Speculum de Delphine Biard, Flore Grimaud et Caroline Sahuquet

BAD73F0E-F8BD-4E9A-AFEB-E27D758F0F92 Speculum de Delphine Biard, Flore Grimaud et Caroline Sahuquet

Un titre bien trouvé : en latin miroir: chez les Grecs et les Romains, le spéculum permettait déjà d’élargir la cavité vaginale ou l’anus par l’écartement des parois, pour pratiquer examens et interventions chirurgicales. Le thème de cette écrite et jouée par trois jeunes actrices:  Etre une femme ? Avoir un utérus ? Le choyer ? Le dénigrer ? Qu’est-ce qu’une fausse couche ? Y-a-t-il une certaine violence dans le fait même de devoir supporter certains examens intimes?  Féminisme et féminité peuvent-elles être conciliables avec  la maternité ?

Soit un petit manuel de la Gynécologie et son Histoire pour les nuls. « Le théâtre est le média parfait pour soulever ce tabou. Nous souhaitons, disent les trois autres-actrices, questionner les dilemmes et les passions de ce mariage fougueux qui nous oblige parfois à tordre nos principes. Le droit des femmes n’est pas une chose acquise. Et la gynécologie est au cœur de cette lutte puisque c’est son corps, ses organes et sa capacité d’enfanter qui sont en jeu . »

Il y a sur le plateau juste une table, quelques chaises de cuisine en stratifié des années cinquante, des livres alignés côté cour et un aspirateur ménager, symbole évident  de l’avortement par aspiration. Delphine Biard, Flore Grimaud et Carole Sahuquet parlent cru, du sexe féminin comme origine du monde et de leur propre expérience. Le meilleur étant sans doute quand elle parlent des textes et du parcours de Benoît Groult. Fausses couches, distilbène (médicament prescrit dès 1938 aux femmes qui avortaient spontanément  ou accouchaient prématurément mais dont les enfants avaient des anomalies génitales). Et les trois actrices ne nous épargnent rien et ne mâchent leurs mots quand elles parlent des scandales médicaux.

On n’est pas loin d’un théâtre documentaire mais le spectacle a été surtout conçu à partir d’interviews et de témoignages qu’elles ont recueillis. Elles toutes les trois une bonne gestuelle et une excellente diction. C’est le plus souvent assez drôle, et bien enlevé. Même si on est un homme et donc censé être peu versé dans le domaine à moins d’être médecin, on n’apprend pas grand chose… Mais comme ces trois jeunes actrices sont sympathiques, on les écoute avec plaisir. Cela tient quand même d’une sorte de galop d’essai. Enfin, selon Aristote, « le commencement est beaucoup plus que la moitié de l’objectif. » Il leur faudrait donner un peu de substantifique moelle à ce spectacle d’une petite heure qui n’en est pas encore tout à fait un… Allons, Françaises, encore un effort, comme disait le divin Marquis…

Philippe du Vignal

Manufacture des Abbesses,  9 rue Véron, Paris XVIII ème,  jusqu’au 16 février.

 

 


Archive pour 15 janvier, 2019

The Scarlett Letter, texte et mise en scène d’Angélica Liddell

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

 

The Scarlett Letter, texte et mise en scène d’Angélica Liddell

 

Un seul et même projet pour Angélica Liddell : donner forme par l’art à ses tourments intérieurs, produits et reflets de ceux du monde. Et son art est multiple: poésie, chorégraphie, théâtre…Elle se place au centre de la scène en inspiratrice de ce qui s’y passe et en maîtresse de la cérémonie. qu’est en fait cette longue Scarlett Letter. Rituels religieux de l’Espagne avec processions de pénitents noirs et pénitents blancs, obsession de l’autodafé, cet « acte de foi » qui punit par le feu coupables et hérétiques. Rituels militaires avec exercices d’entrainement réglés comme des horloges, jeux avec tables déplacées, empilées, alignées, puis défilés en rang pour les huit danseurs nus qui entourent l’artiste. Et aussi, sous une forme rendue quasi anodine par la dérision, rituels érotiques de soumission disciplinant les corps masculins.

Avec ces références très lourdes, Angélica Liddell a trouvé ce qui, pour elle, répond au roman de Nathaniel Hawthorne (1850) sur les questions de la culpabilité et du châtiment qui la poursuivent. La lettre A: signe d’infamie de l’adultère imposé dans le roman à Hester, est aussi l’initiale d’Arthur, l’amant caché, ici masqué, en robe rouge, accusé et coupable, aux mains de ses juges religieux, jusqu’au dévoilement final. Au lever du rideau, c’est d’abord: A comme Angélica.  La metteuse en scène emprunte au roman une trame très large sur laquelle elle brode -la broderie joue un rôle très fort dans la réhabilitation d’Hester- sa réflexion et sa leçon. Car ses propos sont souvent Abstraits, A comme assénés.

Sont visés : le nouveau puritanisme, la pensée d’une société qui aurait tué le désir au nom du droit. Et suit un discours virulent, digne d’un Thomas Bernhardt, contre le féminisme, contre la laideur et la mesquinerie des femmes. Mais sans mesquinerie! on peut se demander si Angélica Liddell n’exprime pas ainsi sa propre colère contre le fait qu’elle aussi, a passé la limite au-delà de laquelle «son ticket n’est plus valable», pour reprendre le titre d’un roman de Romain Gary  (1975). Mais la façon dont elle mène son contingent d’hommes montre qu’elle n’a pas besoin du féminisme… En même temps, son éloge et sa quête affirmée du désir s’interdisent toute faille, tout désordre. Serait-ce le symptôme de notre engourdissement ? Il y a longtemps que la nudité sur scène ne choque plus, même celle, plus fragile, des hommes. Trop de provocation tue la provocation, mais peut-être, ne nous est-il donné à regarder sans trouble qu’un jeu de touche-pipi enfantin. De paradoxes en retournements, cette transgression de la transgression finit par nous ramener à l’ordre. Et à l’ennui qui s’ensuit, même si c’est un ennui “conceptuel ».  

Un ensemble beau plastiquement et d’un baroque  parfois proche de l’art pompier, sous des flots de musique solennelle, à l’exception d’un moment pop bienvenu. On aime à nouveau Angélica Liddel quand elle projette ses naïves déclarations d’amour à un certain nombre de philosophes et d’écrivains comme Michel Foucault, Jacques Derrida, Roland Barthes et surtout Antonin Artaud, le magnifique, double A de l’admiration. On l’aime quand elle se glisse vers nous sous des rideaux qui tombent un à un pour une scène enfin vivante : A, comme Assez des cette “élites » (nous, vous…)  qui veut Baudelaire mais sans l’odeur de la charogne et Pier Paolo Pasolini sans Salo ou les 120 journées de Sodome! Bref, assez d’une culture aseptisée. Mais dommage, cette scène arrive bien tard dans un spectacle riche… mais plutôt pesant!

Christine Friedel

Théâtre National de la Colline, 15 rue Malte Brun, Paris XX ème, jusqu’au 26 janvier. T. : 01 44 62 52 52.

 

 

 

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