Hiroshima mon amour de Marguerite Duras, adaptation et mise en scène de Bertrand Marcos

Hiroshima mon amour de Marguerite Duras, adaptation et mise en scène de Bertrand Marcos

 

Crédit photo : Carole Bellaïche

Crédit photo : Carole Bellaïche

Au printemps 1958, la société Argos sollicite Marguerite Duras : elle avait produit Nuit et brouillard d’Alain Resnais, et avait passé commande au cinéaste d’un long métrage sur Hiroshima et les effets de la bombe atomique. Le cinéaste veut donner à son film un éclairage féminin, et, après avoir pensé à Françoise Sagan et à Simone de Beauvoir, choisira Marguerite Duras.L’année de la parution de Moderato Cantabile, elle écrit le synopsis d’Hiroshima mon amour, en collaboration avec Alain Resnais et Gérard Jarlot.

La sortie du film, tourné en août et en septembre au Japon, puis en décembre à Nevers, avait été prévue pour le festival de Cannes 1959. Mais non retenu par la commission de sélection, il sera projeté hors festival : un succès ! La grande réussite du scénario tient à ce que Marguerite Duras a compris que, face à un tel thème, elle était confrontée à l’indicible : «J’ai voulu imposer l’impossibilité d’accrocher, d’amarrer l’événement d’Hiroshima à la catastrophe fantastique que représente Hiroshima, une affabulation quelconque.»  Quand elle fait dire au début : «Tu n’as rien vu à Hiroshima », cela signifiait pour elle : tu ne verras jamais rien, tu n’écriras rien, tu ne pourras jamais rien dire sur cet événement. A partir de l’impuissance de parler de l’inouï, elle dit avoir fait le film.

 Comme le note Bernard Pingaud (Inventaire), le film «n’est pas l’histoire d’un amour ou de deux amours, ni celle d’un bombardement»  mais celle  d’un oubli. Ainsi, se souvenir de l’être aimé comme de l’oubli de l’amour même, ou penser à cette histoire comme à l’horreur de l’oubli : «On croit savoir et puis, non jamais.» Le nombre de tués par l’explosion, la chaleur et la tempête de feu consécutive, n’est pas déterminé, mais le Département de l’Énergie des États-Unis l’évalue à 70.000 à Hiroshima le 6 août 1945, et 40.000 à Nagasaki, trois jours plus tard. Face à tous ces morts, l’histoire de la mort d’un seul amour est racontée par Elle qui n’en finit pas de souffrir « qu’avec le temps va tout s’en va.» Elle (Fanny  Ardant), belle silhouette élancée à la robe noire et aux épaules nues  et Lui , en voix off, grave, calme et imposante« Quatre fois au musée de Hiroshima. J’ai regardé les gens. J’ai regardé moi-même pensivement, le fer. Le fer brûlé, Le fer brisé, le fer devenu vulnérable comme la chair. J’ai vu… Des peaux humaines flottantes, survivantes, encore dans la fraîcheur de leurs souffrances. Des pierres. Des pierres brûlées. Des pierres éclatées… » Elle dit n’avoir rien inventé, il rétorque qu’elle a tout inventé, mais elle nie encore.

 Comme dans l’amour, existe cette illusion de pouvoir ne jamais oublier, de même la femme a eu l’illusion devant Hiroshima de n’oublier jamais, amour et mort liés. A la fois majestueuse et fragile, Fanny Ardant fait quelques pas, perchée sur ses talons de ville, puis s’arrête pour une pause furtive, assise sur une chaise, et se relève encore pour s’accroupir plus tard. Avant de s’allonger, étendue et comme gisante, repliée dans la douleur et abandonnant son corps à une ultime passion dévorante. L’homme, l’amant d’Hiroshima, la questionne. Elle, est originaire de Nevers et toute jeune fille, est tombée amoureuse d’un soldat allemand -son premier amour- lors de la Seconde Guerre mondiale. On lui rasa les cheveux pour l’humilier puis, cachée par sa mère dans une cave, elle entend les cris de joie et de fête de la Libération. Objet de honte, elle est dite « morte » par sa famille méprisante, et ne sort que la nuit, dans le jardin.

Elle quittera Nevers à jamais pour la grande ville qu’est Paris, d’où elle ira à Hiroshima. Le cœur gros, elle associe inextricablement, face à son nouvel amant, les deux figures d’un désastre existentiel : la bombe d’Hiroshima qui a tué les vivants sans compter, et la mise à mort de l’amant, l’ennemi de la France, tué dans un jardin à Nevers. L’amour et la mort tombent dans un oubli irréversible, si ce n’est la douleur qui reste. Une performance d’actrice dont la puissance est au service de la musique de Marguerite Duras.

 Véronique Hotte

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, Paris XVIII ème, jusqu’au 31 décembre. T. : 01 46 06 49 24.

La version d’Hiroshima mon amour, scénario et dialogues, est éditée chez Gallimard.

 


Archive pour décembre, 2018

A Love Suprême de Xavier Durringer, mise en scène de Dominique Pitoiset

A Love Suprême de Xavier Durringer, mise en scène de Dominique Pitoiset

 

A Love supreme_© Mirco Magliocca__DSC4090-1 L’écrivain et réalisateur de cinéma revient à ses premières amours, le théâtre, avec un solo pour femme, écrit sur un tempo digne de John Coltrane. Dominique Pitoiset lui en a passé commande pour le premier acte d’un cycle qu’il entame «sur l’homme blanc et la femme blanche de plus de cinquante ans».

Bianca est sous le choc. Virée sec: «Ils veulent que j’arrête. Ils veulent que j’arrête. C’est venu comme ça sans prévenir, sans le moindre signe (…) C’est dingue. J’ai rien vu venir même pas une réflexion avant, pour que je me prépare à ça. Rien d’avant-coureur, rien d’apparent que j’aurais pu voir venir ou sentir… Rien senti. Rien compris. Ils n’ont rien changé dans leur comportement. Rien. Que de la routine. (…) Et une balle dans la tête. C’est comme si on m’avait craché en plein visage, et que personne ne bouge, personne ne fasse attention. Je suis comme un mollard qui flotte et qui se disloque au fil de l’eau. J’ai honte. Ils veulent que j’arrête.»

 Tout de go, elle déballe son histoire et son linge sale devant les machines d’une laverie automatique. Jeune provinciale désargentée, apprentie comédienne dans les années mille neuf cent quatre-vingt, elle travaille dans un peep-show, A Love Suprême… et y restera trente-deux ans. Elle raconte la Pigalle mythique qui n’est plus,  «Pigalle la Blanche », celle de Claude Nougaro,  les folles nuits du Palace et des Bains-Douches où elle se produisait nue, en pleine gloire et beauté. La vie d’artiste. Elle évoque les filles du strip-club, les amours transitoires… Mais le temps a passé, son corps s’est flétri. Internet a dévoré le marché du sexe et les danseuses du nu sont prêtes à tout pour se faire une place à la barre de pôle-danse.

Seule en scène, portée par l’écriture rythmée et imagée de Xavier Durringer, Nadia Fabrizio nous entraîne avec brio dans le passé de cette femme, sous les feux des projecteurs, ou dans l’intimité des cabines d’un peep-show. Du sordide sublimé par l’éclat des tubes fluo. Du clinquant qui claque et qui nous touche aussi. L’écriture ciselée et staccato de Xavier Durringer porte le jeu de la comédienne et inspire au metteur en scène des flashs d’images et de sons. Les hublots de la laverie se font médaillons où apparaissent les séquences de films de l’époque : Les Valseuses à Paris-Texas, ou Opening Night, sur fond de tubes de Bob Dylan, ou  Should I stay or Should I go  de Joe Strummer, des Clash, et bien sûr, A Love Supreme de John Coltrane.

Il faut souhaiter longue vie à ce joli spectacle, émouvant et sobre. Et quand Bianca dit : «Je suis bonne pour la casse! », au-delà de son propre destin, elle évoque celui des femmes de plus de cinquante ans, notamment les actrices qui, au sein de  l’A.A.F.A. (Actrices Acteurs de France Associés) se sont mobilisées sur la question du “tunnel de la comédienne de cinquante ans“.(Voir Le Théâtre du Blog)

Mireille Davidovici

 Spectacle vu le 17 décembre, à Bonlieu-Scène nationale d’Annecy. T. : 04 50 33 44 11.

 Du 20 mars au 5 avril, Théâtre Marigny, Paris.

Le texte est publié aux Éditions Théâtrales

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, mise en scène de Jean-Philippe Daguerre

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, mise en scène de Jean-Philippe Daguerre

AF14DB22-794D-432A-89F6-24AE80470974Cette pièce mythique créée en 1897 -Edmond Rostand n’avait pas trente ans!- est parfois boudée des intellos mais adulée par de nombreux créateurs, comme entre autres Denis Podalydès, Jérôme Savary, Dominique Pitoiset, etc. Au cinéma, en 1990,  Jean-Paul Rappeneau avait confié le rôle de Cyrano à Gérard Depardieu. La pièce a sans doute des longueurs et des facilités de rimes mais quel progression dramatique, quels personnages! Et elle continue à attirer les jeunes metteurs en scène, entre autres, Jean Liermier, Lazare Herson-Macarel (voir Le Théâtre du Blog).

La reprise de cette réalisation (2016) commence plutôt bien, avec, pour ce théâtre dans le théâtre, l’utilisation des premières loges au parterre de cette salle style XVIIème mais on déchante très vite: direction d’acteurs floue, interprétation des plus limites et manquant singulièrement d’unité. Et même les rôles principaux ne sont pas bien tenus. Charlotte Matzneff  (Roxane) n’a pas l’âge du rôle, ni une diction correcte. Stéphane Dausch, affublé d’un long nez et d’un bonnet noir, joue son rôle de façon mécanique et sans grande sensibilité. L’acteur qui joue Christian n’a pas non plus l’âge du rôle, semble s’ennuyer un peu et on se demande bien comment Roxane a pu en tomber amoureuse…

On sait l’importance des différentes musiques dans Cyrano. Ici, Il y a un violoniste en scène, lui aussi affublé d’un nez noir postiche comme Cyrano, les Dieux savent pourquoi; il accompagne très souvent les dialogues, comme si le metteur en scène avait besoin d’une béquille musicale pour faire passer le texte. Un procédé bien connu et facile, utilisé dans les cours de théâtre mais insupportable dans un spectacle professionnel. Bref, rien ici n’est vraiment dans l’axe et tout manque singulièrement de rythme et de vraie poésie… On va encore nous dire que nous ne sommes pas venus un bon jour mais le public a toujours droit au meilleur et non à l’approximatif comme ce soir-là!

Côté dramaturgie, le texte est mal coupé, surtout au début et la belle scène du Non merci  très écourtée. Probablement faute d’un budget suffisant, les cadets de Gascogne sont réduits à la portion congrue, et il n’y aucune trouvaille un peu intelligente, sauf l’utilisation d’un balcon de la salle pour la fameuse scène d’amour, malgré un mauvais éclairage et peut-être la seule qui puisse être sauvée de cette berézina programmée. Et celle  très fameuse du siège d’Arras est bâclée, et la fin, (on ne peut le savoir quand on ne connait pas la pièce), quinze ans se sont écoulés depuis l’acte précédent. Ici, on ne sent en rien l’écoulement du temps, une chose que Jérôme Savary avait si bien réussie. Au Berliner Ensemble, suprême raffinement: pour figurer le temps passé dans Mère Courage, les personnages avaient à la fin, des costumes portant des traces manifestes d’usure! Et ici à la mort de Cyrano, qu’il est pourtant difficile de rater, il n’y a aucune émotion et pourtant quelle scène!

Pas de décors, ce qui n’est pas un inconvénient, sinon un banc rustique et une petite table à roulettes pour figurer l’auberge de Raguenau, bon… Côté costumes, mieux vaut oublier ces guêtres avec chaussures de ville contemporaines au lieu des cuissardes que portent les cadets de Gascogne, bien peu crédibles ou la triste robe de Roxane d’une laideur absolue qui ne l’avantage guère. Ces deux heures et quelque sont assez ennuyeuses et le public n’avait pas l’air enthousiaste! Après les saluts, Charlotte Matzneff vient, de la bouillie dans la bouche, recommander au public de parler de ce spectacle s’il l’a aimé mais sinon d’éviter de le faire… Et puis quoi encore? On va se gêner peut-être après cette soirée ratée! Comme si on allait ne pas vous déconseiller d’aller voir cette médiocre chose!

 Philippe du Vignal

 Théâtre du Ranelagh, 5 rue des Vignes, Paris XVI ème, jusqu’au 13 janvier. T. : 01 42 88 64 44.

 

 

Si loin si proche, une saga franco-algérienne d’Abdelwaheb Sefsaf

Si loin si proche, une saga franco-algérienne d’Abdelwaheb Sefsaf

© Renaud Vezin

© Renaud Vezin

Cela raconte  l’histoire et la vie au quotidien dans les années 1970-80 d’une famille  nombreuse immigrée dans l’Est de la France. Déchirée entre l’Algérie et la France, elle compte tout centime par centime, et vit très pauvrement, pour pouvoir s’offrir une belle maison au bled…  Le père, la mère et les dix enfants,  vont s’embarquer pour un voyage de 2.700 kms, tassés dans une vieille Estafette Renault pour aller en plein été;  fêter le mariage de Wahid avec Zanoubatou. Et bien entendu, l’Estafette tombera en panne en Espagne. Avec arrêt obligatoire de dix jours sur un parking, le temps de faire venir la précieuse pièce indispensable à la réparation. Enfin miracle, la famille pourra continuer le voyage et, après bien des péripéties, finira par arriver au bled…

Hélas, le mariage sera un échec et Wahid après six mois ne s’installera pas en Algérie et repartira pour la France. Ce récit-concert participe à la fois d’une petite épopée familiale de gens pauvres mais dignes. Abdelwaheb Sefsaf raconte cette histoire,  comme un conte moderne, plein d’humour et parfois d’émotion, dans une langue et une diction absolument impeccables. Et on voit, comme si on les avait accompagnés, ces personnages, tout au long de ce drôle de voyage.

 En même temps, le  spectacle participe aussi d’un théâtre musical, puisque Abdelwaheb Sefsaf est accompagné de deux musiciens-chanteurs. Ces allers et retours entre récit et musique sont parfois un peu cahotants -on aimerait que le récit soit plus détaillé quand toute la famille arrive dans son village. Cependant il y a ici une telle générosité que le public en grande partie d’origine algérienne, est vite emporté par cette saga lumineuse. Philippe Mourrat qui vient de quitter la direction de la Maison des Métallos, a bien fait de présenter ce beau spectacle, et ce n’est pas si fréquent surtout dans le centre de Paris, très populaire.

Philippe du Vignal

Maison des Métallos, 34 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris XIème jusqu’au 23 décembre

 

Jean-Louis Trintignant,Mille, Piazzolla mise en scène d’Alexandre Vernerey

Trintignant, Mille, Piazzolla, mise en scène d’Alexandre Vernerey
©Alexandre Isard

©Alexandre Isard

Assis sur une chaise haute, Jean-Louis Trintignant est accompagné par Daniel Mille, son fidèle accordéoniste et par son quintette à cordes qui joue des airs d’Astor Piazzolla.  Il dit -très bien- des textes de Jules Laforgue, Guillaume Apolinaire, Allain Leprest, Jacques Prévert, Boris Vian, Gaston Miron, Robert Desnos… « Eternité, tu m’as embrassé, de nous deux, qui est l’homme de couleur ? »

Et on éprouve un vrai plaisir à écouter des poèmes autrefois appris par cœur, comme La Chanson du mal aimé de Guillaume Appolinaire dont les vers continuent à résonner dans nos têtes, ou Je voudrais pas crever de Boris Vian. Le célèbre comédien fait allusion- «J’affirme en mon amour que tu existes ! » à sa fille Marie, tuée voilà quinze ans par son amant Bertrand Cantat qui a purgé sa peine mais les polémiques n’ont jamais cessé et il a du mal à se produire. Il aurait  récemment à Bruxelles, sous-entendu qu’il mettrait un terme à sa carrière sur scène.

Un spectacle honnête, à la fois musical et poétique mais finalement décevant, et aux places vendues assez cher: 35€! On est dans le théâtre privé! La salle se vide rapidement pour laisser place à Tartuffe, monté par Peter Stein.

Edith Rappoport

Théâtre de la Porte Saint-Martin, 16 boulevard Saint-Martin, Paris X ème. T. :  01 42 08 00 32.

Oui, la France est agitée….

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Oui, la France est agitée….

“Oui, la France est agitée, mais franchement, n’est-ce pas mérité? Quels gens stupides que nos ministres! Le syndicalisme est la grande force d’aujourd’hui. Ne valait-il pas mieux lui donner raison, que de dire bêtement: « Nous ne céderons pas?  »

Les députés ont peur. Ils vont être méprisés par le dernier des électeurs. La grève des votes. Mais la République n’est pas en danger. »

Journal de Jules Renard (1908)

 

 

 

Le Prix Europa pour le théâtre. Petersbourg, novembre 2018


Le Prix Europa pour le théâtre à Saint-Pétersbourg en novembre 2018  

Schweik. Le Retour, adaptation de Tatiana Rakhmanova, d’après les motifs du roman de Jaroslav Hašek, Les Aventures du brave soldat Schweik pendant la grande guerre, mise en scène de Valeri Fokine

© Valery Plotnikov

Valery Fokine© Valery Plotnikov

Schweik. Le Retour, c’est le titre parodiant celui de certains grands films américains, d’un des derniers spectacles  de Valeri Fokine qui vient de recevoir à Saint-Péterbourg, le Prix Europa pour le théâtre. Sur le plateau du grand Théâtre Alexandrinski, on est bien  loin dans cette création des textes originaux de Jaroslav Hašek, ou des illustrations bien connues de Josef Lada pour Le Brave Soldat Schweik. Valeri Fokine nous prend  le public à revers. «Brecht, dit-il, a bien donné sa version des aventures de Schweik, en les situant pendant la Seconde Guerre mondiale, nous pouvons  aussi donner la nôtre, cent ans après l’écriture de ce roman, et dans le contexte d’aujourd’hui.» Etudier ce qui a changé et ce qui n’a pas changé, les relations de l’individu et du pouvoir,  la responsabilité de chacun.  

On attend de l’humour, de la satire mais c’est une histoire à la Kafka, à la Dali, c’est Guernica de Picasso, voire un objet théâtral dans l’esprit de Wagner: avec un Lohengrin grotesque en chaise d’infirme… Ce curieux spectacle sur un Schweik du XXI ème siècle ne cherche ni à ridiculiser ni à faire aux récentes commémorations, alors que les guerres enflamment au loin, pas si loin, la planète. Il ne cherche pas à divertir: il veut avertir. Et en effet, il ne plaît pas vraiment aux Russes qui voient la guerre traitée autrement dans leurs grands théâtres nationaux. Et là-bas, quand on n’aime pas, on applaudit peu ou pas du tout; pas comme ici où, que les spectacles soient bons ou mauvais, on applaudit souvent presque de la même façon. Il y a dans la salle, une atmosphère étrange, inattendue comme l’est ce Schweick tragique et amer. Et on en sort avec un vrai malaise. Mais on est frappé par ce spectacle et on en parlera entre soi  plus tard… Car cela peut nous arriver et nous restons pourtant indifférents, comme habitués, anesthésiés. Ce Schweick veut être une épée qui déchire un voile et ouvre un débat concret.

main-facade-of-the-alexandrinsky-theater-in-st-petersburgUne critique française, qui était à Saint-Pétersbourg, pense que le spectacle peut être interprété comme un invitation à la guerre. Mais non, c’est, courageusement, dans cette Russie infestée par les militaires, tout le contraire. Et Valeri Fokine parle de la guerre de façon terrible, avec des images de soldats en plein désarroi (cette critique française signale alors qu’ils « sont mal dirigés »…), traités comme du bétail, ou se comportant comme du bétail, forcément. Mais avec des images de chefs stupides, et ici dézingués, avec toutes les horreurs et confusions qui s’ensuivent, ce spectacle s’oppose justement à l’esprit commémoratif à base d’héroïsme et à tous les consensus aveugles d’aujourd’hui.

Valeri Fokine provoque et choque Russes et étrangers, et c’est ce qu’il veut faire. Il divise le public, comme souvent car il ne cherche jamais à plaire. Selon lui, le théâtre ne peut sauver le monde mais au moins il peut réveiller vingt personnes dans la salle qui impulseront-un changement. Le dispositif scénique, signé Semion Pastoukh, est grandiose et opératique. Un immense plateau vide et très incliné, est bordé de profils d’hommes-géants et mobiles servant d’écran aux films qui les animeront et les rendront grouillants d’une foule menaçante. Au sommet de ce plan incliné, un immense visage-masque semble dormir, alors qu’il est en position de spectateur privilégié pour tout voir. Il s’anime parfois, ouvre alors les yeux et une énorme bouche d’où s’échappent des cris et des ordres. Une musique de bruitages spatialisés d’Alexandre Bakchi qui collabore depuis longtemps avec Valeri Fokine (comme pour Chambre d’hôtel dans la ville de N N de Gogol qu’on avait pu voir au festival d’Avignon 97), compose avec des extraits de Haydn, Wagner (le Prélude de Lohengrin), Chostakovitch… une partition puissante.

On a pu voir aussi d’autres spectacles récents du metteur en scène: Bal masqué. Souvenirs du futur (2014) où il dialogue librement à partir d’une recherche poussée dans les archives, avec un des chefs-d’œuvre de Meyerhold monté sur cette même scène de l’Alexandrinski en 1917, et Aujourd’hui. 2016-…, créé en février 2016. Ici, Valeri Fokine met en scène dans une scénographie technologique et déstabilisatrice de Nikolaï Rochtchine, une dystopie écrite par un très jeune homme où des extra-terrestres font aux Terriens une proposition inédite qui demeure sans réponse : les libérer de tous les stocks d’armes sur leur planète. La Russie en est le deuxième exportateur au monde; on y pense quand on voit les drones dorés qui apparaissent au finale. Valeri Fokine considère notre époque comme un temps d’autodestruction et de folie mondiale généralisée et répète actuellement un spectacle sur Staline où il étudie les racines du mal, les côtés les plus sombres de l’homme: c’est son objectif principal tout au long de sa carrière. «Staline, dit-il, se relèvera de nouveau si nous le lui permettons. » (1)

C’est une création collective, un travail de laboratoire théâtral à partir d’un canevas d’Artur Solomonov et de matériaux documentaires parfois inédits et rassemblés à Tbilissi. Il s’agit d’observer le début du développement de la cruauté, d’analyser la montée du pouvoir absolu,  et les  processus de déshumanisation quand Staline n’est pas encore bourreau mais où en commence à naître le bourreau. Valeri Fokine cherche un regard neutre et veut ouvrir «le gigantesque abcès qui pourrit sur le corps de la nation et l’empoisonne depuis des dizaines d’années ». «Si nous restons à genoux devant cette peste, cette infection, dit-il, si nous ne nous en débarrassons pas, nous resterons un peuple d’esclaves.» Mais ce spectacle (1), il le sait d’avance, ne plaira ni à ceux qui regrettent, ni à ceux qui condamnent ….

 Avec le Prix Europa, Valeri Fokine fête aussi ses cinquante ans de travail théâtral (son premier spectacle date de 1968). Les jubilés sont toujours dangereux, dit-il, et il s’en méfie. On l’a peu vu ici car le metteur en scène répétait et a continué à travailler pendant les festivités. Mais il a participé à la présentation des Olympiades de théâtre 2.019, dans le cadre du Forum culturel international de Saint-Pétersbourg, en compagnie de Theodoros Terzopoulos, Tadashi Suzuki, Heiner Goebbels. Partenaires depuis plusieurs années de cette manifestation qui promet d’être immense, avec des troupes du monde entier et des représentations, aussi bien dans la Venise du Nord qu’à Toga, une petite ville japonaise aux cinq théâtres fondés par Tadashi Suzuki. Spectacles mais aussi colloques, master-classes, représentations en plein air et tournées dans la Russie toute entière, de juin à novembre 2.019. Etaient présents le vice-ministre russe de la Culture ainsi que  des mécènes japonais finançant cette gigantesque opération à laquelle participeront les festivals Tchekhov et Net.

 Un parcours original que celui de Valeri Fokine en U.R.S.S. puis en Russie: très jeune, il a pu faire des mises en scène dans la Pologne des années 1970 où il a vu Apocalypsis cum figuris de Jerzy Grotowski, un spectacle qui l’a profondément marqué. Le créateur polonais a vu ensuite à Moscou, son Carnets du sous-sol de Dostoïevski, créé sous l’influence directe d’Apocalysis. Et très intéressé, il a invité le jeune metteur en scène à participer à des séminaires en Pologne où ils ont pu longuement parler. C’est lui qui a donné à Valeri Fokine ses grands objectifs: continuer à chercher en «laboratoire», sans quitter le théâtre institutionnel, « si tu as la chance de pouvoir y travailler». Et aussi regarder du travail de Meyerhold dont Jerzy Grotowski avait eu une bonne connaissance pendant son séjour à Moscou à la fin des années 50, et dont il appliquait certains principes fondamentaux dans ses recherches. Ainsi Valeri Fokine a travaillé au Théâtre Sovremennik, a fait édifier le Centre Meyerhold, ouvert dix ans après la pose de la première pierre… et destiné aux recherches de jeunes metteurs en scène. Et cela, alors qu’aucun théâtre en Russie ne portait encore le nom du grand maître assassiné par Staline. Valeri Fokine dirige depuis plus de quinze ans le Théâtre Alexandrinski qu’il a fait rénover et réorganiser entièrement et où il a élevé le niveau de la troupe à laquelle s’est joint en 2014, le grand Piotr Semak qu’on a pu voir en France dans les spectacles de Lev Dodine. Il y a créé un musée et organisé des évènements au long cours comme La Nouvelle Vie des traditions où il a invité Kristian Lupa, Matthias Langhoff, et bien d’autres. Il a aussi fait construire une autre salle, ouverte en 2013 (3) et équipée de nouvelles technologies où il a monté Aujourd’hui. 2016- …

 Chaque année, le Prix Europa se déroulait dans le contexte de la section Théâtre du VII ème Forum culturel international, à Saint-Pétersbourg, et cette manifestation invite et rassemble  des experts du monde entier: littérature et lecture, bibliothèques, cinéma, musées, danse et ballet, beaux-arts, éducation, environnement créatif et sciences urbaines,  théâtre, musique, cirque, mass-medias, art populaire et culture immatérielle, informatique, culture: 2.0. Autant de sections où sont organisés colloques, débats, spectacles, concerts, projections de films, expositions, visites dans plusieurs endroits de la ville et à l’Ermitage. Avec aussi des moments croisés entre certaines sections, et un programme spécial réservé au Théâtre Mariinski: concerts, opéras et soirée Ella Fitzgerald. Un programme-marathon en trois jours: impossible de citer toutes les conférences et tables rondes sur des thèmes pointus: les robots et l’art, l’art et la science… et le «dialogue des cultures» avec l’Italie et le Quatar,  invités d’honneur du Forum.   

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Lev Dodine.

On a vu aussi des créations des artistes qui recevaient en 2018, ce prix Europa des Réalités européennes: Sidi Larbi Cherkaoui, Tiago Rodrigues, le Circus Cirkör, Ian Klata et Milau Rau qui n’a pas pu venir à cause d’un retard de visa. Julien Gosselin, nominé, n’est pas venu car il avait une première à Paris. Etaient donc programmés Puzzle(s),  Sopro et By Heart, Un Ennemi du peuple par Ian Klata, un film de Milo Rau, The Congo Tribunal et un extrait de Limits Events du Circus Circör où le travail des acrobates sur l’équilibre, accompagné de vidéos, amenait le public à recomposer celui de l’Europe avec la présence des humains migrateurs.

Chaque artiste présentait aussi le matin, son travail dans une « mise en scène » choisie par lui. C’était particulièrement intéressant avec Sidi Larbi Cherkaoui: les interventions de ses collaborateurs étaient à la fois chaleureuses, informatives et réflexives. Un des chanteurs de la polyphonie corse qui accompagne les danseurs de Puzzle(s) a exprimé une conception juste et sensible de l’identité des cultures, très importante en ces temps troubles et agités par des controverses que nous vivons : «Dans un monde qui s’arc-boute chaque jour davantage sur ses peurs, la peur de l’autre, sa contagion, la contamination par proximité ou capillarité, Sidi Larbi Cherkaoui proclame, et nous avec lui, que rien n’est plus étranger à toute œuvre humaine et à l’art en général, que la notion de pureté. Nous sommes tous, impermanente image, trajectoire floue, et notre errance nous creuse de rêves impertinents qui n’aspirent qu’à l’éclosion, au renforcement, au renouvellement incessant des liens premiers de l’amour. » (3)

A la cérémonie de remise des prix à l’Alexandrinski devant un des rideaux du Bal masqué mis en scène comme on l’a vu par Meyerhold en 1917, les artistes étaient accompagnés par les personnages de commedia dell’arte qu’il avait convoqués sur la scène de ce Théâtre, alors Impérial. C’est Lev Dodine qui remettait son Prix Europa à Valeri Fokine. Le sort de Kirill Serebrennikov fut évoqué avec un message de Milo Rau et un court discours de Jan Klata, tous deux en anglais non traduits en russe par les interprètes officiels. Lev Dodine, accompagné, lui tous deux en anglais, non traduits en russe par les interprètes officiels. Dodine — accompagné lui par son interprète personnelle pour s’assurer que tout serait traduit et Fokine, qui terminaient la soirée, ont renchéri. Tous ici voulaient la libération rapide de «Kirill»,  soumis en ce moment à un procès interminable, à cause d’une gestion économique -gravement malhonnête, dit-on- des projets du Gogol-Centre qu’il dirige. Beaucoup y voient, en fait, des raisons politiques.

Mais le cas Serebrennikov que tous, unanimement, veulent voir libre, est-il vraiment si politique? Est-ce bien la censure qui frappe? Quand on sait que ses spectacles continuent à être joués au Gogol-Centre et que, par clef USB et avocat interposés, il a terminé pendant son assignation à résidence qui se prolonge, Noureïev, un ballet pour le Bolchoï et que ce ballet y est dansé. Quand on sait qu’il a donné une suite à Leto, (L’Eté), film présenté au festival de Cannes et maintenant sur les écrans parisiens, et qu’il a mis en scène un opéra Cosi fan tutte à Zurich… L’affaire semble donc très complexe. Tout parait obscur, de part et d’autre. Serebrennikov serait-il vraiment ce symbole de la modernisation de l’art, choisi pour donner un avertissement au monde culturel, pour l’effrayer et l’obliger à aller sur des voies conservatrices? Or, d’autres artistes sont, comme lui, loin de le faire, et lui peut continuer à créer, heureusement.

 Certain(e)s se sont interrogé(e)s sur le sens de ce prix Europa donné en Russie et à un Russe, quand le pays malmène ainsi ses créateurs… Or ne faut-il pas essayer de continuer à tisser des liens avec eux et admettre que le théâtre européen ne serait pas grand-chose sans le théâtre russe, et, comme le dit Valéri Fokine, «comprendre que les artistes de théâtre sont capables de reconstruire les ponts que les politiques détruisent»? Lev Dodine le confirme avec d’autres mots : «La Russie est une partie indissociable de l’Europe. » (…) «Ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous sépare, et nous, nous devons le rappeler aux gens, c’est ce que nous savons et pouvons faire ». Nous, c’est à dire «la fratrie (bratstvo)  des artistes de théâtre» qui «doit parler de ce qui a été, ce qui est et ce qui peut être, c’est sa mission. » (5). Là est le sens de ce Prix Europa qui unit depuis 1.986, les femmes et les hommes du théâtre européen, envers et contre tout. 

Béatrice Picon-Vallin

 


(1 et 2) Voir Entretien de B. P.V. avec M. Tokareva, in Novaia Gazeta n° 42 , 20 avril 2018.

(3) Exposé de B.P.-V. au Symposium sur Valeri Fokine dans le cadre du Prix Europa, à paraître.

(4) Intervention de Jean-Claude Acquaviva, 16 novembre  2018, Maison des acteurs à Saint-Pétersbourg.
(5) Entretien  avec  B.P.V., 15 novembre  2018, Théâtre Malyi, Saint-Pétersbourg. 

Chambre noire, mise en scène d’Yngvild Aspeli et Paola Rizza

stas levshin

©stas levshin

 

Chambre noire, mise en scène d’Yngvild Aspeli et Paola Rizza, (en anglais, surtitré en français)

Nous avions beaucoup apprécié le travail d’Yngvild Aspeli à sa sortie de l’École nationale supérieure des Arts de la marionnette de Charleville-Mézières, puis cet été au festival d’Avignon avec son étonnant Cendres (voir Le Théâtre du blog). Nous la retrouvons ici, comédienne et marionnettiste, accompagnée de la percussionniste Ane Marthe Sorlien Holen.

Chambre noire s’inspire de La Faculté des rêves, une biographie de Valérie Solanas par l’écrivaine suédoise Sara Stridsberg. Féministe radicale américaine (1936-1988) et autrice du célèbre pamphlet SCUM Manifesto où elle appelait à l’éradication du genre masculin, elle est surtout connue pour une tentative de meurtre sur Andy Warhol qu’elle fréquentait assidûment quand elle était membre de sa Factory. Andy Wharhol qui avait perdu un des manuscrits, refusa de l’indemniser mais ne porta pas plainte contre elle… Ce manuscrit fut retrouvé bien plus tard dans une boîte de matériel électrique!

La marionnette de taille humaine représentant l’héroïne du récit a été réalisée par Pascal Blaison, Polina Borisova et Yngvild Aspelli : une véritable œuvre d’art… Le personnage de Valérie Solanas se situe à l’interface entre la mort et le vivant, et la marionnetteporte les stigmates d’un corps traumatisé par les épreuves douloureuses qu’elle connut, entre autres la drogue et la prostitution. Justesse du jeu et remarquable manipulation: Yngvild Aspelli nous donne à voir une enfant,  fragile poupée victime des attouchements de son père et de la maltraitance de sa mère Dorothy, vivant dans l’ombre du mythe de Marilyn Monroe et qui néglige son enfant, tout en lui ordonnant de « ne jamais oublier jamais de briller».

Paola Rizza, professeur à l’école Jacques Lecoq, avoue qu’en découvrant ce récit, elle a eu envie de “redevenir féministe“. Les traumatismes physiques du personnage qualifié de «première pute intellectuelle» sont remarquablement représentés. Une poupée nue, le corps coupé en deux, se livre à toutes les outrances pour survivre. En une heure, avec des projections et une musique originale style années soixante-dix, cette œuvre bouscule l’ordre masculin dominant et ces artistes nous embarquent dans une histoire douloureuse qui restera longuement dans nos mémoires.

 Jean Couturier

Le spectacle a été joué du 12 au 16 décembre, Carreau du Temple, 2 rue Perrée, Paris (III ème), en partenariat avec Le Mouffetard-Théâtre des Arts de la Marionnette.

Le 15 mars 2019, Théâtre de Châtillon 3 rue Sadi Carnot. T : 01 55 48 06 90, dans le cadre de festival MARTO organisé du 15 au 31 mars en Ile-de-France: http://www.festivalmarto.com 

La Faculté des rêves, traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud, est publié chez Stock.

 

Ma Cuisine, un spectacle de Sylvain Maurice

Ma Cuisine, un spectacle de Sylvain Maurice, écrit avec les contributions de Nadine Berland, Aurélie Hubeau, Thomas Quillardet et Philippe Rodriguez-Jorda

82F93C00-349F-45D9-9EE4-1A2F1C9C8ABASylvain Maurice a concocté une série de formes courtes avec des préparations culinaires dont des crêpes, qui, à la fin, seront offertes au public. Ce que Victor, le maître-queux, prépare, est filmé et projeté sur une surface transparente. L’acte de peindre étant enregistré par une caméra placée en dessous d’une plan de travail en verre, beau miroir improvisé où on voit Victor, au visage rieur. La vision portée sur les objets, leur matière et leur couleur est  « autre »  grâce à cette transparence et les objets se superposent à l’infini. Une feuille vert pâle de salade ou de chou alterne avec quelques tiges de fleurs champêtres en bouquet serré dans un torchon en tissu Vichy..

Laurent Grais, qui joue aussi de la guitare basse, devient percussionniste avec des couverts sur une batterie de cuisine. Un mélange savoureux de théâtre d’objets, vidéo, textes et musique ; bref, une vraie cuisine improvisée et sentie selon l’humeur  de Victor. Le parcours de Philippe Rodriguez-Jorda, à la fois marionnettiste et cuisinier, a inspiré Sylvain Maurice qui en a fait un cuisinier en chef, enclin à l’autoportrait, à travers divers jeux culinaires inattendus. Joué par Brice Coupey avec, en commis de cuisine, Laurent Grais et comme marmiton, Nadine Berland, dont le petit paradis sur terre est plusieurs étagères en pin où des objets hétéroclites se pavanent, sûrs de leur utilité: il suffit de s’en servir.

 Un spectacle qui conte l’enfance de Victor jusqu’à sa maturité, à travers les cartes postales de sa grand-mère en Bretagne, dans un lieu privilégié pour ce petit Parisien en vacances. Et quand Victor grandit, il choisit de prendre le large, loin de la Bretagne : du Brésil au Japon. Il adresse à son tour, des cartes postales colorées et exotiques à sa grand-mère, même si, entre temps, la mort a rattrapé la vieille dame tant aimée. Une manière ludique de s’adresser à notre mémoire commune, entre souvenirs et sensations, rappels d’instants disparus à jamais qui trouvent ici leur renaissance.

 Un spectacle brillant, effervescent et plein d’enfance…

 Véronique Hotte

Théâtre de Sartrouville et des Yvelines-Centre Dramatique National, Place Jacques Brel, Sartrouville (Yvelines), jusqu’au 20 décembre. T. : 01 30 86 77 79.

La Nuit de la marionnette (festival M.A.R.T.O), Théâtre Jean Arp Clamart, les 16 mars et 20 mars. T.J.P.-Centre Dramatique National de Strasbourg-Grand Est, les 22 et 23 mars. Le Monfort, à Paris, du 26 au 30 mars.
Théâtre Nouvelle Génération-Centre Dramatique National à Lyon, du 23 au 25 mai.

En attendant Godot de Samuel Beckett, adaptation et mise en scène d’Hélène Mavridou

 

En attendant Godot de Samuel Beckett, traduction d’Alexandra Papathanassopoulou, adaptation et mise en scène d’Hélène Mavridou

IMGP9045La pièce présentée pour la première fois en 1953 au Théâtre Babylone à Paris dans une mise en scène de Roger Blin, fut ensuite jouée dans le monde entier avec succès. En refusant les codes dramaturgiques traditionnels, son auteur inventait avec Eugène Ionesco, Arthur Adamov… un nouveau théâtre que l’on a appelé de manière réductrice: théâtre de l’absurde.

Au sortir de la guerre, l’Irlandais Samuel Beckett s’était mis à écrire en français, avec  du 9 octobre 1948 au 29 janvier 1949 selon le manuscrit, cette incroyable pièce. «J’ai commencé d’écrire Godot pour me détendre, dit-il, pour fuir l’horrible prose que j’écrivais à l’époque». Il invente alors cette situation à la fois extraordinaire et banale de deux compères en rase campagne, près d’un arbre, qui espèrent la venue d’un certain Godot, censé les aider. Pozzo et son serviteur Lucky vont passer. Un jeune garçon à la fin annonce que Godot ne viendra pas ce soir, mais demain.

Un deuxième acte réitère le même schéma que le premier. Rien ne se passe donc: une situation à la fois dérisoire, comique et troublante.Tout finit par un effet de bouclage, avec les mêmes répliques qu’à la fin de l’acte I, mais les locuteurs changent, et cette fois Estragon parle en dernier. Même effet de distorsion entre ce qui est dit, et ce qui est fait : Le texte dit: « Allons-y. » mais la didascalie précise: ils ne bougent pas. Le microcosme scénique s’agrandit au macrocosme, avec le soleil et la lune en mouvement.

Dans cette adaptation, sur le plateau nu, dépourvue d’objets mais plein de fumée, l’arbre  mentionné dans les  didascalies n’existe plus. A sa place, un éclairage en cercle au milieu du plateau. Hélène Mavridou  insiste sur la création d’une clownerie, entre burlesque et grotesque, pour exprimer la détresse et l’impasse de la condition humaine. Et les costumes et masques d’Ioanna Plessa renvoient à l’esthétique du cirque et du théâtre de rue. Les éclairages de Périclès Mathièllis tracent des lignes de démarcation et renforcent l’atmosphère ténébreuse de la musique et des sons de Giorgos Mavridis. 

Avec ce spectacle fondé sur la corporalité et la scission du personnage, la metteuse en scène fait une sorte de commentaire du texte. Vladimir : Kimon Kouris et Giannis Léakos, et Estragon: Andreas Kanellopoulos et Giannis Karababas, ces couples  jouent alternativement le texte. Quand le premier est muet, l’autre parle ou les couples se complètent et commentent l’action de l’autre. Kimon Kouris est un Pozzo d’une grossièreté adéquate au personnage. Et Giorgos Katsis incarne d’une façon exceptionnelle Lucky, en particulier dans son monologue délirant. Le jeune garçon est joué par deux comédiens, l’un sur le dos de l’autre et forment un personnage presque monstrueux.Et on ne voit pas qu’il s’agit de deux corps: Natassa Exindavéloni et Andreas Kanellopoulos  ont une gestuelle généreuse.  

Une mise en scène de grande qualité pour un chef-d’œuvre universellement connu.

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Choros, 6 rue Praviou, Votanikos, Athènes.  T. : 00 30 210 3426736

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