Hamlet , opéra d’Ambroise Thomas, mise en scène de Cyril Teste, direction musicale de Louis Langrée

Photo Vincent Pontet

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Hamlet, opéra d’Ambroise Thomas, livret de Michel Carré et Jules Barbier,  d’après William Shakespeare, mise en scène de Cyril Teste, direction musicale de Louis Langrée

Photo Vincent Pontet

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Le metteur en scène de Festen, spectacle que avions apprécié (voir Le Théâtre du blog), met son talent au service d’une œuvre lyrique à la française, créé le 9 mars 1868,  à l’Opéra Le Pelletier à Paris. Dans cette nouvelle production de l’Opéra-Comique, Louis Langrée dirige l’orchestre des Champs-Elysées et remet au goût du jour, la partition romantique un peu oubliée du compositeur, célèbre pour son Mignon (1866).

La musique épouse un livret de style convenu: Jules Barbier et Michel Carré, célèbres pour le Faust de Gounod , marqués par l’influence de Victor Hugo, et surtout l’Hamlet d’Alexandre Dumas et Paul Meurice (1847), se focalisent sur l’idylle Hamlet-Ophélie, plus que sur les intrigues du pouvoir. Adroits adaptateurs, ils versifient habilement mais sans poésie, bien loin de William Shakespeare. La structure dramatique reste cependant cohérente et concise : Laërte (ténor), voit son rôle réduit, comme celui de son père Polonius (baryton basse). Sont privilégiés les conflits intimes:  entre Hamlet et Ophélie,  entre Claudius et Gertrude,  et entre Hamlet,Ophélie et Gertrude, et enfin la grande scène de l’acte III Hamlet-Gertrude…

La partition d’Ambroise Thomas possède une certaine force expressive, mais reste sans grand éclat : « Il y a trois sortes de musique, ironisait Emmanuel Chabrier: la bonne, la mauvaise et celle d’Ambroise Thomas. » Elle ménage pourtant quelques innovations, comme l’introduction d’un solo de saxophone, instrument nouvellement inventé. Aux rafales de cordes dramatisantes, succèdent de jolis solos de cor anglais, clarinette, flûte et trombone. A noter de petit joyaux comme la chanson d’Ophélie à l’acte lV, interprétée magnifiquement par Sabine Devieilhe, alors que son corps s’estompe dans les flots grâce au cinéma.

Louis Langrée nous restitue sans afféteries le charme de la musique, et la mise en scène contribue aussi à la magie de ce spectacle. « Cette œuvre nous met au défi : définir points de vue et cadrages, construire des plans, et monter des scènes.», dit Cyril Teste. L’écriture scénique qu’il a mise au point, depuis 2011, avec le Collectif MxM (tournage, montage, étalonnage et mixage en temps réel, sous le regard du public), correspond à l’univers onirique de William Shakespeare. Théâtre et cinéma font ici excellent ménage. La caméra de Nicolas Dorémus saisit au plus près chaque personnage. De séquence en séquence, dans la scénographie élégante de Ramy Fischler, une symbiose s’installe entre cinéma, théâtre, chant et orchestre. Chaque acte commence par un film, puis Cyril Teste nous plonge au cœur des conflits. Des films enregistrés nous emmènent hors-champ dans les coulisses pour l’entrée en scène des protagonistes.

Le Spectre du père se balade de la scène à la salle, sur des écrans démultipliant sa présence ombreuse, alors qu’il apparaît aussi en chair et en os au milieu des spectateurs : Jérôme Varnier, à la voix de  basse impressionnante. « Pour moi, il est clair que le Spectre a écrit la  pièce, dit Cyril Teste (on sait d’ailleurs que Shakespeare jouait ce rôle). Le Spectre demande à Hamlet de mettre en scène Le Meurtre de Gonzague. » Comme un véritable chef-opérateur, le Prince se met alors à diriger les acteurs de ce théâtre dans le théâtre:  «Le théâtre sera la chose où je prendrai la conscience du roi, explique le héros » (acte II, scène II). Ici le cinéma renverse l’image du pouvoir construite par l’usurpateur Claudius et sa clique, après le meurtre du Roi et les noces de Gertrude, mère d’Hamlet, avec son beau-frère.

Stéphane Degout, Hamlet élégant gracieux, à l’aise dans ses baskets, a une voix claire et puissante de baryton qui s’unit à merveille à la soprano Sabine Devieilhe et à celle de Sylvie Brunet-Grupposo; elle campe, mezzo soprano, une Gertrude énergique. L’articulation vérité et représentation, au cœur de la problématique shakespearienne, fonctionne à fond dans ce théâtre d’ombres et de lumière où s’ouvrent d’infinies mises en abyme. On retrouve ici le dramaturge élisabéthain, au travers d’un opéra qui s’était un tant soit peu éloigné de sa source originelle. Un grand bravo à tous les artistes et à leur metteur en scène.

Mireille Davidovici

Opéra Comique, 1, place Boieldieu, Paris II ème. T. : 01 70 23 01 31.

 

 

 

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