La Cartomancie du Territoire, texte et mise en scène de Philippe Ducros

 

La Cartomancie du Territoire, texte et mise en scène de Philippe Ducros

 

©Maxime Côté

©Maxime Côté

Un spectacle qui s’inscrit dans le cycle Récits de vie organisé à la Maison des Métallos à Paris.  maintenant dirigée par Stéphanie Aubin, et qui fait la part belle aux témoignages, récits et autofictions.  Comme notamment F(l)ammes d’Ahmed Madani ou Radio Live (voir Le Théâtre du Blog). Ici, le Québécois Philippe Ducros s’empare de la question des autochtones et populations nomades qui vivent dans son pays. «L’Occident et son capitalisme, dit-il, n’ont jamais trop aimé les nomades. Les premières nations le savent et en ont durement payé le prix. Or, je me reconnais en ce nomadisme. Je n’ai pas eu la chance d’aller dans des écoles d’art, dans les studios des maîtres, j’ai plutôt voyagé. » (…) «Ces voyages ont fait de moi, un homme hanté. J’ai écrit des pièces qui se sont révélées salvatrices et qui m’ont aidé à retrouver le sommeil ».

 L’artiste est allé à la rencontre d’autochtones parqués dans les réserves au Canada, à qui on interdit la propriété, donc le droit d’hypothéquer leurs biens. Les pensionnats où sont placés les jeunes sont faits pour «tuer l’Indien dans l’enfant» ; certains n’en reviennent pas vivants ou traumatisés. Des jeunes filles disparaissent régulièrement, et on retrouve parfois leurs corps au fond des rivières. Là, le chômage est élevé et le taux de suicide encore plus. Et dans ces coins de nature coincés entre des autoroutes, la pollution n’épargne personne et on trouve des P.C.B. toxiques  jusque dans le lait maternel. Philippe Ducros a sillonné les onze nations du Québec, « descendantes du sol sur lequel on vit ». De cette récolte, il a tiré un spectacle en plusieurs tableaux qu’il joue avec Marco Collin et Kathia Rock, comédiens autochtones. Il y confronte son expérience à celle des hommes et des femmes rencontrés. En fond de scène, un grand écran diffuse des vues aériennes de grands espaces enneigés ou de trajets vers les réserves sur les routes 138 ou 132, le long du fleuve Saint-Laurent. On découvre aussi un train de marchandises tirant une centaine de wagons vides! De belles images, un décor tout à fait approprié. Et Kathia Rock chante d’une voix claire et sensible.

Mais tout cela ne parvient pas toujours à «faire théâtre». L’enchaînement des séquences est difficile à cause d’un manque de dramaturgie : le spectacle paraît donc un peu long. Face aux destins qu’il a croisés, Philippe Ducros nous fait part de ses états d’âme mais ne laisse guère de place aux personnages réels… Quand on fait du théâtre documentaire, trouver la bonne forme pour présenter des témoignages, tient d’une alchimie difficile. Cette Cartomancie du territoire a au moins le mérite de nous ouvrir les yeux sur la détestable traite humaine dans un Canada qui reste un Eldoradopour beaucoup d’Européens. Une cause d’une actualité théâtrale, brûlante et controversée : on peut aussi voir en ce moment Kanata du Québécois Robert Lepage au Théâtre du Soleil.

 Julien Barsan

Spectacle joué du 11 au 16 décembre à la Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris XI ème. T. : 01 47 00 25 20.

 


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