Voyage d’hiver (une pièce de théâtre), d’après Winterreise et des textes d’Elfriede Jelinek, adaptation et mise en scène de Clara Chabalier

Voyage d’hiver (une pièce de théâtre), d’après Winterreise, traduction de Sophie André-Herret, Moi l’étrangère et Sur Schubert, traduction de Magali Jourdan et Mathilde Sobottke, textes d’Elfriede Jelinek, adaptation et mise en scène de Clara Chabalier

Crédit photo : Marikel Lahana

Crédit photo : Marikel Lahana

 L’expression acerbe et radicale de la dramaturge autrichienne, prix Nobel de littérature, se coule admirablement dans le déchirant Winterreise de Schubert, ce Voyage en hiver en deux cycles pour voix et piano sur des poèmes de Wilhelm Müller, et des extraits de textes inédits d’Elfriede Jelinek. Entre paysages majestueux de montagnes d’arbres enneigés et écran sec d’ordinateur. Un voyage avec correspondances, une traversée de la folie du monde d’aujourd’hui. Un monologue virulent, intime et politique, lancé à la face du monde contemporain, et le constat d’un délitement humaniste. Avec une liste humiliante de fourvoiements : scandales politiques et financiers, opinion populaire équivoque, culte inquiétant du sport et de la jeunesse…

 Clara Chabalier interprète elle-même Voyage d’hiver (une pièce de théâtre) avec le compositeur-pianiste et acteur Sébastien Gaxie, et la chanteuse mezzo-soprano Elise Dabrowski. Les thèmes privilégiés de ce rendez-vous littéraire, théâtral et musical ? La solitude « de tous les amoureux du monde », la pauvreté, et le rejet social.  Un voyageur quitte la ville car celle qu’il aime, va épouser un homme plus fortuné. Les portes se referment dès lors sur lui, et «les chiens l’invitent à passer son chemin ». Et sur un écran, le cri de noirs corbeaux qui passent, traverse les paysages de montagnes magiques. Une manière de fuir un monde où on se sent étranger, et de se fondre dans l’hiver où la Nature gelée est indifférente à un cœur déshumanisé, quand la promenade se rapproche encore de la folie et de la mort. Un état d’âme en osmose avec la souffrance intérieure du compositeur solitaire, à l’écoute des poèmes de Wilhem Müller qui préfère la désertion, à la tyrannie politique.

 Une promenade, à la fois physique et métaphysique où le Wanderer, le voyageur errant-  figure importante du romantisme allemand- enfonce ses pas dans la neige, en s’éloignant du monde pour mieux se rapprocher de lui-même, à la recherche d’un espace sublime, plus vaste que celui construit par les Lumières. Clara Chabalier milite théâtralement contre « la dévaluation de la vie humaine et son instrumentalisation, au-delà du progrès industriel, à la manière rigoureuse et fervente des Romantiques qui prônent la singularité d’un chemin de pensée personnel que chacun doit éprouver sans en connaître le but. »

 Frustrations, manques et ratés dans l’expérience humaine sont pléthore comme l’enfermement de Natascha Kampusch dans un sous-sol pendant plus de huit ans : on voit alors sur l’écran, une interview diffusée alors à la télévision, de la jeune fille libérée. Puis, une dame âgée, atteinte d’Alzheimer, pénètre  à l’intérieur d’une maison qu’elle ne reconnait pas. L’ordinateur nous permet de « communiquer», d’échanger artificiellement avec un autre humain virtuel, mais sans l’empathie recherchée.

 Scénographie inventive, avec l’intérieur de  chalet-témoin de station de ski, aux grandes baies vitrées. Dans une ambiance de vitrines de Noël avec sapins en kit, skis, anorak couleur fluo et neige artificielle. Soit une installation ludique qui se moque ouvertement, et dans les règles de l’art musical et du chant, d’un monde de papier fondé sur des mensonges, approximations et fausses valeurs-refuges. Avec ironie, sens du burlesque et du ridicule, Clara Chabalier sait donner à ces aventures humaines actuelles toute la dimension politique et poétique, si précieuse  au métier de vivre… Un voyage surréaliste et fascinant dans ces contrées  où on peut trouver l’apaisement requis et le retour à soi, grâce à la voix d’Elise Dabrowski et au piano de Sébastien Gaxie.

 Véronique Hotte

 Théâtre de L’Echangeur à Bagnolet (Seine-Saint-Denis),  jusqu’au au 21 décembre. T. : 01 43 62 71 20.

 

 

 


Archive pour 16 décembre, 2018

Voyage d’hiver (une pièce de théâtre), d’après Winterreise et des textes d’Elfriede Jelinek, adaptation et mise en scène de Clara Chabalier

Voyage d’hiver (une pièce de théâtre), d’après Winterreise, traduction de Sophie André-Herret, Moi l’étrangère et Sur Schubert, traduction de Magali Jourdan et Mathilde Sobottke, textes d’Elfriede Jelinek, adaptation et mise en scène de Clara Chabalier

Crédit photo : Marikel Lahana

Crédit photo : Marikel Lahana

 L’expression acerbe et radicale de la dramaturge autrichienne, prix Nobel de littérature, se coule admirablement dans le déchirant Winterreise de Schubert, ce Voyage en hiver en deux cycles pour voix et piano sur des poèmes de Wilhelm Müller, et des extraits de textes inédits d’Elfriede Jelinek. Entre paysages majestueux de montagnes d’arbres enneigés et écran sec d’ordinateur. Un voyage avec correspondances, une traversée de la folie du monde d’aujourd’hui. Un monologue virulent, intime et politique, lancé à la face du monde contemporain, et le constat d’un délitement humaniste. Avec une liste humiliante de fourvoiements : scandales politiques et financiers, opinion populaire équivoque, culte inquiétant du sport et de la jeunesse…

 Clara Chabalier interprète elle-même Voyage d’hiver (une pièce de théâtre) avec le compositeur-pianiste et acteur Sébastien Gaxie, et la chanteuse mezzo-soprano Elise Dabrowski. Les thèmes privilégiés de ce rendez-vous littéraire, théâtral et musical ? La solitude « de tous les amoureux du monde », la pauvreté, et le rejet social.  Un voyageur quitte la ville car celle qu’il aime, va épouser un homme plus fortuné. Les portes se referment dès lors sur lui, et «les chiens l’invitent à passer son chemin ». Et sur un écran, le cri de noirs corbeaux qui passent, traverse les paysages de montagnes magiques. Une manière de fuir un monde où on se sent étranger, et de se fondre dans l’hiver où la Nature gelée est indifférente à un cœur déshumanisé, quand la promenade se rapproche encore de la folie et de la mort. Un état d’âme en osmose avec la souffrance intérieure du compositeur solitaire, à l’écoute des poèmes de Wilhem Müller qui préfère la désertion, à la tyrannie politique.

 Une promenade, à la fois physique et métaphysique où le Wanderer, le voyageur errant-  figure importante du romantisme allemand- enfonce ses pas dans la neige, en s’éloignant du monde pour mieux se rapprocher de lui-même, à la recherche d’un espace sublime, plus vaste que celui construit par les Lumières. Clara Chabalier milite théâtralement contre « la dévaluation de la vie humaine et son instrumentalisation, au-delà du progrès industriel, à la manière rigoureuse et fervente des Romantiques qui prônent la singularité d’un chemin de pensée personnel que chacun doit éprouver sans en connaître le but. »

 Frustrations, manques et ratés dans l’expérience humaine sont pléthore comme l’enfermement de Natascha Kampusch dans un sous-sol pendant plus de huit ans : on voit alors sur l’écran, une interview diffusée alors à la télévision, de la jeune fille libérée. Puis, une dame âgée, atteinte d’Alzheimer, pénètre  à l’intérieur d’une maison qu’elle ne reconnait pas. L’ordinateur nous permet de « communiquer», d’échanger artificiellement avec un autre humain virtuel, mais sans l’empathie recherchée.

 Scénographie inventive, avec l’intérieur de  chalet-témoin de station de ski, aux grandes baies vitrées. Dans une ambiance de vitrines de Noël avec sapins en kit, skis, anorak couleur fluo et neige artificielle. Soit une installation ludique qui se moque ouvertement, et dans les règles de l’art musical et du chant, d’un monde de papier fondé sur des mensonges, approximations et fausses valeurs-refuges. Avec ironie, sens du burlesque et du ridicule, Clara Chabalier sait donner à ces aventures humaines actuelles toute la dimension politique et poétique, si précieuse  au métier de vivre… Un voyage surréaliste et fascinant dans ces contrées  où on peut trouver l’apaisement requis et le retour à soi, grâce à la voix d’Elise Dabrowski et au piano de Sébastien Gaxie.

 Véronique Hotte

 Théâtre de L’Echangeur à Bagnolet (Seine-Saint-Denis),  jusqu’au au 21 décembre. T. : 01 43 62 71 20.

 

 

 

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