Macadam Animal, d’Olivia Rosenthal et Eryck Abecassis

Macadam Animal, d’Olivia Rosenthal et Eryck Abecassis

 

261DD365-ADF2-4C46-9B40-4CD4DECBA1DDIls sont là, dans le villes, furtifs et effrayants : rats, parasites, corbeaux de mauvaise augure. On les chasse, on dératise, on éradique. Pourtant, ils sont utiles à la  communauté urbaine : les rats tolérés, car l’équilibre de l’espèce est préservé, assureraient une grande part de l’élimination des ordures organiques. Du travail silencieux, mais efficace. Et les termites ? Toujours au pluriel : c’est leur vertigineuse organisation qui fait peur, et leur silence : ils (car Termite est masculin…) sapent nos maisons, rendent fragiles nos refuges, au lieu de travailler à leur tâche naturelle, qui est d’aérer la terre. Mais quelle terre en ville ? 

Olivia Rosenthal a choisi de réhabiliter les «nuisibles», ou du moins d’inviter à jeter un autre regard sur eux, et sur ce que la mondialisation du commerce déverse sur nous d’ «invasifs». Frelon d’Asie, crabes bleus du Mexique : leur exotisme fait peur, on n’est pas loin des fantasmes du «péril jaune» ou du “grand remplacemet“. Bien sûr, le propos d’Olivia Rosenthalest politique, mettant en images cette peur de l’autre qui gangrène le monde, l’animal étant le premier «autre», le plus proche. Elle insiste, dans une très belle et trop longue séquence vidéo, sur les énormes échanges de marchandises dans un port de containers. À peine quelques fourmis humaines : on assiste à un ballet de portiques et d’énormes tracteurs déplaçant les richesses cachées de la mondialisation. Mais les larves des crabes prennent aussi les cargos… On empêche le passage des hommes, mais les espèces sauvages se glissent où elles veulent. L‘argent et le profit aussi, déduisons-nous « en creux » de ces images. 

Macadam Animal  n’est pas à proprement parler un spectacle, mais plutôt une performance à trois avec un écran, une conteuse-conférencière et un musicien. Eryck Abecassis joue -on aurait envie d’écrire: jouit- de toutes les possibilités de son instrument électronique. Il peut le faire rugir, frissonner, chanter, siffler, évoquer et feutrer le cri du corbeau. Le foisonnement même des fils électriques, projetés en ombre sur l’écran, évoque une jungle. Même si l’on regrette qu’Olivia Rosenthal n’ait pas demandé un “regard extérieur“ qui ait fait “monter“ encore la performance, on ne peut qu’y être sensible, charmé et interrogé par son caractère poétique, politique et gentiment pédagogique. On n’oubliera pas les jolies images vidéo de l’introspection du corbeau : dois-je piquer du bec cette fraise, ou en ramasser trois ? Ni les réponses des enfants de Bobigny (Olivia Rosenthal y était en résidence) aux questions sur les animaux qu’ils connaissent : « j’ai vu un écureuil en vrai ! ». Bref, on a rarement l’occasion d’évoquer la mondialisation, les questions écologiques et même les questions philosophiques avec autant de poésie et d’humour.

Christine Friedel

MC 93 à Bobigny (93) jusqu’au 8/12 18h30 – T. 01 41 60 72 72 .

A lire, entre autres : Olivia Rosenthal Que font les Rennes après Noël (folio), prix du livre Inter 2011

 


Répondre

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...