Bounce, mise en scène de Thomas Guerry et Camille Rocailleux

Bounce, mise en scène de Thomas Guerry et Camille Rocailleux

Photo Gaelic

Photo Gaelic

 Créée avec quatre artistes après de longues périodes d’improvisations, cette pièce hors-normes est une belle découverte. Un contrebassiste et une violoniste jouent, figés dans une posture habituelle, et une danseuse et un danseur tournent harmonieusement autour d’un cube central contre lequel lui va se fracasser comme dans un vieux film burlesque et on pense à Hellzappopin (1941). Le gag visuel surprend: désormais, plus rien n’est sous contrôle: une potence tombe, la violoniste s’écroule, une enceinte se disloque… Face à ces incidents, les interprètes vont rebondir, chacun à sa manière. Côme Calmelet, Quelen Lamouroux, Sylvain Robine et Cloé Vaurillon, comédiens-danseurs, chanteurs et musiciens, nous emportent dans une farandole autour de ce cube qui les défie et qu’ils cherchent à contourner, ou à dominer.

Thomas Guerry et Camille Rocailleux font cohabiter musique, son et mouvements en parfaite harmonie : «Cette fois, disent-ils, nous voulons travailler sur l’accident, sur l’imprévu, sur ce qui jaillit sans avoir été pressenti, sur la tentative qui n’aboutit pas mais qui se transforme pour nous ouvrir une autre voie, nous emmener ailleurs. « (…) « Réhabilitons l’échec, booster officiel de l’imaginaire».

 Il y a de très beaux moments : les danseurs tournoient sur eux-mêmes, cou contre cou ;   la violoniste joue de son instrument, portée par le danseur qui la fait onduler en douceur… Gestes justes et précis, rythme soutenu: cette ronde burlesque et poétique de cinquante-cinq minutes est accueillie avec ferveur par le public.

 Jean Couturier

Le spectacle a été joué au Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVI ème, du 8 au 12 janvier.

 

         


Archive pour 12 janvier, 2019

Portrait de Ludmilla en Nina Simone, texte et mise en scène de David Lescot

Portrait de Ludmilla en Nina Simone, texte et mise en scène de David Lescot

 

Photo Tristan Jeanne-Valès

Photo Tristan Jeanne-Valès

«Le temps s’écoule, implacable. Quoi que nous fassions, c’est le temps qui compte et non l’action; quand je chante, c’est un instant de ma vie qui s’écoule, je ne joue pas un rôle, je vis ; chaque moment est différent de celui qui précède ; c’est la même chose pour la musique…», disait Nina Simone.

 Le temps, le tempo, intervient d’entrée de jeu, rythmé au pied par David Lescot qui scande la mesure sans relâche quand Ludmilla Dabo chante Be my Husband. Inaugurant un dialogue entre l’auteur-metteur en scène et la comédienne. En Nina Simone, elle répond à ses questions : un portrait musical, organisé en cinq chapitres, se dessine au fil de la biographie de la grande artiste noire. Ludmilla Dabo a le blues et le swing dans la peau, comme son héroïne qui, dès neuf ans, accompagnait au piano les Gospels dans l’église de sa mère, à Tryon (Caroline du Nord). La jeune pianiste prodige aurait pu devenir une concertiste classique mais elle était noire! Elle portera toujours le deuil de cet échec, malgré sa brillante carrière. Raison de plus pour s’engager auprès de Martin Luther King et de James Baldwin dans la lutte pour les droits civiques.

 « Il y a en elle une double nature : mélancolique et combattive, qu’on retrouve dans sa musique, où perce toujours le blues, même derrière l’engagement des hymnes », écrit  David Lescot. Excellent musicien, il accompagne à la guitare les chansons qui ponctuent le spectacle : Run on Sinnerman dans le pur style gospel, puis My Baby just cares for me, un tube désormais mondial, enregistré avec I Loves you, Porgy tiré de Porgy and Bess, l’opéra de George Gershwin, dans son premier album Little Girl Blue sorti en 1958. Enfin  Mississipi Goddam, une chanson où elle dénonce la violence raciste et qui  fut interdite dans le Sud des Etats-Unis, sans oublier To be Young  Gifted and Black (Être jeune, talentueux et noir), devenu un des hymnes du mouvement Black Pride des années 1970.

 Ludmilla Dabo, comédienne et chanteuse, nourrie au biberon du blues, du jazz, et de la soul, avait, au Conservatoire National, tenté de monter un spectacle sur Nina Simone. Ce que David Lescot ignorait quand il l’engagea  pour ce format de poche, commandé par la Comédie de Caen, dans le cadre d’une série de portraits, créations itinérantes à partir d’œuvres ou de biographies. La comédienne  est proche de son personnage et un chapitre de la pièce parle, en écho à l’engagement de la chanteuse américaine, de l’expérience de Ludmilla Dabo, seule Noire de sa promotion dans cette école supérieure… Le metteur en scène suit ici le même canevas de questions- réponses, que dans les séquences consacrées à Nina Simone. «J’aime les entretiens,  dit l’auteur,  parce qu’on peut y faire passer des histoires, la grande Histoire et la petite, la collective et la personnelle. » Cet insert ouvre ainsi le débat, dans un cadre artistique sur notre ici et maintenant, sur les questions de diversité et de discrimination positive.

 Enfin, après les saluts, les interprètes jouent les rappels, comme au cabaret, sous forme d’un clin d’œil à Molière. Ludmilla Dabo fait swinguer les vers de L’Ecole des Femmes, preuve que le rôle d’Agnès n’est pas réservé aux seules jeunes premières blanches. Une belle surprise de cette rentrée théâtrale…

 Mireille Davidovici

Théâtre de la Ville-Espace Pierre Cardin, 1 avenue Gabriel, Paris VIII ème. T. : 01 42 74 22 27.

Le 11 mai, Théâtre Louis Aragon, Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis) et du 22 au 24 mai, La Filature, Mulhouse (Haut-Rhin).

 

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