loups. Vont-ils trouver ainsi une issue ? Il s’agit alors de transformer l’espace de glace en territoire, et le trio Cécile, Pierrick et Jean, en société. Atmosphère poétique et loufoque, spectacle entre absurde et conte philosophique. Cette pièce pleine d’humour sur la condition humaine, ses atouts et ses faiblesses, joyeusement menée au début, va progressivement s’essouffler.

De bons comédiens, une scénographie sobre mais évocatrice, un choix musical original mais  la fable se prend les pieds dans le tapis! En effet, l’auteur n’arrive pas à affiner sa dramaturgie et assez vite les personnages livrés à eux-même, se confrontent au degré zéro de l’«Humanité», une animalité qui est la seule à avoir un  langage articulé qui, ici, peut s’avérer plus brutal que des crocs et des griffes. Mais l’attention du public s’émousse, les personnages sont à la dérive… et le spectacle aussi!

Elisabeth Naud

Spectacle vu au Cent Quatre, 5 rue Curial Paris XIX ème. T. :01 53 35 50 00.

Le Festival Impatience se poursuit jusqu’au 12 décembre.  
 
 


Archive pour 8 décembre, 2018

F(я)iction, spectacle de fin d’études, trentième promotion, mise en scène d’Antoine Rigot et Alice Ronfard de la compagnie des Colporteurs

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F(я)ICTION, spectacle de fin d’études, trentième promotion du Centre National des Arts du cirque, mise en scène d’Antoine Rigot et Alice Ronfard

Le C.N.A.C. est un établissement supérieur et de recherche. Inauguré en 1986 dans le cirque municipal de Châlons-en-Champagne construit à la fin du XIXe siècle par l’architecte Louis Gillet, et ensuite dans les années cinquante, voué à des matchs de catch… Inscrit au titre des Monuments historique depuis 1984,  il a aussi depuis trois ans, de nouveaux espaces de travail sur le site de la Marnaise, situé à proximité.

Il dépend du ministère de la Culture et attribue depuis 2015, le Dnsp AC -Diplôme national supérieur professionnel d’artiste de cirque, à l’issue d’un cursus de trois ans en collaboration avec l’Ecole nationale des arts du cirque (Enacr) de Rosny-sous-Bois assurant la formation en première année. Et depuis 2012, le C.N.A.C. participe au Bac L-option arts du cirque,  au lycée Pierre Bayen de  Châlons-en-Champagne, et assure aussi des formations pour les professionnels du cirque…

La compagnie des Colporteurs  fondée en 96, s’associa à celle des Nouveaux Nez pour imaginer il y a dix ans, La Cascade, Pôle national des arts du cirque à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche) et produit et diffuse ses spectacles sous chapiteau. Antoine Rigot a été formé à l’Ecole Nationale du Cirque Annie Fratellini. Et Alice Ronfard a mis en scène une trentaine de pièces  au Canada et a récemment  Candide de Voltaire au Théâtre du Nouveau Monde à Montréal où elle avait aussi créé L’Imposture (voir Le Théâtre du Blog).

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© Christophe Raynaud de Lage :

Oui, mais voilà : la direction des jeunes interprètes et la mise en scène n’ont rien à voir avec celles des remarquables présentations de fin d’études précédentes. Les numéros se succèdent mais souvent sans rythme et ne font pas spectacle. Et la référence à Shakespeare est des plus floues. «Inspirés par les thèmes que propose La Tempête, s’appuyant sur un travail d’écritures et d’improvisations, les Colporteurs ont invité ces jeunes artistes circassiens à partir à la recherche d’un un univers et d’une identité qui leur est propre et où tout est possible. Un monde inversé, celui de la création et du fantastique, de l’autre côté du miroir. Le défi était de parvenir à créer une forme autant théâtrale que circassienne, un cirque qui parle à la communauté, qui donne du sens à la performativité. »

On veut bien, mais cette note d’intention assez prétentieuse n’aboutit sur rien de bien convaincant… Quelle déception! Et pour un cirque qui, soi-disant, «donne du sens à la performativité», il faudra repasser ! Nous ne vous conseillons pas du tout ce pseudo-spectacle. Et encore une fois, les jeunes circassiens, leur énergie et le haut niveau de leurs performances ne sont pas ici en cause.

Philippe du Vignal

Centre national des Arts du Cirque, Châlons-en-Champagne (Marne) jusqu’au 15 décembre.

Paris,  Parc de la Villette, du 23 janvier au 17 février. Cirque Théâtre d’Elbeuf (Seine-Maritime). Pôle national Cirque-Normandie, dans le cadre du festival Spring, du 29 au 31 mars. Théâtre municipal de Charleville-Mézières (Ardennes), du  19 au  22 mars.
Le Manège, Scène nationale de Reims (Marne), du 12 au 14 avril. Montigny-lès-Metz  (Moselle), du 20 au 22 avril.

 

 

Richard II scène III, acte III

  3DDDFEFF-6895-4650-A96C-23F616DFC052Richard II de William Shakespeare, scène III, acte III

Richard II:

« Que doit faire le roi maintenant? Se soumettre? Le Roi le fera. Se déposer? Le Roi acceptera. Perdre le nom de Roi? Au nom de Dieu, je le laisse filer. J’échange mes bijoux contre un chapelet, mon somptueux palais contre un couvent. Mes habits élégants contre un habit de mendiant. Mes verres décorés contre un plat en bois. Mon sceptre contre un bâton de marche. Mes sujets contre deux saints sculptés.  Et mon très grand royaume contre une petite tombe. Une toute petite, petite, petite tombe. Très sombre. Je consens même à être enterré sur la route royale, sur la route la plus fréquentée pour que les pieds de mes sujets puissent à toute heure, fouler la tête de leur souverain. Vivant, ils marchent bien sur mon cœur; une fois enterré, pourquoi pas sur ma tête. »

 

Bérénice Paysages, d’après Racine, mise en scène de Frédéric Fisbach

Bérénice Paysages, d’après Racine, mise en scène de Frédéric Fisbach

 BereniceUn homme, peut-être un acteur sorti de scène, se démaquille, boit, grignote et marmonne un texte à peine audible. Il consulte parfois son portable, écoute de la musique. On pénètre en quelque sorte dans l’intimité d’un comédien après une représentation. A voix basse, sous une lumière tamisée, il ne cesse de dire le texte de Racine, comme s’il le « déjouait », comme pour se l’enlever de la tête. Ou comme lors d’une italienne :répétition rapide par un acteur d’un texte sans les intonations, juste pour se le mettre en bouche. Parfois, il bute, et se reprend.

On fait le parallèle entre cet homme seul dans sa loge, et la pièce de Racine qui parle de séparation et de devoir. Bérénice, reine de Palestine, espère épouser Titus qui ne peut lui rendre son amour : il est empereur de Rome et  le mariage avec une étrangère lui est interdit. Bérénice dédaigne Antiochus, amoureux silencieux. Le comédien qui consulte régulièrement son téléphone, est peut-être, lui aussi,  un amant éconduit.

 Frédéric Fisbach revient à cette pièce, après l’avoir montée en 2001 : «Par amour pour cette langue, pour ce poème de la séparation. J’avais envie de faire entendre ce poème, quitte à le malmener un peu ; d’entrer dedans, de le découper, de l’épuiser, dans le corps d’une actrice ou d’un acteur. Cela fait longtemps que je cherchais un corps qui puisse accueillir ces paroles, un corps mi-homme/mi-femme, ou angélique et dont la voix nous emporte et fasse exister tour à tour Bérénice, Titus, Antiochus… Un corps poétique qui exalte cette langue. »

 Mathieu Montanier incarne cet homme féminin, avec des mouvements amples et graciles. Une partition difficile puisqu’il lui faut jouer souvent à voix basse et bousculer la petite musique naturelle de la versification. Il y arrive très bien, peut-être trop bien. On s’attend à une évolution, on se dit que peut-être ces silences mèneront vers quelque chose et on aimerait que les personnages pénètrent l’acteur et qu’ils s’incarnent en lui. Mais Mathieu Montanier reste fidèle à une rigueur sans concession, un peu austère pour le spectateur qui entend le texte avec difficulté, s’il ne le possède pas parfaitement. Et la diction de l’acteur met à mal la musique des vers, malgré une démarche cohérente et une mise en scène rigoureuse… Bref, un objet scénique original! Fréderic Fisbach présentera Convulsions d’Hakim Bah (voir Le Théâtre du Blog) à Théâtre Ouvert, du 18 janvier au 9 février, avec un travail habité de bruit et de fureur donc aux antipodes de cette Bérénice Paysages.

Julien Barsan

Jusqu’au 30 décembre, Théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple, Paris XI ème. T. : 01 48 06 72 343.

Macadam Animal, d’Olivia Rosenthal et Eryck Abecassis

Macadam Animal, d’Olivia Rosenthal et Eryck Abecassis

 

261DD365-ADF2-4C46-9B40-4CD4DECBA1DDIls sont là, dans le villes, furtifs et effrayants : rats, parasites, corbeaux de mauvaise augure. On les chasse, on dératise, on éradique. Pourtant, ils sont utiles à la  communauté urbaine : les rats tolérés, car l’équilibre de l’espèce est préservé, assureraient une grande part de l’élimination des ordures organiques. Du travail silencieux, mais efficace. Et les termites ? Toujours au pluriel : c’est leur vertigineuse organisation qui fait peur, et leur silence : ils (car Termite est masculin…) sapent nos maisons, rendent fragiles nos refuges, au lieu de travailler à leur tâche naturelle, qui est d’aérer la terre. Mais quelle terre en ville ? 

Olivia Rosenthal a choisi de réhabiliter les «nuisibles», ou du moins d’inviter à jeter un autre regard sur eux, et sur ce que la mondialisation du commerce déverse sur nous d’ «invasifs». Frelon d’Asie, crabes bleus du Mexique : leur exotisme fait peur, on n’est pas loin des fantasmes du «péril jaune» ou du “grand remplacemet“. Bien sûr, le propos d’Olivia Rosenthalest politique, mettant en images cette peur de l’autre qui gangrène le monde, l’animal étant le premier «autre», le plus proche. Elle insiste, dans une très belle et trop longue séquence vidéo, sur les énormes échanges de marchandises dans un port de containers. À peine quelques fourmis humaines : on assiste à un ballet de portiques et d’énormes tracteurs déplaçant les richesses cachées de la mondialisation. Mais les larves des crabes prennent aussi les cargos… On empêche le passage des hommes, mais les espèces sauvages se glissent où elles veulent. L‘argent et le profit aussi, déduisons-nous « en creux » de ces images. 

Macadam Animal  n’est pas à proprement parler un spectacle, mais plutôt une performance à trois avec un écran, une conteuse-conférencière et un musicien. Eryck Abecassis joue -on aurait envie d’écrire: jouit- de toutes les possibilités de son instrument électronique. Il peut le faire rugir, frissonner, chanter, siffler, évoquer et feutrer le cri du corbeau. Le foisonnement même des fils électriques, projetés en ombre sur l’écran, évoque une jungle. Même si l’on regrette qu’Olivia Rosenthal n’ait pas demandé un “regard extérieur“ qui ait fait “monter“ encore la performance, on ne peut qu’y être sensible, charmé et interrogé par son caractère poétique, politique et gentiment pédagogique. On n’oubliera pas les jolies images vidéo de l’introspection du corbeau : dois-je piquer du bec cette fraise, ou en ramasser trois ? Ni les réponses des enfants de Bobigny (Olivia Rosenthal y était en résidence) aux questions sur les animaux qu’ils connaissent : « j’ai vu un écureuil en vrai ! ». Bref, on a rarement l’occasion d’évoquer la mondialisation, les questions écologiques et même les questions philosophiques avec autant de poésie et d’humour.

Christine Friedel

MC 93 à Bobigny (93) jusqu’au 8/12 18h30 – T. 01 41 60 72 72 .

A lire, entre autres : Olivia Rosenthal Que font les Rennes après Noël (folio), prix du livre Inter 2011

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