Pupilla de Frédéric Vossier, mise en scène de Maëlle Dequiedt

Pupilla textes  (Saint-Laurent velours perdu, Pupilla, Chambres de Marguerite G. ) de Frédéric Vossier,  mise en scène de Maëlle Dequiedt

 

Crédit photo : Mathilde Delahaye

Crédit photo : Mathilde Delahaye

L’imagination, fabrique inlassable d’images mentales, est «maîtresse d’erreur et de fausseté », selon Pascal, alors même que cette perversité se vérifie dans les deux sens,  chez le sujet inventeur et créateur, comme dans l’objet conçu. L’esprit fantastique peut-il se représenter les choses au moyen des images ? Tromperie du langage et de la communication : l’idolâtrie repose sur des apparences trompeuses et des identifications fallacieuses. Les idoles ne sauraient être des représentations adéquates de figures idéales et atemporelles : elles ne sont que simulacres, vaines apparences, images…

 Maëlle Dequiedt met brillamment en scène ce texte avec l’inventive et généreuse Laure Werckmann, capable d’élever une stèle de dignité et d’humanité profonde à son personnage. Frédéric Vossier s’amuse à déconstruire le cliché de la mythique actrice hollywoodienne, non pas Marilyn Monroe mais Elizabeth Taylor.  En essayant de capter le secret de sa force vitale,  de sa pulsion de vie. Liberté de la femme, démesure et désir absolu de mordre la vie à pleines dents : père, mère, frère, hommes et femmes, et en se moquant des conventions.

 Laure Werckmann, spectatrice-narratrice installée dans une salle de cinéma aux chaises alignées, évoque la vie de cette icône de cinéma. En fond de scène, sur un écran de salle obscure, sont projetées dès le début, des extraits de films mythiques. Liz Taylor a été mariée huit fois dont deux fois avec Richard Burton. Nommer Richard, répéter son nom, le convoquer sur la scène et l’appeler sans fin, voilà une profération dont ne se lasse jamais l’interprète mi-Liz, mi -Laure.

 L’écriture de Frédéric Vossier est répétitive et hallucinatoire, et la comédienne s’approprie peu à peu la conscience éclairée de cette âme en peine, comme si émettre un jugement, dire son sentiment, puis l’émettre et le redire encore une fois, augmentait la sensation unique d’exister. Des images apparaissent avec Liz Taylor et Richard Burton séparément ou ensemble. L’actrice a  sur le plateau une allure hagarde, à la fois éblouie et aveuglée par son personnage. Elle déambule et erre entre les sièges qu’elle écarte. Habitée par d’autres voix et figures fantomatiques, elle ne cesse d’invoquer Ludwig-Louis II de Bavière, empereur mécène de Richard Wagner (encore un autre Richard et cousin d’Elizabeth d’Autriche-autre Elizabeth, qui a donné son nom au film de Luchino Visconti, Ludwig ou le Crépuscule des dieux.

 Image voguant entre réel et fiction, mensonges, trivialité et vulgarité, Elizabeth Taylor reste aujourd’hui une des pionnières et subversives à s’être attaquée aux préjugés misogynes et réactionnaires du cinéma américain. Flamboyante Liz Taylor, incarnée par une comédienne à la fois malicieuse et sensuelle, vivante et tonique. Et le spectacle trouve son équilibre grâce  une  musique discrètement suggestive, et grâce aux images projetées… Devant l’écran, sur un rideau de fils, apparaît l’icône. Et on peut voir la splendeur majestueuse des montagnes enneigées, inspirées par la Bavière ou les paysages de La Montagne magique de Thomas Mann, grande nature consolatrice. Immatérielle et aérienne, telle l’icône de cinéma entrevue en noir et blanc sur l’écran et bien vivante sur le plateau, Laure Werckmann soumet le public à son rayonnement.

Véronique Hotte

Théâtre de la Cité internationale, 17 boulevard Jourdan, Paris XIV ème. T.: 01 43 13 50 50.

La pièce est éditée aux Solitaires Intempestifs.

 

 

 

 


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