La vie trépidante de Laura Wilson de Jean-Marie Piemme, mise en scène de Jean Boillot

La Vie trépidante de Laura Wilson de Jean-Marie Piemme, mise en scène de Jean Boillot

 

©Arthur Péquin

©Arthur Péquin

Après La Vérité, L’Heure du singe, Le Sang des amis, La vie trépidante de Laura Wilson est la quatrième texte du dramaturge belge mis en scène par Jean Boillot. Ecrite il y a neuf ans, la pièce résonnait  de façon prémonitoire des événements politiques et socio-économiques actuels, comme la montée des populismes en Europe. L’auteur raconte ici le parcours d’une femme qui aurait pu être mu par une idéologie réactionnaire mais qui choisit  la liberté  et la raison… « Jean-Marie Piemme, dit le metteur en scène, livre ici un portrait d’une femme de peuple, dans la lignée des Dardenne… Pas de misérabilisme. Au contraire, elle est bien vivante et le prouve, en s’attaquant au cynisme du monde, seule contre tous, grâce à sa volonté de justice et à son extraordinaire énergie vitale. »

Laura Wilson perd son travail. Seule dans une grande ville, sans revenu, elle glisse irréversiblement vers la pauvreté, perd la garde de son enfant, divorce, puis habite dans un studio, vit de solidarités fragiles et petits boulots chez Mac Do ou Marylin. Mais Laura ne se laisse pas fléchir et se bat pour récupérer son enfant, retrouver un emploi, un domicile et sortir de sa solitude : contre l’arrogance des nantis, l’imposture des économistes, le terrorisme intellectuel, le machisme et l’intolérance.

 Jean Boillot voit en Laura une figure restante de la classe populaire mise à mal, une prolétaire de l’ère numérique, de la mondialisation mais aussi de la culture de masse, de l’illusion individualiste sur fond de libéralisme. Laura croit en la justice, envers et contre tout. Comme famille, voisins, collègues restent absents à son appel, l’imaginaire de cette femme blessée grandit à l’ombre des séries et des films hollywoodiens à la télévision, des chansons à la radio, des affiches publicitaires. Mais elle aime aussi aller voir les tableaux du Musée des Beaux-Arts, comme La Chute des anges rebelles de Brueghel. Laura ne chutera, elle, que pour mieux se relever et se tenir droite, investie par les valeurs existentielles d’échange, écoute et respect de l’autre et de soi.

 Sur scène, une équipe masculine de scénaristes voit vivre leur personnage, l’orientent vers les vertiges de la comédie loufoque ou du drame, entre amusement, humour et sourire en coin d’un côté, et cynisme de l’autre. Ils courent  vers le micro sur pied, chantant et vociférant, quand ils accompagnent la colère de Laura rêvant de cogner ce directeur qui licencie son personnel et elle, la femme, sans le moindre état d’âme. Ils jouent à la fois le père, l’ami gay, l’amant ou les narrateurs et commentateurs des idées politiques du temps.

A la guitare électrique, le compositeur-interprète Hervé Rigaud accorde un rythme soutenu à ce petit gang théâtral qui prend plaisir à courir puis à s’arrêter sur le plateau, s’effondrant plus tard sur un coussin, ou filmant sur son portable l’enfant de Laura que nous ne verrons jamais en vrai. Philippe Lardaud, Régis Laroche, Hervé Rigaud sont enthousiastes, et du côté des gagnants quand il s’agit d’habiter un plateau…Vifs, amusés et heureux d’en découdre avec leur partition verbale et gestuelle, ils ne pâlissent pas devant l’énergie de la malicieuse Isabelle Ronayette qui joue Laura, une femme rebelle et libre de notre temps. Un spectacle vivifiant sur la foi en la capacité de liberté portée par une battante…

 Véronique Hotte

Théâtre de La Commune-Centre Dramatique National d’Aubervilliers, 2 rue Edouard Poisson, Aubervilliers (Seine-Saint-Denis),  jusqu’au 18 janvier. T. : 01 48 33 16 16.


Archive pour 11 janvier, 2019

Anatole d’Arthur Schnitzler mise en scène de Yannis Vouros


Anatole d’Arthur Schnitzler, traduction de Marios Ploritis, mise en scène de Yannis Vouros

E2314CF7-805B-4F6E-940D-6C1F3A946CCDLe célèbre écrivain autrichien (1862-1931) représente la liaison miraculeuse entre médecine et poésie (Sigmund Freud voyait en lui son double). « Schnitzler, dit Heinrich Mann, c’est la vie douce à proximité de la nécessité amère de la mort. Schnitzler, c’est la balance tchekhovienne entre la sensibilité psychologique et la dureté objective. Il brosse des portraits atmosphériques de jeunes Viennois à la fin du XIX ème siècle, d’une façon réaliste et impressionniste, et décrit la décadence post-bourgeoise. »

Le personnage central d’Anatole (1893), en sept épisodes et un épilogue relatant les aventures d’un Casanova avec des femmes, est un alter ego de l’écrivain qui donne à voir  des personnages féminins: mystérieuses, artistes, coquettes, jalouses, frivoles, libertines, fatales, précieuses, fragiles ou invulnérables, des femmes passent dans la vie d’Anatole. Jeunes ou âgées, pauvres ou riches, fameuses ou inconnues, elles sont les protagonistes d’instantanés farcesques, ironiques, sarcastiques ou mélodramatiques. Avec scènes de rupture, dialogues amoureux et moments de volupté. Et dans cette histoire embrouillée, on ne sait jamais qui est le bourreau et qui est la victime car la passion charnelle entraîne les personnages dans les mensonges et les quiproquos. Toujours insatiable et insatisfait, ce Dom Juan cherche une consolation auprès d’amours éphémères, ce qui le conduit à des impasses. Auprès de lui, son ami Max, un « sage philosophe », commente  l’action avec humour et cynisme, en citant des vers ou en faisant des plaisanteries spirituelles.

 Yannis Vouros met en valeur la pièce avec un décor simple mais soigné et de bons costumes. La première scène est une sorte de procès d’Arthur Schnitzler ! Une voix enregistrée (celle d’un juge) pose des questions à l’écrivain et l’accuse d’écrire des pièces immorales et indignes d’être présentées sur scène. Lui, répond du tac au tac, avec un esprit étincelant. Peris Michailidis est ici un Schnitzler exceptionnel, puis devient Max son ami. Avec une voix et une gestuelle remarquables, il  crée à la fois un personnage et commente l’action. Lefteris Vassilakis incarne Anatole avec une expression fervente, tout en insistant sur le style de vie trépidant d’un jeune homme. Julie Souma, elle,  joue sept personnages  avec précision et sensualité.
Un spectacle qui respecte l’esprit du texte: nous pouvons ainsi, quelque cent cinquante ans plus tard, nous poser toujours autant de questions qu’Arthur Schnitzler, sur la fidélité à une liaison et sur la durée de la passion…

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Alkmini, 8 rue Alkminis, Athènes.  T. : 0030 210-3428651.

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